Droite et gauche face à la rigueur La crise complique l'équation présidentielle

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

 

En pleine tourmente financière, la rencontre devait rassurer les marchés. Mais sur le fond, ils risquent d'être déçus. La réunion entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, mardi à l'Elysée, a essentiellement débouché sur la proposition d'un gouvernement économique européen, dirigé par Herman Van Rompuy, l'actuel président de l'Union européenne. Une annonce sans grande surprise, qui doit encore être validée par les autres Etats membres. Les deux dirigeants ont également proposé de faire inscrire la «règle d'or» dans la constitution des 17 pays de la zone euro, un principe qui prévoit l'équilibre des comptes publics.

Plus tôt dans la journée, les principales bourses européennes avaient clôturé en léger recul, déstabilisées par les mauvais chiffres de la croissance dans la zone euro. Le produit intérieur brut (PIB) n'a progressé que de 0,2% au deuxième trimestre, contre une hausse de 0,8% en début d'année. Surtout, le PIB de l'Allemagne, moteur de la zone euro, n'a gagné que 0,1%, un ralentissement bien plus brutal qu'attendu. De quoi raviver le spectre du «double dip», c'est-à-dire d'une rechute de l'économie régionale, après le surplace de la croissance française (0%) publiée vendredi.

Ces statistiques décevantes vont obliger les Etats d'Europe à revoir leur copie budgétaire. Avant de recevoir Angela Merkel, Nicolas Sarkozy s'est entretenu avec son premier ministre, pour préparer les mesures d'austérité que le gouvernement doit annoncer le 24 août. Ces mesures d'économie devraient être comprises entre cinq et dix milliards d'euros. L'exécutif devrait aussi en profiter pour abaisser sa prévision de croissance pour 2011, actuellement fixée à 2,25%, mais à laquelle plus personne ne croit.

D'un point de vue politique, le pari est risqué: la grande majorité des gouvernements européens ayant appliqué l'austérité, de l'Espagnol José Luis Rodriguez Zapatero au Portugais José Socrates, ont été sanctionnés dans les urnes. Or, à huit mois de la présidentielle, le futur candidat Sarkozy est en train de jouer sa réélection, tout à la fois pompier de l'Europe, et avocat de la rigueur en France.

«L'erreur qu'est en train de commettre le gouvernement, consiste à vouloir régler le problème de la dette à court terme, à travers des mesures d'urgence ici ou là. Avec les conséquences que l'on connaît, puisque ces mesures vont freiner la croissance. Or, si le chômage et la croissance sont des problèmes de court terme, la dette, elle, se résout à l'échelle de cinq à dix ans», analyse Philippe Martin, professeur d'économie à Sciences-Po Paris.

Plus le temps passe, plus la crise européenne s'éternise, et plus il sera difficile, pour Nicolas Sarkozy, d'enfiler le costume du président «sauveur de la Grèce». Le sommet du 21 juillet, censé venir en aide à Athènes, et auquel Nicolas Sarkozy a participé activement, est un échec: trois semaines plus tard, il n'a pas permis d'apaiser la spéculation sur les marchés de la dette, et les inquiétudes sur l'avenir de la zone euro restent entières.

Depuis, Nicolas Sarkozy multiplie les maladresses. Sa réunion d'urgence, mercredi 10 août à Paris, pour discuter d'une nouvelle vague de rigueur en France, avait surtout surpris les observateurs, et fait chuter les marchés. Dans un éditorial acéré contre le «fébrile président français», le Financial Timesavait dénoncé une «sur-réaction» de Sarkozy: «Il n'y a pas matière à s'inquiéter de l'économie française (...) La France a besoin de réflexion, pas de précipitation.»

Même cafouillage avec Berlin en fin de semaine dernière: Paris a d'abord promis des annonces à l'issue de la réunion avec Merkel, avant de devoir se rétracter. Un porte-parole de la chancelière avait fait savoir, entre-temps, qu'il ne fallait «rien attendre de spectaculaire». «La stratégie du président est confuse, car la France est dans une situation extrêmement difficile», constate Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE, et l'un des chefs de file des «atterrés». «Soit il cède aux marchés, et applique une politique de rigueur, et l'on sait que cela ne profitera pas à l'économie française. Soit, et c'est sans doute ce que préférerait Nicolas Sarkozy à la veille de l'élection présidentielle, il tente d'en sortir par le haut, en renforçant la solidarité européenne. Mais sur ce point, la France est isolée...»

PS et UMP «se retrouvent dans des positions proches»

Toutefois,  les difficultés de Nicolas Sarkozy ne semblent guère profiter à l'opposition dont les revendications restent peu audibles à dix jours de l'ouverture de l'université d'été du PS à la Rochelle. Les candidats à la primaire se sont pourtant démenés dans les médias ces derniers jours. Partie avec du retard, pour cause de vacances, Martine Aubry a ainsi enchaîné une tribune dans Le Monde puis un entretien au Journal du dimanche avant d'être l'invitée d'Europe 1 mardi. Ségolène Royal était dans le Parisien dimanche, François Hollande dans Le Point et Le Monde en fin de semaine dernière.

