Défiance ou état de grâce: la presse déboussolée vis-à-vis de François Hollande
Par RichardTrois
“La France sous surveillance“, Challenges. “Le Peuple t’a à l’oeil“, Polka. “Jusqu’ici tout va bien” pour Marianne qui agrémente le tout d’une bombe prête à exploser. Étonnante juxtaposition des Unes de nos magazines de la semaine passée. Tous ces titres allient la défiance à la menace à peine voilée. Il faut croire que la presse avait alors décidé de surfer sur le scepticisme ambiant, faisant sienne l’idée que François Hollande venait d’être élu par défaut, pour se débarrasser de Nicolas Sarkozy.
Après les Unes hagiographiques pour le vainqueur, voilà vite que la défiance a pris la place de la joie exprimée dans la rue le soir du 6 mai.
Une manière d’illustrer ce que beaucoup prédisaient au nouveau président de la République. L’absence d’état de grâce. De Michel Sapin à Standard & Poor’s en passant par Le Monde, ils étaient nombreux à prédire cette absence d’état de grâce. “Jamais une alternance n’est intervenue dans un climat économique et social aussi lourd. La crise de la dette persiste en Europe. Le chômage s’envole. La récession menace“, voilà qui permettait au Monde d’annoncer que “le président Hollande n’aura donc pas le droit à l’état de grâce qui accueille tout nouveau locataire de l’Elysée“.
Mais les Unes des magazines se périment plutôt vite ces temps-ci. Le Journal du Dimanche publiait hier un sondage IFOP dans lequel les personnes interrogées se disent satisfaites à 61% de François Hollande et 65% de Jean-Marc Ayrault, faisant de ce dernier le Premier Ministre le plus populaire de la Vème République. Et Jean-Luc Parodi, directeur de recherche au Cevipof de taquiner son monde en attaquant son analyse d’un “qui disait qu’il n’y aurait pas d’état de grâce?” rigolard. D’un point de vue qualitatif, François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont loués pour leur “simplicité“, “une certaine forme de sincérité“, le fait que contrairement à Nicolas Sarkozy, le nouveau président “ne se prend pas pour Dieu“, “ne se croit pas tout permis“. Et ses premières mesures sont reconnues, toutes symboliques qu’elles soient, le faisant apparaître “plus proche du peuple“.
Voilà qui aura échappé à tous ceux qui, politiques ou journalistes, prédisait l’enfer à François Hollande ou à tout le moins, un scepticisme, une distance certaine, les marchés menant la danse. Certes il y a sans aucun doute un peu de cela. Mais pourtant les marchés sont plutôt cléments pour François Hollande. La Tribune nous explique même que la dette française est de plus en plus plébiscitée par les investisseurs, le taux de l’obligation française de référence à 10 ans flirtant ce jeudi autour de ses plus bas historiques, en dessous des 2,5% !
Il faut donner “crédit” à François Hollande d’avoir bati toute sa campagne et son action nouvelle sur ce rétablissement de la confiance. A croire qu’il fut un élève assidu des universités populaires participatives de Ségolène Royal, notamment de la toute première quand le jeune économiste Yann Algan décrivait la société de défiance dans laquelle nous vivons et une défiance qui explique selon lui ”dans une large mesure pourquoi la France a du mal se réformer et pourquoi la France a du mal à mettre en place un état-providence généreux“. Yann Algan citait alors ce chiffre effarant selon lequel “plus de 50% des Français pensent que pour arriver au sommet, il faut être corrompu“. Ainsi dès le mois d’Octobre, François Hollande cherchait tant bien que mal à prendre le talisman de la confiance, il déclarait :