Débat convenu avant le second tour Aubry-Hollande : des différences à la marge

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart  par Laurent MAUDUIT

 

 

C'est un second tour pour le moins bizarroïde qu'offre la primaire socialiste en mettant face-à-face Martine Aubry et François Hollande. Car loin de permettre aux électeurs de départager deux visions, deux projets, sensiblement différents, elle met en compétition les deux candidats à ce scrutin qui défendent les orientations les plus proches. Au soir de leur duel télévisé, mercredi soir sur France-2, c'est du moins le constat qui saute aux yeux dès que l'on se penche sur les convictions économiques et sociales défendues par les deux dirigeants socialistes qui restent en lice.

Sans doute les choses auraient-elles été différentes si le second tour de la primaire avait opposé Martine Aubry ou François Hollande à Arnaud Montebourg. Dans ce cas-là, la confrontation économique et sociale aurait sûrement été plus rugueuse, plus tranchée. Car deux logiques se seraient opposées. Ce qui n'est pas le cas, dans la configuration Aubry-Hollande.

 

On comprend sans peine pourquoi. En fait, hormis leur caractère respectif, dont leurs entourages jouent avec férocité, tout les rapproche. D'abord, tous les deux sont des enfants de Jacques Delors. Martine Aubry au sens propre. Et François Hollande au sens figuré, puisqu'il a longtemps animé le club Témoins, défendant en matière de politique économique les convictions tempérées et libérales de l'ex-président de la Commission européenne. Ensuite, tous les deux, elle comme ministre du travail, lui comme premier secrétaire du PS, ont été parmi les principaux lieutenants de Lionel Jospin de 1997 à 2002 et portent une responsabilité égale dans les dérives libérales que la gauche a alors connues et qui ont conduit au retentissant échec de 2002.

 

Pour la période plus récente, le constat est le même : quand Dominique Strauss-Kahn était encore candidat putatif à l'élection présidentielle, Martine Aubry n'avait aucun scrupule, dans le cadre du « pacte de Marrakech » (lireMartine Aubry dans la schizophrénie du pacte de Marrakech) à se préparer à faire campagne pour lui, alors même que l'ex-patron du FMI incarne l'aile la plus droitière du Parti socialiste, la plus liée aux milieux d'affaires. Peu après, au lendemain du suicide politique de « DSK », François Hollande a lui-même multiplié les déclarations apaisantes pour les milieux financiers, afin d'occuper le créneau politique laissé vide (lire Adieu Keynes ! Vive Raymond Barre !). En bref, Martine Aubry était disposée à appuyer Dominique Strauss-Kahn et la politique économique libérale qu'il incarnait ; et François Hollande s'est empressé de préempter le même héritage. Sur le fond, donc, rien ne les oppose vraiment. Idéologiquement, ils sont à l'unisson.

 

Du même coup, le débat a tourné ces derniers jours un peu vinaigre. Faute de sujets qui les opposent, faute de réelles et profondes divergences, Martine Aubry et François Hollande se sont chamaillés sur des détails, sur leur caractère respectif. La première a stigmatisé la « gauche molle », sous-entendant que son rival était indécis. Et le second a répliqué qu'il incarnait le camp de la « gauche sincère », suggérant que sa rivale avait la réputation d'être une fieffée menteuse, incapable de la moindre rectitude ou fidélité.

 

Débat sans grand intérêt ! Les mots sont devenus paradoxalement d'autant plus durs que les divergences se sont révélées microscopiques. Des différences, il en existe pourtant. Non pas sur la philosophie générale de la politique économique qui devrait être conduite mais sur certaines de ses modalités.

