DSK: candidat fabriqué ou réel plébiscite?

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart  Lénaïg Bredoux 24/12/2010

 

 

Pas un jour, ou si peu, sans un article, une interview ou un sondage, qui n'évoque Dominique Strauss-Kahn, hypothétique candidat à la présidentielle mais inlassablement présenté comme le grand favori de 2012. Depuis un mois, il est celui qui «écrase» à la fois Nicolas Sarkozy et les primaires socialistes (ici ou encore ici), voire celui qui «écrase totalement» ses adversaires, ou les «lamine».

 

 

A chaque fois, la démonstration s'appuie sur un sondage, dont le nombre explose depuis plusieurs semaines, singulièrement depuis le dernier passage public en France de DSK il y a un mois environ. Depuis le 23 novembre, et la publication de deux études sur les intentions de vote à la prochaine présidentielle (TNS Sofres et Ifop), pas moins de six sondages ont été commandés par les médias (voir le détail ici), traitant du PS et de DSK, avec des questions plus ou moins baroques. Vaut-il mieux DSK ou Martine Aubry? Le calendrier du PS est-il pertinent? Allez-vous voter aux primaires du PS, et pour qui? DSK va-t-il revenir? A quoi il faut ajouter les nombreuses enquêtes mensuelles de popularité, tels que les fameux «baromètres» (Bva Orange L'Express France Inter, Paris Match-IfopViavoice-Libération, Ipsos/le Point,Figaro Magazine et OpinionWay pour Metro/Krief Group).

     

A chaque fois aussi, la tendance est la même: DSK est (largement) en tête, et des intentions de vote pour 2012, et des préférences des Français quant au choix du candidat socialiste à la primaire. Résultat, le directeur général du FMI (Fonds monétaire international) fait très régulièrement la une de la presse: du Parisien à Libération, en passant par les trois principaux hebdomadaires français, qui ont tous mis DSK en vedette en l'espace d'une semaine, avec Le PointLe Nouvel Obs et L'Express.

 

 

Les commentaires aussi s'avèrent relativement unanimes, dans certains éditoriaux ou commentaires des politologues les plus médiatiques (avec, sans surprise, à la clef le soutien de Bernard Henri-Lévy). Le «sphinx», dans«l'Olympe», est aussi «the top guy» (au sommet), qui «n'a jamais été aussi adulé, et par ailleurs, n'a jamais autant affirmé ses visions économiques et politiques centristes», selon Newsweek  (article traduit en français ici).

 

«C'est LE favori des sondages. Derrière lui, c'est le néant. Pas une seule des personnalités de gauche ne rivalise avec le patron du FMI. Bref, c'est lui et les autres», écrit aussi Yann Marec dans un édito de Midi Libre. Même chose pour Hervé Gattegno, rédacteur en chef du Point: «Sa candidature est la meilleure pour les socialistes. Il n'a donc plus le droit de se défiler, et il l'a forcément compris. La question n'est donc pas de savoir si DSK sera candidat mais plutôt quand il va l'annoncer. (...) Il n'est plus seulement le meilleur candidat du PS, on voit bien qu'il est le seul.»

    


Il est aussi le seul à gauche à avoir réellement «une crédibilité», selon Elisabeth Chavelet, rédactrice en chef àParis Match, hebdomadaire qui avait fait l'an dernier un grand reportage sur DSK. Et Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Expressd'offrir une alternative de luxe à Dominique Strauss-Kahn: «Soit DSK sert la France en se déclarant candidat à sa présidence, soit il la sert, aussi, en sauvant l'économie mondiale depuis le FMI. C'est là un dilemme grandiose, dont rêverait tout politique.»

