Duel Sarkozy-Joly sur le financement de la campagne de 2007
Ce fut le match en différé de l'émission "Des paroles et des actes", sur France 2. Jeudi 12 avril, Nicolas Sarkozy a profité de son grand oral pour attaquerviolemment Eva Joly. Interrogé sur les accusations qu'avait faite, la veille, la candidate écologiste de financements illégaux lors de la campagne présidentielle de 2007, le candidat de l'UMP a dit qu'il répondrait par "le mépris le plus cinglant".
"Quand on pense que cette dame qui viole tous les principes du droit, qui porte des accusations scandaleuses sans aucune preuve était magistrate, ça fait frémir !", a commencé M. Sarkozy. "Mais sur les ragots, sur la médisance, sur la méchanceté, sur la volonté de détruire et de démolir parce qu'on a rien à dire et qu'on est à trois semaines des élections, permettez-moi de vous opposer le mépris le plus cinglant à ce qu'elle a dit", a taclé le président-candidat sur un ton cassant.
Sarkozy oppose le "mépris le plus cinglant à Joly" par LeNouvelObservateur
Mercredi, lors de la première session de l'émission de France 2, Mme Joly avait fait état de "présomptions concordantes et précises" sur des financements illégaux dont aurait alors bénéficié Nicolas Sarkozy, notamment de la part de la famille Bettencourt, lors de sa campagne de 2007, et jugé anormal qu'il puisse solliciterun deuxième mandat. "Ce que je souligne, c'est l'anomalie de pouvoir solliciter un deuxième mandat lorsque vous êtes cerné par des affaires judiciaires et dans lesquelles vous ne vous expliquez pas", a déclaré la candidate d'Europe Ecologie-Les Verts.
"JE DIS CE QUE TOUT LE MONDE SAIT"
Reprenant sa posture d'ancienne magistrate luttant contre la corruption, la candidate a continué sur le même ton en s'étonnant qu'autant d'informations sur l'affaire de Karachi, où des proches du chef de l'Etat sont mis en examen, ou sur l'affaire Bettencourt, dans laquelle Nicolas Sarkozy est également cité, puissent être publiées "sans que rien ne se passe". "Je dis ce que tout le monde sait. L'affaire Bettencourt, ce n'est pas un secret aujourd'hui qu'il y a des comptes offshore, qu'il y a des comptes en Suisse", a-t-elle ajouté.
La candidate qui était en meeting, jeudi soir à Grenoble, n'a rien retiré de ses accusations. "Il ne peut pas se cacher derrière le mépris qu'il a pour moi. Cela ne suffit pas. Il va falloir qu'il s'explique sur la dizaine de témoins qui ont des témoignages concordants", a réagi Mme Joly à l'issue de la réunion publique qui a réuni plus de 2 500 personnes. La salle était à l'unisson qui scandait "Sarkozy en taule !". "La présomption d'innocence n'empêche pas les faits d'exister. Ce que je dis haut et fort, c'est que dans une campagne, dans n'importe quel autre pays avec ce qu'il y a sur la table, il faudrait s'expliquer, il ne résisterait pas vingt-quatre heures. C'est la situation en France qui est parfaitement anormale", a conclut la candidate.