Au soir de la confrontation télévisée entre les deux candidats et à la veille du second tour de la primaire, on sait donc exactement à quoi s'en tenir. Interrogé par le journaliste de France Inter, Patrick Cohen, et le très sarkozyste journaliste de France-2, Fabien Namias, qui avait visiblement très mal travaillé ces dossiers, ils ont livré leur ultime joute. Voici donc le détail de ces nuances:

Banques : prudence partagée

A la suite de la lettre qu'Arnaud Montebourg leur a adressée pour les interpeller sur la mise sous tutelle des banques, Martine Aubry et François Hollande savaient qu'ils étaient particulièrement attendus sur ce sujet : que faire face aux banques ? Selon la formule des économistes atterrés, comment faire pour « désarmer la finance » ?

Jusqu'à présent, les deux candidats avaient manifesté sur le sujet beaucoup de prudence. L'un et l'autre avaient ainsi défendu l'idée, contenue dans le projet du PS, d'une séparation entre banque d'investissement et banque commerciale. Mais ils n'avaient guère été au-delà.

 

Sous les avancées de la crise, et sous la pression d'Arnaud Montebourg, le ton s'est toutefois fait progressivement plus énergique. « Pour le socialiste que je suis, il y a des situations où il faut que l'Etat intervienne », a ainsi déclaré François Hollande sur France-3, lundi soir, avant de préciser : « Pas toutes les banques mais celles qui demandent la participation de l'Etat doivent être sous le contrôle partiel de l'Etat », a-t-il ajouté.

 

Sur son blog (il est ici), Martine Aubry est à peine plus ambitieuse. Elle n'évoque pas une nationalisation même partielle des banques et préconise juste une meilleure régulation et une limitation de « la taille des établissements qui conduisent des activités spéculatives ».

 

Dans une lettre à Attac (elle est ici), Martine Aubry évolue. Elle n'exclut pas une entrée de l'Etat au capital des banques mais à la condition que cela poursuive un objectif : « pour contrôler effectivement la stratégie » de ces établissements. Dans un communiqué (il est ici), Attac se dit toutefois déçu par les réponses de la candidate, pas assez énergiques à son goût.

Mercredi soir, sur France-2, les deux protagonistes n'ont apporté presque aucune précision. Interrogée sur le sujet de la mise sous tutelle des banques, Martine Aubry a répondu à côté: sans répondre à l'interpellation d'Arnaud Montebourg, elle a rappelé ses positions antérieures. François Hollande a, lui aussi, fait la sourde oreille. Il a juste indiqué qu'une défaillance au moins partielle de la Grèce était prévisible dans les prochaines semaines et que les banques auraient besoin sans doute d'une recapitalisation fournie par l'Etat. Et il a donc posé une condition à cette recapitalisation: qu'elle soit assortie d'un droit de veto au profit de l'Etat. Ce qui n'a donc pas grand-chose à voir avec la mise sous tutelle.

 

Réforme fiscale : l'ISF et les droits de succession en balance

 

Le débat n'a pour l'instant pas fait apparaître de divergences ni même de nuances entre Martine Aubry et François Hollande. Tous deux défendent le principe de la « révolution fiscale » qui figure dans le projet du PS pour 2012 et dont la réforme phare est la fusion de l'impôt sur le revenu (IR) et de la Contribution sociale généralisée (CSG), dans le souci de refonder une fiscalité réellement progressive sur tous les revenus. Le projet prévoit également la remise en cause de 50 milliards d'euros de « niches fiscales » pour financer les priorités de la gauche, et l'alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail.

 

Aucun des deux candidats n'a pris de distance avec ces engagements. Tout juste devine-t-on qu'un débat, pour l'avenir, n'est pas encore tranché : au lieu d'être dégressive, comme elle l'est aujourd'hui au profit des plus riches, la fiscalité doit redevenir progressive, mais dans quelle proportion ? Pour parler clair, jusqu'à quel niveau faut-il relever la fiscalité des plus riches ?

