Des miettes pour les morts de faim
L'Onu a tiré la sonnette d'alarme le 20 juillet: 12 millions de personnes sont menacées par la famine dans la Corne de l'Afrique, principalement en Somalie. Les corps d'enfants morts et d'autres rachitiques, le ventre ballonné, les yeux déjà outre-tombe ont envahi les écrans de télévision. Depuis les ravages de la guerre du Biafra de 1967 à 1970, ces images reviennent périodiquement comme un feuilleton au scénario immuable: famine, errance, fatigue, et impuissance de la communauté internationale à intervenir à temps.
Faire parvenir et surtout distribuer l'aide humanitaire dans une Somalie ravagée par la guerre civile relève certes du casse-tête. Les insurgés islamiques Shebab (jeunes) qui contrôlent une partie du sud du pays contestent la réalité de la famine et refusent, sous le prétexte de la non-ingérence, toute intervention d'ONG liées à l'Onu.
L'attaque par des miliciens d'un camp de réfugiés s'est ainsi soldée hier par la mort de cinq de ces derniers et le vol de 300 tonnes d'aide alimentaire. La question de l'acheminement de l'aide à ceux qui en ont besoin est certes importante dans cette région où le Comité International de la Croix Rouge et Médecins sans Frontières (MSF) restent parmi les seules organisations encore opérationnelles dans des conditions de grande dangerosité.
Mais une autre réalité liée à la famine dans la Corne de l'Afrique doit être dénoncée: l'attentisme et la pingrerie de la communauté internationale. L'Union Africaine a décidé jeudi de reporter sa réunion... d'urgence au 25 août. L'ONU a estimé qu'il fallait rapidement réunir 2,4 milliards de dollars pour venir en aide aux affamés. Mais hier, un seul milliard avait été péniblement collecté dont 20.000 euros royalement octroyés par la Principauté de Monaco.
La France a haussé à son aide à 30 millions d'euros et chacune des grandes puissances accuse ses homologues de ne pas en faire assez. Faut-il rappeler les 400 milliards d'euros débloqués pour aider la Grèce en crise, les 600 milliards de dollars du budget du Pentagone, ou encore les profits faramineux des compagnies pétrolières et agroalimentaires qui investissent dans la culture extensive en Afrique au détriment des petits paysans, pour mesurer combien ce continent reste le grand oublié des mannes de la mondialisation ?
L'armée française dépense 1,2 million d'euros par jour pour une intervention en Libye qui traîne en longueur. Cette opération n'est pas contestable. Mais il est des limites à l'inaction qui dépassent l'entendement, comme si l'adage selon lequel il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade, surtout dans la Corne de l'Afrique, restait d'actualité.