De Monoprix à l'UMP, les «petits billets» des époux Brunel

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Elle rêvait de «remettre dans les bateaux» les immigrés «qui viendraient de la Méditerranée». Mais pour le moment, c'est elle qui risque de se retrouver dans une galère – judiciaire. Les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières (DNIF) et de la police judiciaire de Versailles ont recueilli ces dernières semaines plusieurs nouveaux témoignages qui décrivent l'aisance avec laquelle la députée UMP Chantal Brunel et son mari, Denys, semblent manier les espèces, surtout en période électorale, selon des procès-verbaux consultés par Mediapart.

Les époux Brunel sont depuis plusieurs années au cœur d'un dossier ouvert au cabinet du juge d'instruction parisien Jean-Marie d'Huy pour«corruption», «blanchiment», «abus de biens sociaux» et «faux».

 

 

C. Brunel
C. Brunel© (Reuters)
L'affaire, révélée dès 2008 par Mediapart, s'est considérablement accélérée ces dernières semaines. Le mari de la parlementaire a été interpellé le 3 mai à son domicile de la rue Spontini, dans le XVIearrondissement, placé en garde à vue, interrogé à quatre reprises en 48 heures par les policiers puis, le lendemain, mis en examen par le juge d'Huy.

 

 

Ancien directeur général de Monoprix, Denys Brunel est accusé d'avoir mis en place au début des années 2000, avec la complicité de sociétés prestataires de la célèbre chaîne de supermarchés, un système de fausse facturation qui a permis, en passant par la Suisse, de dégager des«fonds occultes» à hauteur de 98.570 euros, selon un rapport de police du 4 mai dernier.

D'après les enquêteurs, les détournements ont été réalisés au «profit personnel (de M. Brunel, ndlr) ou de son épouse, pour le financement des activités politiques de celle-ci». Ce que les deux principaux intéressés nient.

 

Seulement voilà, ainsi que Mediapart l'a déjà raconté, les responsables des sociétés prestataires de Monoprix et intermédiaires impliqués dans le dossier ont indiqué d'une même voix à la police et au juge que M. Brunel leur avait demandé de faire évaporer de l'argent liquide pour pouvoir financer le destin politique de sa femme. Que ce soit pour les élections municipales de 2001 (malheureuses) ou les législatives (victorieuses) de l'année suivante en Seine-et-Marne, bastion de Chantal Brunel.

 

Et ces derniers jours, plusieurs anciens employés de l'imprimerie du Roule, quand elle était propriété du couple Brunel et gérée par «Madame»,ont raconté aux enquêteurs le bal des espèces qui filaient entre les mains de leurs patrons d'alors. Tous décrivent également une Chantal Brunel dure en affaires et souvent peu amène avec ses employés.

«J'ai de quoi les faire sauter»

Patrick Charrier est un ancien dessinateur-maquettiste de l'imprimerie. Interrogé par la police le 27 avril dernier, il a lâché au sujet des périodes électorales: «On s'en souvient encore.» «C'était des périodes fiévreuses,a-t-il précisé à la demande des policiers. Lorsque Mme Brunel était en période électorale, les tracts pour sa campagne passaient avant tout le reste. Par exemple, si j'étais en train de créer une plaquette pour un client et que Mme Brunel arrivait à la société avec l'un de ses tracts, on arrêtait tout pour faire passer sa demande avant le reste, on décalait le travail pour les clients.»

 

La Seine-et-Marne, bastion des Brunel
La Seine-et-Marne, bastion des Brunel
Le maquettiste a poursuivi: «Il est vrai qu'à la demande de Mme Brunel, il m'est arrivé de faire des heures supplémentaires dans le cadre de ses campagnes électorales, en échange d'un “petit billet”.»

 

 

Le portefeuille était manifestement bien garni. «J'ai pu constater que Mme Brunel avait toujours beaucoup d'espèces sur elle. Lorsqu'elle ouvrait son porte-monnaie pour me donner un “petit billet”, c'était presque l'équivalent de mon salaire qui était en espèces dans son porte-monnaie.» «Il est clair que les époux Brunel ont de l'argent», a-t-il pris soin d'ajouter.

 

Secrétaire de circonscription pour l'UMP en Seine-et-Marne et, lui aussi, ancien employé de l'imprimerie, Gérard Burlet a été entendu quelques jours plus tôt, le 25 mars. Sans détour, il a d'abord déclaré au sujet de Mme Brunel: «Elle traitait mal ses employés.»

 

M. Burlet, qui avait déjà été entendu par les policiers en 2007, au début de l'affaire, a livré cette fois-ci une anecdote inédite remontant à avant 2002.«Ce dont je me souviens parfaitement, c'est de Denys Brunel prenant des billets de 500 francs dans une enveloppe et en donner à des colleurs d'affiches, avant le premier tour. Je me suis même fait la remarque que je n'avais jamais vu autant de billets de 500 francs. Sur le principe de rémunérer des colleurs d'affiche, cela ne m'a pas choqué car pour moi les époux Brunel avaient les moyens d'avoir des billets de 500 francs», a-t-il indiqué.

