Débarquements sur la Canebière
Alors que Marseille enregistre une hausse spectaculaire de la criminalité, ces débarquements simultanés de Guéant et Aubry démontrent que la sécurité sera encore un enjeu majeur de la prochaine présidentielle.
Harlem Désir, le Premier secrétaire par intérim du PS et proche de Martine Aubry avait déclenché dimanche à La Rochelle la phase 1 de l'opération commando de la candidate aux primaires sur Marseille. Son attaque ciblée contre «les dérives» extrémistes de Claude Guéant traité de «triste copie de Bruno Gollnish [FN]» visait à faire réagir.
Parallèlement Martine Aubry préparait secrètement son projet d'aller «défier» hier à Marseille le ministre de l'Intérieur venu installer le troisième préfet délégué à la sécurité en deux ans dans la Cité Phocéenne. Alors que Marseille enregistre une hausse spectaculaire de la criminalité, ces débarquements simultanés de Guéant et Aubry démontrent que la sécurité sera encore un enjeu majeur de la prochaine présidentielle.
Loin derrière François Hollande dans les sondages sur les primaires socialistes, Martine Aubry s'offre un coup politique et médiatique spectaculaire à faire verdir de rage Ségolène Royal, la spécialiste du genre. Et passe en régime turbo dans une campagne que beaucoup jugeaient jusqu'alors, y compris parmi ses partisans, trop «diesel». Après avoir mis l'accent sur l'emploi, l'éducation et la culture, Martine Aubry prévient qu'elle sera aussi «la présidente de la sécurité».
Le déplacement de Claude Guéant pour rétablir l'ordre face à une situation «insupportable» dans une ville «devenue le symbole d'un échec» est tout autant politique. Alors que depuis 2002 et son premier passage place Beauvau, Nicolas Sarkozy fait de la sécurité son cheval de bataille, la valse des préfets de la sécurité à Marseille fait tache. D'autant plus que la Cité Phocéenne est la plus grande ville détenue par l'UMP dans une région où le Front National a fait une spectaculaire percée aux dernières élections cantonales et régionales.
Depuis sa prise de fonction, Claude Guéant multiplie les déclarations et les opérations pour tenter de faire revenir dans la majorité présidentielle les électeurs sarkozystes de 2007 déçus et tentés par un vote Le Pen. Beau joueur, François Hollande a rappelé qu'il était venu à Marseille quelques jours plus tôt, mais il a reconnu que «Martine Aubry avait bien fait» d'aller «défier» Claude Guéant.
Ses propres propositions sur la sécurité sont proches de celle sa principale concurrente ; à savoir augmenter sensiblement des effectifs passés à la moulinette de la fameuse RGPP (révision générale des politiques publiques) et rétablir une véritable police de proximité à la place des «patrouilleurs» de Guéant essentiellement axés sur la répression.
Il n'empêche qu'avec son «opération Canebière», Martine Aubry confirme de manière spectaculaire sa volonté de gagner les primaires et son envie d'apparaître enfin comme le meilleur adversaire de Nicolas Sarkozy.