Des ghettos jusque dans la tête

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

On se souvient ce que Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Intérieur, avait entendu comme critiques acerbes et cris d'orfraie en osant employer le terme de «sauvageons» pour désigner ces jeunes qui refusaient de pousser et marcher droit. C'était en 1999. Autant dire au siècle dernier...

Quelques années plus tard et quelques lois en plus, avec pourtant un président de la République ayant fait de la sécurité le pilier de son action, les «sauvageons» sont devenus des sauvages. La preuve cette tragique affaire d'un jeune de Sartrouville passé à tabac et laissé pour mort samedi soir sous les yeux de sa petite amie par une bande d'autres jeunes de Rosny-sous-Bois. Des jeunes lyncheurs dont la plupart sont collégiens et ont de 14 ans à 20 ans pour le seul majeur. Des jeunes dont on nous dit qu'ils ne sont pas connus de la police et qu'ils ne s'étaient jusqu'alors pas fait remarquer. Des «sauvageons» dont les camarades de classe expliquaient hier avec une inconscience stupéfiante que «c'était pour rigoler et que ça a dégénéré»...

Si hier, la victime était heureusement sortie d'affaire, on est effaré par les raisons qui auraient déclenché ce lynchage. Selon les enquêteurs et les différents témoignages recueillis ce week-end, les agresseurs de Rosny-sous-Bois, qui avaient déjà multiplié les menaces à l'encontre de la victime, seraient passés à l'acte parce qu'ils ne supportaient pas que celui-ci, venant d'un autre quartier, puisse flirter avec une jeune fille du leur !

On apprend qu'en langage de cités, ça s'appelle «faire la loi». Une «loi» de la bande, du quartier dont à l'évidence ces barbares écervelés estiment qu'elle prévaut à toute autre, républicaine, sociale, humaine. Machisme ordinaire de quartiers laissés en déshérence comme tentait de l'expliquer hier la présidente de «Ni putes ni soumises» ? Sans doute.

Pourtant l'explication est un peu courte si on ne dit pas que ce machisme-là trouve sa source dans une certaine «culture» qui proclame que la femme est inférieure à l'homme. On nous dit aussi pour essayer d'expliquer l'inexplicable qu'on aurait là la version «moderne» de Romeo et Juliette ? Montaigu de Sartrouville contre Capulet de Rosny ? Parabole littéraire qui permet de ne pas admettre une réalité bien moins romanesque.

En effet, bien plus grave que le phénomène des bandes qui ont marqué chaque époque - les zazous, les blousons noirs, etc. - ce que montre ce fait divers c'est le développement d'une logique de territoires. Des territoires qui s'opposent spatialement à l'espace républicain: c'est la rengaine bien connue sur les policiers qu'on n'y voit jamais... Des territoires où il est surtout devenu urgentissime d'inverser la logique pernicieuse qui autorise certains à croire - sincèrement parfois, ce qui est le pire... - à la prééminence de leurs «règles» ethnico-religieuses sur les lois de la République.

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Publié dans Société

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