Tous ont tenté de présenter «leurs solutions» de sortie de crise -«sept» pour un «ordre international juste» chez Royal, «trois» mesures pour relancer la croissance et réduire les déficits chez Aubry et le «contrat de génération»pour Hollande. Avec une difficulté: la primaire étant prévue en octobre, les favoris cherchent à se différencier, au risque de rendre inaudible la vision du PS, dont le projet irrigue pourtant -sans qu'ils s'en vantent- l'essentiel de leurs argumentaires.

Ils se retrouvent aussi parfois à lancer des initiatives très similaires: ainsi, dans la même journée, le staff de Martine Aubry a annoncé qu'elle réunirait son «comité de suivi de la crise», coordonné par l'économiste Daniel Cohen, juste avant de partir à la Rochelle, le 25 août. Constitué de «personnalités du monde de l'entreprises ainsi que d'économistes», ce comité peut aussi compter sur la présence de Jacques Delors.

La veille, c'est François Hollande qui aura organisé un «colloque relatif aux questions économiques» à la Maison de l'Amérique latine à Paris, avec ses spécialistes économie comme Michel Sapin, Jérôme Cahuzac ainsi que des économistes tels que Karine Berger, membre de son équipe de campagne, Philippe Aghion, Elie Cohen, Jean-Hervé Lorenzi, ou Gilbert Cette.

Mais ces initiatives essentiellement marketing ne suffisent pas à remodeler l'agenda politique imposé par Nicolas Sarkozy et sa «règle d'or» qui vise à inscrire dans la constitution un mécanisme d'équilibre des comptes publics. Le PS, unanime, refuse de voter le texte élyséen, prétextant une «opération de communication». Mais chaque candidat a pourtant fait entendre sa petite musique: Manuel Valls a joué la carte libérale en se disant ouvert au débat avec Sarkozy et Hollande a proposé en remplacement un amendement dans le prochain projet de loi de finances dans lequel la France s'engagerait à respecter la limite de 3% de déficit en 2013.

Surtout, le PS -dans sa majorité- ne remet absolument pas en cause le discours de la nécessaire réduction des déficits, et continue de penser qu'il doit convaincre de son «sérieux» en matière budgétaire pour ne pas effrayer les marchés. Difficile, dans ces conditions, de se démarquer de Nicolas Sarkozy. Face à la crise, droite et gauche plaident d'ailleurs parfois pour les mêmes mesures. «Ce type de crise réduit l'espace des possibles. C'est presque arithmétique: les partis de gouvernement, PS et UMP, se retrouvent sur des positions proches», explique Philippe Martin, professeur d'économie à Sciences-Po Paris.

C'est par exemple le cas d'un gouvernement économique européen, revendiqué à la fois par l'Elysée et clef de voûte du projet du Parti socialiste. Cela pourrait aussi le devenir sur les eurobonds, ces obligations européennes que proposent les sociaux-démocrates européens pour desserrer l'étau des marchés sur les pays au bord de la faillite, et que certaines voix à droite appellent désormais de leurs voeux. «La droite est obligée de reconnaître que les solutions des sociaux-démocrates étaient les bonnes»a ironisé mardi Benoît Hamon, le porte-parole du PS.

Quant au reste de la gauche, elle reste elle aussi en retrait pour l'instant, en partie pour cause des vacances. L'exemple le plus frappant est certainement celui d'Eva Joly, totalement silencieuse sur la crise depuis le début de la nouvelle tempête boursière. Sa seule intervention médiatique a porté sur les algues vertes en Bretagne. Son parti n'a d'ailleurs diffusé aucun communiqué de presse récent. Il se réserve pour ses journées d'été, qui commencent jeudi à Clermont-Ferrand.

Au Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon avait prévenu fin juillet d'un congé sur son blog jusqu'à la mi-août «sauf imprévu»: la crise financière l'a finalement conduit à écrire deux longs billets (ici et ). Lui espère pouvoir capitaliser grâce à son discours de rupture avec les marchés financiers. Mais sans certitude de l'emporter: «Avoir eu raison ne nous vaudra aucun avantage particulier. L'histoire n'est pas un colloque savant. La lutte va s'aiguiser, les rapports de force se tendre! Dans l'immédiat voici les deux camps possibles: capituler ou résister», écrit Mélenchon. Il fera sa rentrée politique en fin de semaine prochaine avec un meeting prévu dans le cadre du  «Remue-méninges» du Front de gauche, près de Grenoble.

 

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Publié dans Politique

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