 

On devine toutefois quelques nuances. Lors d'une confrontation en vidéo sur Mediapart avec l'économiste Thomas Piketty (lire Hollande-Piketty : confrontation sur la révolution fiscale ou à visionner ci-dessous, en deux parties), François Hollande préconisait une certaine modération dans le taux d'imposition des plus hauts revenus, pour limiter les risques d'évasion fiscale, dans le cas de ce nouvel impôt progressif. Et sur la fiscalité du patrimoine, il préconisait que l'Impôt de solidarité sur la fortune vienne en déduction des droits de succession, ce qui pourrait être une façon de faire discrètement passer l'ISF à la trappe. Martine Aubry préconise, elle, que le taux de l'impôt sur le revenu soit porté à 50 % (contre 41 % aujourd'hui). Et sur son blog de campagne (le voilà), elle se prononce pour le: « rétablissement d'une véritable fiscalité du patrimoine pour qu'elle touche réellement les plus grosses fortunes, en élargissant la base d'imposition, qu'il s'agisse de l'impôt sur la fortune, des droits des successions ou des donations».

 

C'est donc peut-être sur ce dossier de la fiscalité du patrimoine que les divergences sont les plus perceptibles.

Ci-dessous le face-à-face Hollande-Piketty que nous venons d'évoquer: 

 

 

 

 

Mercredi soir, sur France-2, le débat n'a qu'à peine progressé. Une petite nuance s'est juste fait jour: Martine Aubry a précisé que tout de suite, un gouvernement de gauche sous sa présidence procéderait à ce relèvement à 50% de l'impôt sur le revenu, sans attendre la grande réforme, prévoyant la fusion IR-CSG. François Hollande, lui, a estimé qu'il faudrait faire cette grande réforme tout de suite.

Nuance sans doute plus importante: dans le cas de l'impôt de solidarité sur la fortune, Martine Aubry a clairement admis que la gauche reviendrait sur la diminution de l'ISF organisée par Nicolas Sarkozy. François Hollande a, lui, été plus elliptique. Il a de nouveau évoqué en termes très elliptiques son projet de réforme visant à ce que l'ISF vienne en réduction des droits de succession. Mais il n'a pas clairement admis que l'ISF déductible des droits de succession serait un ISF refondé, corrigé des allègements organisés par Nicolas Sarkozy. « Ce sera un alourdissement », lui a-t-on demandé. « Ce ne sera pas un allègement », s'est-il borné à répondre.

Austérité : petite controverse sur 2017

Martine Aubry et François Hollande ont fait le choix, l'un et l'autre, de donner un méchant coup de canif dans le projet socialiste pour 2012, arrêté au printemps dernier. Refusant la politique d'austérité du gouvernement et la réduction à marche forcée des déficits publics, ce projet préconise un retour des déficits publics français sous la barre des 3% du produit intérieur brut (PIB) seulement à l'horizon de 2014, et non en 2013 comme s'y est engagé Nicolas Sarkozy. Martine Aubry avait même suggéré au printemps que l'échéance pourrait être repoussée non pas à 2014 mais à 2015, toujours dans le souci d'épargner aux Français de payer les pots cassés de la crise.

Mais au début de l'été, changement de ton. François Hollande prend ses distances avec les priorités de son propre parti pour applaudir celles de la droite (lire Adieu Keynes ! Vive Raymond Barre !). Sous le titre « François Hollande : la dette est l'ennemie de la gauche et de la France », c'est à la faveur d'un entretien au Monde (daté du 16 juillet) qu'il se livre à cet exercice.

 

- « Dans le projet socialiste, il est question de ramener les déficits à 3 % du PIB en 2014. N'est-ce pas trop tard ? », interroge le quotidien.

 

- « Il faut rééquilibrer nos comptes publics dès 2013 », répond François Hollande.

 

- « Dès 2013 ? », insiste le journal.

 

- « Oui. Je ne le dis pas pour céder à je ne sais quelle pression des marchés ou des agences de notation mais parce que c'est la condition pour que notre pays retrouve confiance en lui. Nous ne pouvons pas laisser gonfler la dette publique au risque de faire de la charge de nos intérêts le premier budget du pays, ce qui altérerait toutes nos marges de manœuvre. La dette est l'ennemie de la gauche et de la France. Si je suis élu, la première réforme du quinquennat sera la réforme fiscale. Le candidat qui annonce qu'il n'y aura pas d'effort supplémentaire après 2012 sera un président qui se parjurera », confirme François Hollande.

