Double menace, double tranchant

Publié le par DA Estérel 83

 

 

 

Se risquer, ne serait-ce qu'à s'interroger sur ce qui a conduit à prendre la décision de ces arrestations précisément ces jours-ci, conduirait à se faire traiter au mieux de laxiste et plus sûrement d'irresponsable.

 

Décidément, l'islamisme est en train de s'inviter en force dans la campagne présidentielle. C'est bien sûr le cas depuis la double tragédie de Toulouse et de Montauban. Cela l'a encore été avec le vaste coup de filet contre le groupuscule salafiste Forsane Alizza qui a abouti à la mise en examen de treize islamistes soupçonnés de préparer l'enlèvement d'un magistrat lyonnais. Hier, la police est intervenue de nouveau pour interpeller une dizaine d'individus qui, selon les enquêteurs, avaient un «profil à la Merah» de délinquants «autoradicalisés».

A si peu de semaines du premier tour, ces arrestations fortement médiatisées, sèment un certain trouble dans l'opposition. Difficile en effet pour elle de trop s'avancer sur le terrain du soupçon d'une instrumentalisation politique. Se risquer, ne serait-ce qu'à s'interroger sur ce qui a conduit à prendre la décision de ces arrestations précisément ces jours-ci (ceci alors qu'on nous dit que ces individus sont sous surveillance depuis des mois), conduirait à se faire traiter au mieux de laxiste et plus sûrement d'irresponsable. 

Seule Marine Le Pen - et on voit bien pourquoi - n'a pas hésité à s'engouffrer dans la brèche pour renchérir sur les interdictions faites à des prêcheurs intégristes de se rendre au congrès de l'UOIF... Alors que le couple Sarkozy-Guéant est à la manoeuvre contre la menace islamiste intérieure, voilà qu'un autre «péril islamiste» comme le désigne Alain Juppé, surgit sur la scène internationale. Au Mali et après le putsch de la junte militaire, la situation est en train de tourner en effet au cauchemar. Le nord du pays est désormais entièrement aux mains de la rébellion. 

Une rébellion hétéroclite dont les deux principales composantes - les Touaregs laïcs d'un côté et les islamistes d'Aqmi de l'autre tiennent désormais la moitié du pays. Outre les pillages et les viols dont font état de nombreux témoins, c'est bien la menace islamiste qui est en train d'affoler les chancelleries occidentales. A commencer par le Quai d'Orsay qui vient d'assister, horrifié, à la prise de Tombouctou par les chefs historiques d'Aqmi, la filiale d'al-Qaïda au Maghreb. Depuis mardi ces imams-preneurs d'otages (le plus souvent français...) pérorent dans la ville millénaire en promettant l'instauration de la charia dans tout le pays. 

Ironie de l'histoire, Aqmi se retrouve aujourd'hui en position de force... grâce à l'intervention militaire franco-britannique en Libye. Les parachutages d'armes destinées à la rébellion anti-Kadhafi ont en effet bien plus profité aux groupes islamistes qu'aux Touaregs alliés de circonstance de feu le colonel. 

Et comme si la situation n'était pas assez explosive comme cela, comme si la déstabilisation de la région n'était pas assez avancée, les autorités algériennes continuent à tourner la tête ailleurs. En espérant qu'Aqmi se contentera d'avaler le gâteau malien. Qu'on est loin du projet d'«Union méditerranéenne» rêvé par Nicolas Sarkozy au début du quinquennat!

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Publié dans Société

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