DSK, la déroute du storytelling d'Euro RSCG
Comme autour d'un fourneau. Ils étaient quatre autour de DSK qui préparaient le futur candidat à la présidentielle. L'Express les a baptisés les quatre mousquetaires. Ils ont attaqué en diffamation ceux qui, derrière le pseudonyme de Cassandre (DSK, les secrets d'un présidentiable, Plon), les présentaient en 2010, comme un«gang».
Les quatre font partie d'Euro RSCG. Le patron de l'agence d'abord, Stéphane Fouks, Ramzy Khiroun, porte-parole de Lagardère, Gilles Finkelstein, directeur des études par ailleurs animateur de la fondation Jean Jaurès, et enfin Anne Hommel, l'attachée de presse de DSK. Ils avaient tout prévu. Sauf l'incarcération de leur mentor.
1. Les communicants ont baissé la garde
Ils interviennent toujours dans l'ombre, mais depuis l'interpellation de DSK, leur maître mot est inattendu: «Il n'y a pas de stratégie média» pour sortir DSK du guêpier. «C'est aux Etats-Unis que cela se décide, approuve l'ancien avocat du patron du FMI, Me Léon-Lef Forster. C'est ce qui rend la situation difficile. La communication ici peut avoir des effets là-bas. C'est dangereux d'improviser.» «Vous ne jouez pas les médias français contre la justice américaine», explique l'un des hommes d'Euro RSCG.
Ces conseillers réagissent comme des proches. «Il y a des gens qui n'arrivent pas à y croire parce qu'ils le connaissent», assure encore l'un d'eux, qui constate que la justice américaine «c'est violent et douloureux». Ils distillent donc les mêmes«éléments de langage» que ceux diffusés par le premier cercle des politiques strauss-kahniens – Pierre Moscovici, Jean-Marie Le Guen et Jean-Christophe Cambadelis: ce n'est pas l'homme que l'on connaît.
«On a un seul sujet: on aide un ami. C'est la justice américaine qui décidera de son avenir à tous points de vue. La justice américaine l'innocentera ou le condamnera.» Les amis communicants divergent sur un point, central: «Le problème du PS est totalement accessoire pour nous. On s'en fout.»
2. Le staff a cherché à parer les coups sur la vie privée
Il n'y a officiellement qu'un seul précédent, et il n'est pas judiciaire: c'est l'affaire Piroska Nagy. En 2008, l'économiste du FMI accuse DSK d'avoir«abusé de sa fonction» pour «parvenir» jusqu'à elle. Strauss-Kahn reconnaît une aventure, mais nie toute pression. A l'ouverture de l'enquête – interne au FMI –, les communicants d'Euro RSCG se déplacent à Washington où ils organisent la riposte médiatique. Il en sort blanchi. L'élection présidentielle approchant, l'attaque sur le terrain de la vie privée était prévisible. Presque annoncée.
Récemment, le patron du FMI avait fait le choix d'évoquer un peu de sa vie privée devant les journalistes. «Un des éléments de sa force, c'est de ne pas avoir menti sur lui-même», assure l'un des communicants. DSK répond donc brièvement sur Canal +. Il s'exprime plus longuement, sous la réserve du off, devant les journalistes de Libération, qui publient finalement ses confidences, alors qu'il est interpellé – provoquant la colère de ses proches. DSK affirmait «aimer les femmes», évoquait les«photos de partouzes jamais sorties».
Mais il prétendait surtout, selon Libération, redouter un coup monté. Il aurait évoqué le scénario de l'un de ses adversaires promettant «500.000 ou un million d'euros» à une femme pour l'accuser d'un viol dans un parking.
Loin de ce film catastrophe, son équipe se préparait à répondre, à anticiper. La publication du livre de Michel Taubman, Le Roman vrai de Dominique Strauss-Kahn, semble s'intégrer dans ce dispositif de déminage. «Taubman qui présente Strauss comme un grand séducteur, c'est un peu délirant, s'amuse un cadre socialiste. Physiquement, ce n'est pas Apollon... Tous ces éléments de communication laissent quand même l'impression que le sexe est le problème de sa vie.»