 

Dans une étonnante compétition libérale, sa rivale dans la primaire, Martine Aubry, fait aussitôt comprendre que, elle aussi, si elle était élue, n'aurait de cesse que de bafouer les engagements pris par le Parti socialiste et de mettre en œuvre une politique d'austérité. Elle le dit clairement, dès le lendemain, dimanche 17 juillet, à l'occasion d'un entretien sur Europe-1, que l'on peut écouter ci-dessous (surtout à partir de 32'34'').

 

Cliquer sur ce lien pour écouter Martine Aubry

 

En réponse à un journaliste qui lui demande ce qu'elle pense de cette opinion exprimée la veille par François Hollande en faveur d'une réduction des déficits sous les 3% du PIB dès 2013, Martine Aubry n'hésite pas un seul instant : « Non seulement je le pense, mais... » Interrompue par l'un de ses interlocuteurs, elle n'a pas le temps de poursuivre. Mais peu après, elle a le loisir de s'expliquer : «On ne peut pas vouloir être présidente de la République et ne pas respecter les engagements de la France », précise-t-elle. Elle s'engage donc sur les « 3% en 2013, puisque c'est la règle aujourd'hui ».

 

Et dans la foulée, elle donne un nouveau coup de canif dans le projet socialiste. Alors que celui-ci préconise de consacrer 50% de marges de manœuvre rendues disponibles par la croissance et l'annulation de cadeaux fiscaux de Nicolas Sakozy au désendettement, et 50% au financement des priorités socialistes, l'ex-première secrétaire précise que sur « toutes les ressources que nous aurons pendant ce quinquennat 50% ira à la réduction des déficits et de la dette en moyenne sur la durée du quinquennat et 50% au financement de nos priorités ». Et pour expliquer ce que veut dire cette formule « en moyenne », elle ajoute que « la première année », ce sera « peut-être deux tiers à la réduction de la dette et du déficit ».

 

Martine Aubry et François Hollande défendent donc sur le sujet exactement les mêmes convictions. Conséquence : le seul débat qui les oppose porte sur la baisse des déficits publics français à l'échéance de... 2017 ! Donnant son adhésion au plan du gouvernement français, François Hollande a admis que les finances publiques françaises devaient revenir à l'équilibre à cette échéance. Pas question, lui a rétorqué Martine Aubry, lors de la première confrontation télévisée de la primaire, le 16 septembre (lireConfrontation confuse entre deux logiques économiques): « Je le dis à François, on ne peut pas dire qu'on va arriver à zéro déficit en 2017 dans l'incertitude qui est celle aujourd'hui de l'Europe et du monde », s'est-elle exclamée.

Mais cette différence, on en conviendra, est pour le moins mineure. Et la confrontation de mercredi soir sur France-2 n'a pas contribué à mettre en évidence un vrai désaccord. Se lançant des "tunnels" interminables sur ce sujet, dans des termes passablement technocratiques, comme s'il s'agissait entre eux d'une divergence majeure, les deux candidats ont pinaillé sur des détails. Martine Aubry a même fini par convenir que la divergence sur 2017 n'en était peut-être pas une. Evoquant l'objectif d'un déficit zéro à cette échéance, elle a en effet lâché : « Je ne dis pas qu'on ne pourra pas le faire. »

Emplois : contrat de génération contre emplois d'avenir

C'est le premier sujet de polémique qui a opposé Martine Aubry à François Hollande. Dès le lancement de sa campagne, ce dernier a fait valoir qu'il voulait mettre la jeunesse au cœur de son projet. Et il a défendu une réforme phare, qu'il a baptisée « contrat de génération ». Cette réforme vise à exonérer de cotisations patronales l'embauche d'un jeune, si celle-ci a pour prolongement le maintien dans l'emploi d'un senior, lui-même exempté de charges sociales.