 

Résultat, la tentative du PS d'imposer son propre agenda de parti avec son travail sur le programme, porté notamment par les quatre conventions nationales organisées cette année (sur l'international, la rénovation, l'économie et l'égalité réelle), semble bien vaine. Et ce malgré les multiples déclarations de Martine Aubry sur la pertinence de son calendrier et sur la futilité des sondages. «Je ne regarde pas les sondages jour après jour... Tant d'argent dépensé pour ça!», avait-elle notamment déclaré en marge d'un déplacement à Calais. La situation est d'autant plus absurde -et inédite- que DSK lui-même est condamné au silence de par sa fonction (toute déclaration de candidature entraînerait aussitôt sa démission du FMI).

 

Sa communication fonctionne pourtant à merveille jusque là, avec des prises de parole savamment distillées, comme à la mi-novembre en France, où il était venu dire sur France Inter que les sondages le flattaient et qu'il était bien de gauche (un discours amorcé quelques jours plus tôt par sa femme Anne Sinclair), un message également répété en Suisse récemment, avant de rappeler que son poste était un «travail à plein temps». Parallèlement, ses proches multiplient des signaux conduisant à penser qu'il sera bien candidat. Selon le nouvel élément de langage socialiste apparu il y a peu, l'idée d'une candidature DSK «chemine» pour Laurent Fabius et Jean-Marie Le Guen, ou «trottine»sur le blog de Jean-Christophe Cambadélis.

 

 

Certains s'alarment déjà d'une construction ad hoc, produite par la presse, alimentée par les sondages et confortée par les commentateurs politiques. Une sorte de répétition du référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen, où la quasi-totalité des journaux et des «experts» appelaient à voter pour le «oui», ou des élections de 1995 (avec la chute d'Edouard Balladur, malgré une très grande avance dans les sondages plusieurs mois avant), du 21 avril 2002 ou encore de 2007 (avec l'échec final de Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy). C'est par exemple le cas du journal critique Fakir, qui consacre un dossier complet à DSK (en PDF) ou de l'altermondialiste Raoul-Marc Jennar sur son blog.

  

Eux pointent notamment les relations de proximité avec les milieux d'affaires de DSK, y compris dans la presse. Sa communication est en effet assurée par certains fidèles de l'agence Euro RSCG (lire leurportrait dans l'Express) et le socialiste peut également compter sur le soutien de son ancien conseiller en communication Ramzy Khiroun, devenu conseiller spécial d'Arnaud Lagardère et porte-parole du groupe, qui détient de nombreux titres, comme Paris Match, le Journal du Dimanche, Elle ou encore Europe 1.

 

 Un groupe qui vient aussi de recruter Denis Olivennes, parti du Nouvel Observateur, qui se présente comme un homme de «gauche», et réputé proche de DSK. Interrogé, Ramzy Khiroun refuse de faire tout commentaire, se bornant à nier un quelconque conflit d'intérêts. «Les amitiés sont une chose, le parcours professionnel une autre», dit-il.

 

 

 «On semble assister depuis six mois à la répétition du scénario de 2006 quand sur "la foi" de prédictions sondagières fragiles mais unanimes, les adhérents socialistes avaient massivement désigné Ségolène Royal comme candidate», explique Patrick Lehingue, professeur de science politique à l'université de Picardie et auteur de Sub-Unda, coups de sonde dans l'étang des sondages (Ed. du Croquant, 2007). Selon lui, «tout se passe comme si aucune leçon n'avait été tirée des déconvenues d'hier et notamment du fait qu'on ne saurait prendre les chiffres des maisons de sondage au pied de la lettre, 500 jours avant une échéance dont on ne connaît encore ni les protagonistes, ni la capacité à mobiliser, ni les enjeux structurants».

 

Pour Alain Garrigou, professeur de science politique à Paris X et initiateur del'Observatoire des sondages, DSK est aussi «forcément en partie une création des sondages à cause du théorème de l'électeur médian», selon lequel, si on interroge tous les électeurs à propos du PS, ceux de droite vont chercher le candidat de gauche le plus proche d'eux. Par ailleurs, «la majorité des sondages ne porte pas sur des intentions de vote mais sur des cotes de popularité, qui favorisent le plus ceux dont on parle dans les médias. C'est un système circulaire», rappelle Alain Garrigou. D'autant que les questions posées par les instituts «ne se posent pas dans la réalité», selon lui.

