Droits rechargeables, mode d'emploi

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

 

Vraie conviction du ministre du Travail ? Manoeuvre tactico-politicienne? Indice d'une fébrilité grandissante et d'une lourde inquiétude après trois mois de hausse continue du chômage ? Voici en tout cas que Xavier Bertrand ne jure plus que par les «droits rechargeables». Au point qu'il a prévenu: cette nouvelle recette anti-chômage figurera impérativement au menu de la série de rencontres qu'il doit avoir avec les syndicats à partir du 13 septembre. Et que chacun est sommé de dire si elle est ou non à son goût !

Une «nouvelle» recette qui, à vrai dire, ne devrait pas beaucoup surprendre ces mêmes syndicats. Et pour cause. C'est la CFDT et la CFTC qui, lors de la dernière renégociation de la convention d'assurance chômage en janvier dernier, l'avaient imaginée les premiers. Une idée simple: permettre à un chômeur qui retrouve un emploi avant d'avoir épuisé l'intégralité de ses droits à indemnisation de conserver le solde au cas où il retomberait au chômage.

Sauf qu'à l'époque l'idée avait été balayée: trop chère, trop compliquée ! Et puis voilà que désormais c'est Xavier Bertrand qui en fait la promotion ! On ne va évidemment pas lui en vouloir d'évoluer et de considérer désormais que ces «droits rechargeables» peuvent constituer une incitation forte à retrouver plus vite un emploi.

Pour autant, cette conversion a de quoi étonner. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Déjà certains syndicalistes flairent le piège: le ministre ne cherche-t-il pas à rejouer la partition bien connue du «diviser pour mieux régner» à la veille de la grande mobilisation syndicale annoncée en jouant les «réformistes» contre les «révolutionnaires» ?

A moins que cette conversion brutale de Xavier Bertrand aux vertus des «droits rechargeables» ne soit une simple manoeuvre politicienne au sein de l'UMP. Façon de se placer par rapport à Bruno Le Maire, le chargé du programme présidentiel et de faire oublier la malheureuse annonce - déjà morte-née - de celui-ci sur la réduction envisagée des indemnités chômage des cadres.

Mais la raison principale de cette évolution du ministre du Travail ne doit pas forcément être cherchée si loin. La situation dramatique de l'emploi dans notre pays à moins d'un an de l'élection présidentielle est une donnée autrement pénalisante pour contraindre l'équipe sortante à multiplier les initiatives fussent-elles contradictoires. N'est-ce pas Nicolas Sarkozy lui-même qui après avoir fustigé la «politique d'assistanat» vient d'annoncer vendredi la création de 20.000 contrats aidés supplémentaires ?

A ceux qui chercheraient une logique à tout ça, c'est Xavier Bertrand qui la livre: «L'objectif, et notamment dans le projet présidentiel, c'est que la France soit dans les années qui viennent une société de plein-emploi». C'est sans doute ce qu'on appelle un mode d'emploi.

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