Des JMJ pis-aller contre la crise de foi
En 1982, alors que François Mitterrand s'apprêtait à prendre le tournant de la rigueur, Jack Lang avait l'idée géniale d'organiser une fête annuelle de la musique. Une initiative qui a depuis gagné le monde entier. Trois ans plus tard, Jean Paul II lançait les premières Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ).
Deux initiatives à un seul dénominateur commun: rassembler, mobiliser et revendiquer de manière festive par temps de crise. Le pape polonais avait expérimenté avec succès la recette dans son soutien au syndicat Solidarnosc contre le régime communiste du général Jaruzelski. Outre ses comités de soutien aux prisonniers politiques, l'Église polonaise organisait chaque vendredi de grandes «messes pour la patrie», mêlant pratiquants, militants, athées prêts à en découdre ensuite avec les Zomos (la police anti-émeutes).
Dès leurs premières éditions, les JMJ ont rencontré un succès monstre avec un souverain pontife charismatique et auréolé de l'image de «Pape des Jeunes». A sa mort en 2005, Benoît XVI a envisagé de rompre avec des JMJ qui lui semblaient taillées sur mesure pour son prédécesseur. L'austère cardinal Ratzinger ne semblait guère apprécier le marketing forcené entourant les JMJ avec ses retransmissions sur écrans géants des chemins de croix et des soirées festives plus païennes et paillardes que religieuses.
Mais la crise de la foi, des vocations et la baisse vertigineuse de la fréquentation des églises d'Europe ont changé la donne. Recentrées sur l'Eucharistie, les JMJ se sont installées comme la vitrine moderne attractive d'une Église romaine encore sous les coups des scandales pédophiles et d'interdits en décalage avec la société réelle. Entre concerts pop-rock chrétiens et confessions à la chaîne sous des tentes de fortune, Benoît XVI a endossé la soutane militante de Jean Paul II pour réinsuffler aux jeunes d'aujourd'hui le slogan que ce dernier lançait aux Polonais luttant contre le communisme: «N'ayez pas peur !». Avec une dose commune de social insistant sur la nécessité de replacer «l'homme au centre d'une économie» en pleine crise.
Le grand show religieux de Madrid aura au moins une vertu: permettre la rencontre des centaines de milliers de jeunes. Beaucoup de catholiques, certainement. Mais aussi des croyants d'autres religions, des agnostiques, des athées dont une immense majorité a en partage les angoisses et les interrogations des «indignés» de la Puerta del Sol.
Car au-delà de la polémique sur le coût de ces JMJ, toute cette jeunesse sait que l'avenir ne peut se réduire à la «joie» de croire en Dieu. Et que tout indique qu'il lui faudra avoir la foi du charbonnier pour espérer à une vie digne des enseignements et des engagements des Évangiles religieux et politiques.