Dès le premier débat télévisé de la primaire, Martine Aubry a vivement critiqué le projet, faisant valoir qu'il susciterait surtout un « effet d'aubaine ». Au sein même du Parti socialiste, le projet fait aussi vivement débat (lire Le contrat de génération de Hollande divise le PS).

 

Martine Aubry, elle, préconise d'autres pistes. En particulier, elle recommande la création de « 300.000 emplois d'avenir dont 100.000 la première année pour les jeunes sans qualification dans les secteurs d'innovation sociales et environnementales, financés par la suppression des subventions absurdes aux heures supplémentaires qui bloquent les embauches ».

Mercredi soir, aucune lumière nouvelle sur le sujet. Là encore, le débat a pris une tournure furieusement "techno", les deux protagonistes débattant à perte de vue sur les effets supposés des  «exo de charges ».

 

Retraite : hypocrisie partagée sur les 60 ans

 

Dans le cas des retraites, Martine Aubry et François Hollande n'ont rien dit qui puisse suggérer une prise de distance vis-à-vis du projet du PS pour 2012. Celui-ci prévoit de revenir sur la réforme des retraites de 2010 pilotée par François Fillon. Et notamment sur l'allongement de l'âge légal de 60 à 62 ans.

 

En clair, les deux candidats sont d'accord pour un retour à 60 ans comme âge l'égal du départ à la retraite. Mais cette prise de position repose sur une hypocrisie, qui est partagée par les deux candidats : c'est que, dans le même temps, le PS ne remet pas en cause l'allongement à 41,5 ans d'activité qui avait été décidé lors de la réforme de 2003 et qu'il avait à l'époque dénoncé. En clair, les deux candidats semblent se résigner à ce que la retraite à 60 ans ouvre droit à une retraite... au rabais, sauf pour une infime minorité, ceux qui ont 41,5 annuités.

 

Lors du troisième duel télévisé du premier tour de la primaire, le 5 octobre, François Hollande a clairement dit que si l'espérance de vie allongeait, il faudrait allonger la durée de cotisation, au-delà de ces 41,5 ans. Martine Aubry ne s'est pas exprimée sur le sujet.

 

Lors de ce même débat, François Hollande a estimé que la réforme Fillon devrait être « remise sur de bons rails », en prenant en compte la notion de pénibilité, la question des femmes, et la recherche de financements. Un an après son arrivée à l'Elysée, François Hollande lancerait donc une «réforme générale des retraites» dont les contours restent encore flous.

Mercredi soir, le débat n'a qu'à peine progressé. Martine Aubry a bien tenté une attaque, mais elle s'y est risquée d'une manière tellement alambiquée et elliptique qu'elle a été, à dire vrai, totalement incompréhensible. Elle a juste interpellé François Hollande pour lui demander s'il était d'accord avec Pascal Terrasse. Mais dans sa précipitation, elle a omis de dire qui était Pascal Terrasse : un député, responsable du dossier des retraites auprès de François Hollande et auprès du groupe PS à l'Assemblée nationale (et accessoirement blogueur sur Mediapart). Et elle n'a pas plus précisé ce que venait de déclarer ledit Pascal Terrasse lors d'un colloque organisé par l'institut Silverlife, propos rapportés à l'Agence économique et financière : « En France, nous avons eu une réforme dure qui a instauré une borne d'âge un peu plus courte qu'ailleurs mais avec une durée de cotisation beaucoup plus longue que chez nos voisins européens. Pourtant, compte tenu de la situation de la Cnav et de ses déficits auxquels les deux réformes Fillon n'ont pas mis fin, je ne pense pas que nous reviendrons sur la borne d'âge (des 62 ans). La vérité, c'est qu'il faudrait qu'on aille à 65 ans pour arriver à trouver les équilibres financiers compte tenu des enjeux démographiques. » En clair, le retour aux 60 ans n'aura pas lieu.

 

Comme tout cela était incompréhensible, François Hollande a donc facilement botté en touche : « Peut-être que tu as mal compris », s'est-il borné à répondre à Martine Aubry.

