Document libyen : Mediapart défend son enquête et son honneur

Publié le par DA Estérel 83

Rue89

 

 

Le site Mediapart est à nouveau voué aux gémonies par la majorité depuis la révélation, samedi 28 avril, d’une note étayant l’intention du régime Kadhafi de financer la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 à hauteur de 50 millions d’euros.

Sur Canal+, le Président-candidat a qualifié Mediapart d’« officine au service de la gauche », pendant que le Premier ministre François Fillon affirmait que le site serait « financé par de riches amis de François Hollande ».

Selon ce dernier, le document serait « un faux » ; Sarkozy parle de « mensonge » et de « montage ».

Le président de Mediapart, Edwy Plenel, leur a répondu que les actionnaires majoritaires du site sont ses journalistes fondateurs.

Rue89 a demandé au journaliste Fabrice Arfi, l’un des signataires de l’article, de préciser les conditions de cette révélation.

Rue89 : Le document que vous avez révélé (un courrier échangé entre deux hauts dignitaires de l’ex-régime libyen) est-il un original ou une copie ?

Fabrice Arfi : Il s’agit d’un scan de l’original. En juillet dernier, lorsque nous avons révélé les documents Takieddine [un intermédiaire en armement soupçonné d’être impliqué dans l’affaire Karachi, ndlr], nous avons découvert qu’ils montraient sous un nouveau jour les relations franco-libyennes à l’époque de Kadhafi.

Nous avons donc eu de très nombreux contacts avec différents dépositaires des archives du régime, en France et à l’étranger. En mars 2012, nous avons révéléle témoignage du médecin de Takieddine, qui parlait déjà du financement de la campagne de Sarkozy en 2007, à hauteur de 50 millions d’euros.

C’est ce que vient confirmer la nouvelle note révélée samedi. Je me serais bien passé de ce calendrier [entre les deux tours de la présidentielle, ndlr], mais il nous a fallu authentifier ce document.

Comment l’avez-vous authentifié ?

Auprès d’ex-officiels du régime libyen. Et Ziad Takieddine lui-même nous a confirmé qu’il était « crédible ». L’en-tête du document, les expressions employés et la double datation aident aussi à confirmer son authenticité.

Ce document évoque une réunion entre quatre personnes, dont trois ont démenti avoir été présentes. L’une d’elles, l’ex-gestionnaire du fonds souverain libyen Bachir Saleh, dément aussi être le destinataire de cette lettre. Que répondez-vous ?

Le démenti de Saleh n’a pas la moindre valeur : comme l’a révélé le Canard enchaîné, cet homme est actuellement réfugié en France, sous protection des autorités, alors qu’il est recherché par la Libye et l’objet d’un mandat d’arrêt d’Interpol !

Ziad Takieddine, qui confirme tout sauf sa présence à la réunion, n’aurait aucun intérêt à le faire : pour lui, ce serait terrible.

Quant à Brice Hortefeux, il dément tout depuis le début de cette affaire.

L’auteur de la lettre, l’ex-patron des services secrets puis ministre des Affaires étrangères libyen Moussa Koussa, vit actuellement caché au Qatar, pays dont on connaît les liens avec la France.

Dans un autre article, Mediapart parle « d’une possible entreprise de corruption massive, par une puissance étrangère, d’un ministre français devenu président de la République et, aujourd’hui, candidat à un second mandat ». Avez-vous des éléments pour affirmer qu’il y aurait eu enrichissement personnel ?

C’est simple : si 50 millions d’euros ont été versés par le régime libyen alors que la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 n’a coûté que 22 millions, où est passé le reste ?

Soit elle a coûté le double de la somme officiellement déclarée ; soit il y a eu enrichissement personnel ; soit elle a permis de constituer un « trésor de guerre », qui pourrait aussi financer la campagne 2012.

Comment expliquez-vous que la justice ne se saisisse pas de ces nouvelles révélations ?

Parce que c’est au procureur de la République de déclencher une enquête, et que le procureur est sous les ordres du pouvoir. Nous avons ici un faisceau d’éléments important, ce qui, normalement, devrait conduire à l’ouverture d’une enquête dès le lendemain. Mais non. C’est la démonstration chimiquement pure du problème d’indépendance de la justice en France.

Prévoyez-vous de nouvelles révélations dans la semaine du second tour ?

Oui, concernant la proximité franco-libyenne dans le domaine industriel. Il peut aussi y avoir des surprises. Beaucoup d’archives libyennes se promènent.

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Publié dans Affaires

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