Déchéance de nationalité: Sarkozy déchu de sa crédibilité
Bahbycc - Blogueuse associée | Jeudi 12 Août 2010
Depuis les annonces de Grenoble, je suis abasourdie. Complétement sonnée.
A vrai dire, je rigole gentiment du président et de sa politique depuis 2007 et j'avais l'impression de le connaître à peu près, le jugeant plutôt gendarme Cruchot, flic teigneux mais pas tellement crédible et surtout ridicule. Mais j'avais l'impression qu'il laissait le soin de déraper méchamment à ses sbires. Lefebvre, Hortefeux, Estrosi ou Morano, c'était un peu sa 7ème compagnie pour dire des conneries.
Mais avec le discours de Grenoble, tout m'a semblé bouleversé. Comme si ces déclarations étaient historiques. Il paraît même que Mââme Cruchot est en colère...
Au début, donc, je le confesse, l'information m'a laissée K.O. Retirer la nationalité. En me creusant la tête, il me semblait que ça s'était déjà fait sous Vichy. Cependant, je me suis bien retenue de faire un billet pour faire la comparaison. On est si vite taxé d'un point Godwin. Et d'ailleurs, on n'est pas en guerre, il ne faut pas pousser. Et puis, tout ne va pas si mal : ça fait plus de 60 ans qu'on a pas eu de guerre, tout le monde mange à sa faim, ou presque, et tout le monde, ou presque à un toit sur la tête. A peu près. M'enfin, on ne peut pas comparer, quoi.
Après cette première réaction, j'ai lu des tas de billets, sur la blogosphère et partout ailleurs - . J'ai même failli oublier l'affaire Bettencourt, à vrai dire.
Et voilà qu'en me replongeant dans mes préparations de cours pour la rentrée, j'ai compris soudain la nature des annonces sécurité de Cruchot. C'est ma profession de professeur de collège qui m'a éclairée.
Face à un élève pénible, qui par exemple se retourne sans cesse pour parler à un camarade, il y a une première attitude possible : reprendre l'élève, en l'interpelant avec douceur mais fermeté, en lui suggérant qu'il ne devrait pas se conduire ainsi. Pas un mot de plus que ça : « Je serais toi, je suivrais le cours au lieu de me retourner. »
Évidemment, l'élève va continuer à parler, parce qu'un élève teste toujours les limites d'un prof, c'est la règle. C'est alors que le professeur ajoute : « Je t'avais prévenu : tu n'aurais pas dû continuer. Dépose ton carnet sur mon bureau. » En général, pas la peine d'aller plus loin. L'élève sait qu'on annonce, qu'on prévient et qu'on agit.
Deuxième solution : dès que l'élève commence à parler, le professeur peu expérimenté ou énervé ou encore, fatigué, va élever la voix. Il va menacer : « Si tu continues de parler, comme ça, je t'envoie chez le principal. Suffit, maintenant. »
L'élève, évidemment, continue de parler. Mais cette fois, il le fait parce qu'il sait qu'il est bien peu probable que le prof l'envoie vraiment chez le principal pour de simples bavardages. La peine promise est totalement disproportionnée par rapport au délit : que dira le prof, pour se justifier, quand le principal demandera un rapport d'exclusion ? L'élève bavardait. Oui, c'est un peu juste.
Et l'autorité du professeur est remise en cause irrémédiablement.
Ma comparaison vaut ce qu'elle vaut, c'est à dire pas grand chose, mais elle m'a permis de comprendre que Sarkozy promet sans être capable de tenir. Il remet donc gravement son autorité en cause. Et c'est ce qui est grave... Mais pas plus que ce qui se passe depuis 2007. C'est toujours Cruchot qui nous dirige. Depuis 2002 et tout va bien. Ou pas.