3. Ce qu'a révélé l'affaire de la Porsche
L'épisode de Dominique Strauss-Kahn s'installant, fin avril, dans une Porsche du groupe Lagardère semblait poser la question de son rapport à l'argent. Mais c'est plutôt celle de l'ambiguïté de son réseau politique. Ramzy Khiroun, qui dispose effectivement d'une voiture de fonction valant 150.000 euros, est porte-parole et membre du comité de direction du groupe d'armement, dirigé par un proche de Sarkozy, mais aussi conseiller de DSK, et intérimaire chez Euro RSCG.
«La Porsche, vous avez 89% des électeurs socialistes qui haussent les épaules», corrige l'un des hommes d'Euro RSCG. Au Parti socialiste, le coup de projecteur sur l'ex-futur staff de campagne de DSK passait moins bien.
«Vous trouvez ça normal que Khiroun soit payé par Euro RSCG et par Lagardère ?, questionne un cadre. Et quand il doit choisir une agence de communication, il fait comment ? Et comment expliquer qu'Anne Hommel soit payée par Euro RSCG, alors qu'elle est l'attachée de presse du patron du FMI ?»
Pour Euro RSCG, tout est régulier. «Quand cela demande x temps et qu'il faut prendre des gens en charge, c'est Anne Sinclair qui paye,explique un dirigeant. Lorsque Ramzy Khiroun a été recruté par Lagardère, Stéphane Fouks a demandé à Arnaud Lagardère de continuer de le rémunérer pour qu'il suive encore ses clients et poursuive auprès de lui son travail de conseiller. Il a discuté de ça avec les deux.» Khiroun était ainsi disponible pour Fouks et DSK... Ses voyages à Washington ont donc été rémunérés. «Et l'agence est réglée par Anne Sinclair», assure-t-on.
Ses facturations sont susceptibles de poser problème aux actionnaires de Lagardère – pour ce qui concerne Khiroun. En effet, l'affectation, certes partielle, de l'un de ses cadres dirigeants auprès de Strauss-Kahn pourrait être considérée comme un abus de bien social. Elle aurait été néanmoins«validée» par les conseils d'Euro RSCG.
4. Une crise qui affecte deux réseaux
Jusqu'à mardi, l'UMP n'avait pas ou peu réagi à l'annonce de l'interpellation de Dominique Strauss-Kahn. François Fillon évoque, le premier, «un acte très grave qui n'appelle aucune excuse», «si les faits reprochés à Dominique Strauss-Kahn étaient avérés». Le silence relatif de l'entourage présidentiel s'explique par les «relations interlopes de DSK et de Sarkozy», relève un analyste. «Vous retrouvez un certain nombre de gens qui sont dans les deux cercles.»
A commencer par l'équipe d'Euro RSCG. «Elle n'a pas perdu un centime sous Sarkozy... résume un socialiste. C'était le principal grief que l'on pouvait faire à Strauss. La gauche avait besoin d'un candidat a-sarkozyste.» Dans une vidéo dénichée en 2009 par Rue 89, le président s'amusait d'être devenu «le directeur des ressources humaines» du Parti socialiste, en envoyant DSK à Washington.
Dans le Nouvel Obs, Frank Louvrier, le fidèle attaché de presse du président, avait présenté Ramzy Khiroun comme «un garçon très judicieux». «Nous parlons souvent ensemble de nos mentors respectifs. Et de leurs similitudes...», déclare-t-il. En avril 2004, Khiroun a d'ailleurs fait diligence dans l'affaire des rumeurs d'infidélité du couple Sarkozy mentionnées sur le blog d'un site du JDD. Les noms de deux salariés fautifs avaient été rapidement livrés aux enquêteurs.