 

«Aujourd'hui, il n'y a que vous et moi qui pensons à l'élection présidentielle... Les gens eux ne sont pas dedans, ils ont d'autres soucis, admet de son côté Dominique Reynié, le très médiatique directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (proche de l'UMP). Le fait que DSK soit tenu au silence dans une société où l'on parle tellement le magnifie et fait parler à sa place. On assiste à une organisation du désir très impressionnante. Et à un effet de miroir où les commentateurs retrouvent à travers lui le profil type d'une personne respectable. C'est un bon élève, diplômé... DSK a tout ce qu'on a appris à reconnaître comme une compétence» dans les milieux autorisés.

 

Ainsi, Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite CNRS et politologue prisé des médias, pointe parmi les qualités du directeur général du FMI ses compétences dans la«gestion de la crise», le fait qu'il appartienne «à l'aile modérée du PS, soit le centre de gravité de l'opinion française», et qu'il ait laissé «le souvenir d'un bon ministre des Finances». Autant d'éléments qui reviennent sans cesse dans les discours dominants. Lui est persuadé que le phénomène DSK n'est pas un artefact, mais qu'il montre que «les gens cherchent un autre capitaine que Nicolas Sarkozy dans une crise aussi grave».

 

 

«Ce n'est pas un phénomène de presse. Ce n'est pas une stratégie de communication, ce sont bien les instituts et les journaux qui sont les commanditaires. C'est un trend beaucoup plus foncier (une tendance lourde): depuis un an et demi, le jeu d'acteurs a très peu bougé, avec un couple qui se dégage nettement (DSK et Aubry)», explique aussi François Kalfon, spécialiste des sondages au PS et proche de DSK. Même si, admet-il, ces sondages ne sont en aucun cas «prédictifs» et conduisent pour partie à une«prophétie auto-réalisatrice».

 

Les sondages disent en effet que DSK est le mieux à même de battre Sarkozy en 2012, notamment parce qu'il rassemblerait sur son nom une partie des électeurs du centre. Les votants, notamment les socialistes, le voient à la lecture de la presse, ce qui les incite à porter leurs choix (dans les sondages suivants) sur DSK. Un mécanisme classique de «légitimation», qu'admet également Jérôme Fourquet, de l'institut Ifop (qui travaille notamment pour les journaux du groupe Lagardère).

 

«On n'est pas dupes de notre outil, et de l'instrumentalisation possible. Mais on n'écrit pas les éditos, on interroge des gens... Le sondage vient mesurer un rapport de forces, il peut renforcer une dynamique mais en aucun cas la créer», avance-t-il. Un avis partagé par Dominique Reynié: «Je ne peux pas imaginer l'imposition à une société complexe avec des individus enracinés dans leurs systèmes d'intérêts et leurs singularités idéologiques. Si on veut leur imposer, ça bugge. Cela ne marche que si l'offre correspond plus ou moins à une demande.»

 

 

En attendant, les sondeurs et les commentateurs préparent déjà la prochaine séquence politique, au retour de l'inévitable trêve des confiseurs: DSK fût la star de l'automne, parions que l'impatience des commentateurs quant à sa décision se fera de plus en plus pressante, conduisant à questionner encore davantage le calendrier des primaires et une supposée lassitude des Français face aux atermoiements socialistes.

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L
<br /> Déesse K<br /> Je suis déesse… K… une lettre, puis l’esprit qui s’en va…<br /> Je n’ai pas besoin de me présenter...Parce que je ne suis pas encore en mesure de vous dire si je vais me représenter aux primaires.<br /> En vertu de ce que je suis censé faire, pour moi, ça reste secondaire.<br /> Tout ce que je puis vous dire, c’est que je n’ai rien à dire… Les élections… même pas la peine de m’en parler.<br /> Toutefois et pour ne pas pratiquer la langue de bois, je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire.<br /> http://www.tueursnet.com/index.php?journal=DeesseK<br /> <br /> <br />
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