DSK-Aubry: et s'ils devaient s'affronter pour 2012...
07/10/2010
Et si, finalement, DSK et Aubry s'affrontaient ? C'est la question tabou à la direction du PS. Le scénario dont on ne veut pas entendre parler mais qui fait saliver les adversaires du duo favori des sondages.
Et si, finalement, DSK et Aubry s'affrontaient ? C'est la question tabou à la direction du PS. Le scénario dont on ne veut pas entendre parler mais qui fait saliver les adversaires du duo favori des sondages.
"Nous ne nous présenterons pas l'un contre l'autre. Seul l'un de nous sera candidat aux primaires." C'est en substance, le message que Martine Aubry répète depuis des semaines. "J'ai toujours dit qu'il n'y aurait pas de difficultés entre Dominique et moi", a-t-elle encore dit récemment. En parlant de "primaires de confirmation", Laurent Fabius et Claude Bartolone - soutiens de la première secrétaire - ont d'ailleurs suscité une belle polémique au sein du PS.
Aubry-DSK. Cet accord entre les deux anciens ministres de Lionel Jospin découlerait du "pacte de Marrakech", à l'été 2008, selon lequel ils ne s'affronteraient pas dans un duel fratricide, le mieux placé s'effaçant devant l'autre avant les primaires.
Le mot "pacte" ne doit pas être surinterprété : cette entente relève davantage d'un accord tacite - les deux personnalités voyant chacune leur intérêt politique -, que d'un pacte de non-agression, au sens premier du terme.
Mais à un an des primaires du PS, censée désigner le candidat qui affrontera Nicolas Sarkozy à la présidentielle, un léger doute s'installe. Personne ne sait vraiment ce que le duo va faire. Et en attendant qu'ils se décident, les outsiders eux, sont déjà en campagne. Royal, Hollande, Valls... Chacun joue sa partition et place ses pions. Si la grande majorité des socialistes pensent qu'effectivement, DSK et Aubry ne joueront pas l'un contre l'autre, d'autres redoutent ou espèrent ce duel.
1. Le bras-droit d'Aubry : "Il y a un dernier scénario : qu'ils soient candidats l'un contre l'autre"
Ces dernières semaines, une petite phrase prononcée par le bras droit de Martine Aubry, François Lamy, a semé le trouble. Publiée dans le livre "Petits Meurtres entre camarades" (Robert Laffont), du journaliste de Libération, David Revault d'Allones, cette phrase se trouve page 390, dans le dernier chapitre de ce brûlot sur le PS.
Balayant tous les scénarios possibles pour les primaires, François Lamy confie : "Il y a un dernier scénario : qu'ils [DSK et Aubry, ndlr] soient candidats l'un contre l'autre. Personne ne souhaite ce scénario. Mais, en politique, tout arrive. Il ne faut jamais rien écarter."
Le journaliste du Nouvel Observateur qui suit le PS, Mathieu Croissandeau, a d'ailleurs repris cette phrase dans un indiscret publié dans l'hebdo du 23 au 29 septembre, précisant que cette confidence du premier lieutenant d'Aubry "n'a pas échappé aux partisans d'une candidature de Dominique Strauss-Kahn".
Contacté par Le Post, François Lamy assure que "cette phrase a été sortie de son contexte". "On passait en revue tous les scénarios et cette phrase a été accompagnée de beaucoup d'autres. Bien sûr qu'il faut examiner toutes les hypothèses, même la plus improbable. Mais ce scénario serait catastrophique si on veut que la gauche gagne", confie-t-il au Postaujourd'hui. "Entre Martine et Dominique, il n'y a pas de concurrence", répète-t-il. "Ils choisiront ensemble. Je ne peux pas vous dire la date, ni s'ils se sont vus récemment. En tout cas, ils se parlent au téléphone", confie François Lamy au Post.
"Martine attendra la décision de DSK pour 2012 avant de prendre la sienne", croit savoir Michèle Sabban, proche du directeur du FMI.
2. Moscovici: "Il est possible qu'ils s'affrontent"
"Il est possible théoriquement qu'ils s'affrontent", confirme Pierre Moscovici sur
France Inter le 30 septembre. Les propos des proches de Martine Aubry -comme ceux de Claude Bartolone - sur l'entente Aubry-DSK , "je les crois bidons", précise ce proche de DSK.
"Une compétition entre DSK et Aubry n'est pas probable. Je pense qu'elle n'est pas souhaitable. Si Dominique Strauss-Kahn revient, ça s'imposera."
Candidat déclaré aux primaires, Manuel Valls a critiqué "le pacte" DSK-Aubry, dimanche sur France 2. "Qui peut croire un seul instant que Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry sont d'accord sur tout ?", a-t-il lancé.
"C'est la guerre entre eux", croit même savoir un opposant d'Aubry, cité parLe Figaro. "Je ne dis pas qu'il n'y a pas de difficultés entre eux, mais ça peut se passer différemment de ce que vous imaginez. Ils peuvent s'engueuler pour savoir pourquoi l'autre ne veut pas y aller", confie encore au quotidien le strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen.
Entre Aubry et DSK, c'est une longue histoire. Ils ont été longtemps rivaux et ennemis, rappellent le JDD. Le climat s'est en effet un peu tendu depuis les régionales. Leur désaccord sur les retraites l'a révélé, après que DSK a affirmé qu'il ne fallait pas avoir "de dogme" sur les 60 ans.
Entre les deux camps, la tension est montée d'un cran depuis la sortie du livre de David Revault d'Allones, dans lequel Martine Aubry assure qu'elleprendra sa décision de se présenter ou non aux primaires "avant 2011".
Chez les strauss-kahniens, certains y ont vu une volonté de "coincer" leur champion, en le poussant à se décider plus vite que prévu. C'est notamment l'avis du président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon (Lire l'article sur le sujet : "Martine Aubry attendra la décision de DSK pour 2012").
3. Aubry-DSK : un duel souhaitable?
Pour certains socialistes,
"un débat public opposant serait de haute volée et éclairant sur les termes possibles d'une alternative de gauche à Nicolas Sarkozy. Ce débat aurait encore l'avantage de mobiliser, et peut-être massivement, l'électorat de gauche lors des primaires", observe Le Monde.
Le problème, c'est que le "pacte de Marrakech" peut-être interprêté différemment par Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. Car si ce "pacte" les a "unis pour la prise de contrôle de l'appareil du PS, il ne prévoit pas d'accord de désistement réciproque automatique aux primaires", souligne Le Monde.
Contacté par Le Post, le député PS Pierre Moscovici confirme cette analyse.
Mais comment la patronne du PS et le directeur du FMI vont-ils se départager? Avec les sondages, qui montreront le plus populaire pour l'emporter en 2012 ? Celui qui aura le plus envie de l'Elysée ?
Depuis plusieurs mois, les partisans de DSK et d'Aubry répètent que le contexte économique et social de 2011 et 2012 sera déterminant pour les départager. Un critère d'ores-et-déjà balayé par l'éditorialiste de RTL, Alain Duhamel. Dans une chronique publiée récemment dans Libé, il écrit: "la situation actuelle le sert en effet grandement [DSK, ndlr]. Une chose est d'ores et déjà malheureusement acquise : la crise économique et sociale mondiale n'aura pas disparu avant l'ouverture de la campagne présidentielle. Le décor sera donc tumultueux, gris foncé et anxiogène. Or, même si François Hollande ne manque pas de compétence, nul à gauche n'approche l'autorité et le renom de Dominique Strauss-Kahn dans ce domaine."