Déficits: Hollande au pied du mur
C'est aussi dès maintenant avec le cadrage du budget 2013 que le gouvernement va entrer dans le dur d'une austérité qui, comme sous la précédente majorité, répugne à s'afficher sans fard.
Les trois heures de séminaire gouvernemental réuni hier sur les dépenses publiques se résument-elles à une «séance de bla-bla» comme avait par avance raillé Jean-Luc Mélenchon ? Difficile à savoir, d'autant plus qu'à la sortie de Matignon les 38 ministres du gouvernement sont restés bouches cousues renvoyant à un communiqué du Premier ministre soulignant la « nécessité » de maîtriser les dépenses publiques pour réussir «le redressement» du pays.
L'urgence d'hier était double : trouver 7 à 10 milliards de recettes nouvelles pour terminer l'année et préparer un budget 2013 qui permette de réduire les déficits publics à 3% du PIB (après 4,5% fin 2012). Au-delà, le gouvernement devait aussi plancher sur la programmation des finances publiques pour la période 2013-2015 dans la perspective du retour à l'équilibre à la fin du quinquennat. Un exercice qui ressemble à la quadrature du cercle alors que la crise s'amplifie en Europe.
La première étape, celle du collectif budgétaire nécessaire pour rester dans les clous des objectifs de fin 2012, n'est pas la plus difficile. François Hollande va pouvoir jouer sur le clavier de ses promesses de campagne visant à en finir avec le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. La suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires et le rétablissement de fait de l'ISF dès cette année via une «contribution exceptionnelle»sont déjà actés.
Mais c'est aussi dès maintenant avec le cadrage du budget 2013 que le gouvernement va entrer dans le dur d'une austérité qui, comme sous la précédente majorité, répugne à s'afficher sans fard. Passer de 4,5% à 3% de déficits suppose rien moins que 20 milliards d'économies supplémentaires, auxquels devront s'ajouter les milliards de recettes perdues par des prévisions de croissance «ajustées» drastiquement à la baisse, à hauteur de 1% (contre 1,7%).
François Hollande est confronté à un double défi paradoxal : convaincre ses partenaires européens de son orthodoxie budgétaire pour les rallier à une relance de la croissance tout en rassurant une opinion nationale angoissée par des perspectives de rigueur à la mode grecque ou espagnole. La nouvelle majorité savait d'avance ne pouvoir disposer d'aucun état de grâce après les élections tant la tâche s'annonce «immense», selon Jean-Marc Ayrault.
Le «changement» promis passant inéluctablement par le «redressement» des comptes publics, le dosage entre augmentation ciblée des impôts et réduction des dépenses et des effectifs publics devra être politiquement très calibré pour éviter des vagues sociales dès les débuts du quinquennat Hollande.