Droit du licenciement : recul en ordre dispersé

La question du droit du licenciement est un sujet chargé de mauvais souvenirs pour les socialistes. A l'instigation de Lionel Jospin, en 1995, le Parti socialiste avait pris l'engagement de rétablir l'autorisation préalable de licenciement. Puis en 1997, le gouvernement de Lionel Jospin, dont Martine Aubry était la ministre du travail, a renié cette promesse, avec le soutien du premier secrétaire du PS, un certain... François Hollande.

Ce débat douloureux a soudainement resurgi lors du deuxième duel télévisé du premier tour de la primaire, quand Ségolène Royal a préconisé « l'interdiction des licenciements boursiers » par la loi.

 

Ni Martine Aubry ni François Hollande n'ont repris cette proposition. Comme le montre la vidéo ci-dessous, ils se sont opposés sur une solution de pis-aller. Martine Aubry a ainsi suggéré que les salariés « puissent comme les actionnaires saisir le tribunal de commerce » pour empêcher la fermeture d'une entreprise, tandis que François Hollande a avancé une autre piste : « La pénalisation financière est la seule manière d'agir vite. » Il a proposé de faire « payer très cher» pour des licenciements injustifiés.

 


Mercredi soir, le débat entre Martine Aubry et François Hollande a donné lieu à un tour de passe-passe. Dans l'après-midi, pour justifier son ralliement à son ancien compagnon, Ségolène Royal a en effet fait valoir qu'il avait fait des gestes dans sa direction : « Les solutions neuves que je défends seront prises en compte dans le programme du candidat comme l'a dit François Hollande mardi soir : la réforme bancaire, que je défends depuis 2008 et sur laquelle aujourd'hui tous les socialistes sont rassemblés ; la lutte contre les licenciements boursiers ; la moralisation politique avec le non-cumul des mandats adopté sans délai ; la mutation écologique de l'économie. »

 

François Hollande s'est donc prévalu de cette prise de position pour faire croire qu'il avait évolué sur ce sujet. Or, il n'en est rien. Il s'est borné à redire qu'il était pour « pénaliser financièrement » les licenciements. Il a juste complété sa proposition en préconisant une seconde piste : la possibilité de procédure en référé. Au total, Ségolène Royal a donc dit faux en prétendant que François Hollande avait pris en compte ses suggestions : celui-ci n'a pas donné son accord à une interdiction des licenciements boursiers.

Martine Aubry, elle, a de nouveau défendu le recours possible des salariés devant les tribunaux de commerce.

 

Entourages : les mêmes boulets

 

S'il fallait être cruel, on pourrait encore rappeler qu'il existe entre les deux candidats une autre pomme de discorde potentielle, qui a trait à leurs entourages. Des boulets similaires, même s'ils ne sont pas exactement les mêmes...

 

François Hollande a ainsi à traîner le boulet Jean-Pierre Jouyet. Après avoir trahi la gauche et s'être rallié à Nicolas Sarkozy, l'actuel patron de l'Autorité des marchés financiers mène en effet depuis quelque temps une campagne tapageuse en faveur de son ami François Hollande, qui ne souhaitait sans doute pas que cela prenne une forme aussi visible (lireJouyet en sulfureux attaché de presse de Hollande et Ces repentis qui tentent de repasser à gauche).

 

Martine Aubry, elle, a le boulet Alain Minc, un ami proche avec lequel elle est toujours en relation (lire le billet de blogQuand Aubry fait la fête avec Minc).

 

Mais il est vrai qu'Alain Minc est devenu trop encombrant et n'a joué strictement aucun rôle dans la campagne de Martine Aubry, même dans les coulisses. Et de l'autre côté, Jean-Pierre Jouyet a été invité à plus de discrétion – même s'il continue de jouer un rôle très actif en coulisse dans la campagne de son ami. Résultat : même en ce domaine, celui des réseaux d'influence, les deux rivaux ne se distinguent pas vraiment.

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Publié dans PS

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