Dictateurs arabes:trois de chute
Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à faire oublier l'installation de la tente du «Guide» de la révolution libyenne dans les jardins de l'Hôtel Marigny et sa réception fastueuse à l'Élysée, en décembre 2007 en remerciement de la libération des infirmières bulgares retenues en otage par Kadhafi ? Ou encore la «photo de famille» du perron de l'Élysée où figuraient en bonne place ses «amis» arabes Ben Ali, Moubarak, et El-Assad lors du lancement de son Union pour la Méditerranée en juillet 2008 ?
À court terme, sans doute comme en témoignent les «merci Sarkozy, merci Obama» scandés par des Libyens hier devant la Maison Blanche ou encore l'hommage appuyé à une«France qui s'est grandie pour gagner la bataille de Tripoli» lancé par un Jack Lang jamais en manque de grandiloquence. Avec un art consommé du virage sur l'aile et de la réaction à chaud, Nicolas Sarkozy a rapidement endossé l'armure d'un Saint-Georges pour terrasser le dragon sanguinaire Kadhafi et faire oublier son attentisme face aux «printemps» tunisien et égyptien.
Son activisme diplomatique a été décisif pour rallier à son combat le Britannique Cameron, Barack Obama et surtout permettre le vote par le Conseil de sécurité de l'ONU d'une «zone d'exclusion aérienne» qui s'est vite transformée en un soutien militaire actif aux rebelles. En convoquant la semaine prochaine à Paris une réunion du «groupe de contact» sur la Libye, le chef de l'État va encore pouvoir capitaliser sur un succès diplomatique indéniable.
Mais si Nicolas Sarkozy et ses partenaires peuvent être désormais certains que Kadhafi sera le troisième dictateur arabe à chuter après Ben Ali et Moubarak, ils savent que beaucoup reste à faire pour aider à de véritables transitions démocratiques qui patinent déjà sérieusement en Tunisie et en Égypte. Désormais reconnu par de nombreux régimes et la Ligue arabe, le Conseil National de Transition (CNT) libyen est une coalition fragile, hétéroclite où se côtoient des islamistes proches d'Al-Qaïda, des représentants de tribus antagonistes et des transfuges de fraîche date.
Les relations avec le nouveau pouvoir vont demander du doigté permettant à la fois d'éviter des débordements de violence et aussi les accusations à prévoir d'ingérence pour mettre la main sur le pétrole libyen. Grâce à l'activisme de plusieurs de ses dirigeants, la communauté internationale et les rebelles libyens sont sur le point de vaincre Mouammar Kadhafi. Il leur reste à gagner la paix, la démocratie et assurer la sécurité de la région avec une prolifération inquiétante d'armes qui pourraient rapidement se retrouver aux mains des terroristes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI)