Déplacements surprises et déambulations, nouvelles armes de M. Hollande
Officiellement, rien ne change. Plus que jamais,François Hollande est en mode "force tranquille". Mais la sérénité affichée et l'impassibilité ostensible ne l'empêchent pas d'adapter sa façon de fairecampagne à la nouvelle donne créée par l'entrée officielle dans la course deNicolas Sarkozy. Son agenda des derniers jours le montre très clairement.
Première innovation : le candidat socialiste jalonne désormais ses déplacements de "déambulations" d'environ une heure censées le montrer au milieu des "vrais gens". Les dizaines de journalistes et de photographes qui l'accompagnent sont alors massés derrière une corde, histoire de faire en sorte que, sur les images, le candidat apparaisse seul avec les passants.
En deux jours, M. Hollande aura ainsi "déambulé" deux fois, mercredi 22 février dans un centre commercial d'Evry (Essonne), et jeudi dans les rues de Laval. Le message est clair : M. Hollande ne délaisse aucun territoire, et s'intéresse autant à la France des villes nouvelles qu'à la France profonde.
LE COSTUME DU "PÈRE TRANQUILLE"
La répétition de ces "déambulations" n'est pas un hasard : depuis son entrée en campagne, M. Sarkozy aime aussi se montrer au milieu des Français, comme à Annecy le 16 février, à La Rochelle le 21, ou à proximité de son quartier général de campagne, à Paris. Désormais, les lieutenants de M. Hollande ne peuvent plusironiser sur les "cordons de CRS" entourant un président "coupé de la population". D'où ces "déambulations", la nouvelle arme dégainée par le candidat socialiste pour ne pas perdre la main dans cette bataille de la proximité qu'il pensait gagnée d'avance.
Deuxième arme : les déplacements surprises. Soucieux de ne pas se laisserenfermer dans un costume de "père tranquille", M. Hollande a décidé de lesmultiplier. Là encore, c'est nouveau, et la visite inopinée de M. Sarkozy à Rungis, mardi 21 février, n'y est pas pour rien.
Mercredi, le candidat socialiste a ainsi débarqué à l'improviste au "ministère de la crise des banlieues" installé par le collectif ACLe Feu dans un hôtel particulier parisien. Et dans la nuit de jeudi à vendredi, quelques journalistes ont reçu un SMS les conviant à la gare de l'Est pour un déplacement censé rester secret à l'usine ArcelorMittal de Florange (Moselle).
"ACCÉLÉRATION DU RYTHME"
"Même si elle n'était pas une surprise, la candidature de Sarkozy impose une accélération du rythme. Nous devons nous adapter, en faisant une campagne de mouvement qui ne soit pas prisonnière des contraintes d'agenda", expliqueManuel Valls, directeur de la communication de M.Hollande. A l'instar de l'image, le message lui aussi doit-il s'adapter ? Depuis quelques jours, le candidat socialiste durcit le ton. Lui-même a pris le parti de ne pas commenter les propositions de M. Sarkozy : c'est la tâche de ses porte-parole, qui ont augmenté la fréquence de leurs communiqués de presse.
Jamais avare d'un bon mot – "si vous voulez oublier le Fouquet's, mangez des chouquet's", lançait-il jeudi en grignotant des chouquettes avec des éleveurs de Parné-sur-Roc (Mayenne) –, M. Hollande ne manque pas une occasion deprésenter M. Sarkozy comme l'artisan de la "division" et de l'"abaissement", lui se posant en champion du "rassemblement" et du "redressement".
Si le verbe se fait plus acéré, il se veut surtout plus présent. Pour la première fois, jeudi 23 février, M. Hollande a ainsi enchaîné deux réunions publiques, à Laval et auMans. Et après une séquence marquée par une très forte présence de M. Sarkozy à la télévision, il a prévu de réinvestir la scène médiatique, avec deux émissions de prime-time déjà programmées: "Parole de candidat", le 27 février sur TF1, et "Des Paroles et des actes", le 15 mars sur France 2.
Thomas Wieder