 

Mais un mois plus tard, dans une lettre à la capitaine de police qui l'avait entendu, il s'est manifestement senti obligé de nuancer ce dont il se souvenait pourtant «parfaitement» quelques jours plus tôt... «Si je confirme (...) que j'ai vu certaines personnes extérieures au “militantisme” (notamment des colleurs d'affiche) se faire régler de la main à la main leur travail, mon affirmation d'avoir vu une enveloppe avec de nombreux billets de 500 francs est inexacte», écrit l'ancien responsable UMP. Il parle d'un «amalgame malencontreux».

Ancien comptable de l'imprimerie du Roule, Charles Lhez a pour sa part été entendu le 4 avril. A propos des époux Brunel, il lui a été attribué, par un témoin du dossier, une phrase sans équivoque: «Ils ne peuvent rien contre moi car j'ai de quoi les faire sauter.»

Face aux policiers, le comptable ne l'a pas démentie. Il l'a même explicitée. En ces termes: «Suite à la réception d'une lettre me menaçant de sanctions, j'avais commencé à garder des factures bizarres, à savoir des factures que je pensais fictives (...) Toutes les factures qui ne passaient pas par moi ou celles qui n'existaient plus à un moment du circuit n'étaient pas enregistrées et je ne connais pas la destination des paiements, s'il y a eu paiement (...) J'ai pu constater que les numéros de facturation ne se suivaient pas.» 

«Tout est faux du début jusqu'à la fin»

Mais contrairement aux autres, il dit ne pas avoir été témoin direct de rémunération en espèces. Tout comme Emmanuel Prost, ancien commercial à l'imprimerie du Roule. Entendu le 6 avril, cet ancien conseiller en communication dans les années 1990 du président du Togo, Gnassingbé Eyadema, a toutefois raconté une scène pour le moins intrigante.

 

D. Brunel
D. Brunel© (dr.)
Que voici: «Un jour que j'arrivais à l'imprimerie du Roule, il n'y avait pas d'employés et j'ai aperçu dans un bureau vitré M. Denys Brunel qui remettait une enveloppe à M. Yves Hervé (directeur de campagne de Mme Brunel pour les législatives de 2002, ndlr). Je n'ai pas vu le contenu de l'enveloppe. Ils ont eu l'air surpris en me voyant. Il s'agissait d'une enveloppe blanche 110/220 mm. Elle avait l'air pleine (...) C'était juste après l'élection.» Interrogé, Yves Hervé a démenti.

 

 

Comme les autres, Emmanuel Prost a brossé un portrait peu flatteur de Chantal Brunel quand elle présidait aux destinées de l'imprimerie détenue par son mari. «Elle s'est comportée avec moi comme elle le fait avec tout le monde, c'est-à-dire très “soupe au lait”, elle peut exploser de colère et ne pas hésiter à insulter ou humilier quelqu'un devant les autres, ­a-t-il confié aux policiers. Par exemple, elle me demandait régulièrement de travailler la nuit pour “surveiller” la personne qui s'occupait des impressions en plus de mon travail de jour. Cela ne l'empêchait pas de me reprocher avec virulence verbale mes mauvais résultats en qualité de commercial.»

 

M. Prost a indiqué avoir travaillé gracieusement pour la campagne des législatives en 2002. «Je n'ai rien reçu, pas un centime», a-t-il déclaré, expliquant qu'en contrepartie il espérait devenir l'assistant parlementaire de Chantal Brunel. Il sera finalement évincé. 

 

Interrogée le 3 mai dernier par un brigadier-chef de la PJ de Versailles, pendant que son mari était en garde à vue à Paris, la députée Brunel a catégoriquement nié avoir profité pour ses campagnes électorales d'un système de détournement de fonds orchestré par son mari.

 

 

© (dr.)
 

 

«Je n'ai jamais vu mon mari manipuler de fortes sommes d'argent, il ne m'a jamais parlé de ces faits et je ne peux pas croire que mon mari soit l'auteur d'abus de biens sociaux (...) Nous avons toujours pensé qu'il s'agissait de manœuvres visant à me détruire politiquement», a indiqué la parlementaire. Sans le désigner explicitement comme le responsable du complot dont elle serait la victime, Mme Brunel a cité plusieurs fois devant les policiers le nom de son ennemi politique dans le département: Hugues Rondeau, maire de Bussy-Saint-Georges.

 

«Je persiste à penser que tout cela n'est que purement politique, pour me rendre inéligible. Je n'ai aucun problème financier pour financer mes campagnes électorales», a encore affirmé Chantal Brunel, qui n'a pas été inquiétée judiciairement au sortir de son interrogatoire, contrairement à son mari.

 

Au même moment, Denys Brunel était en effet pris sous le feu des questions des enquêteurs de la DNIF dont l'une d'elles, posée à la nuit tombée, apparaît sans la moindre ambiguïté quant aux certitudes policières dans ce dossier: «Notre enquête a démontré que vous aviez fait sortir de Monoprix début 2000 la somme de 646.028 francs en faisant payer à cette société, dont vous étiez directeur général, un audit informatique fictif. Cette somme via la Suisse vous a été remise en espèces. Les témoignages de tous les intervenants au dossier confirment ce circuit qui a été mis en place à votre initiative car vous aviez besoin d'espèces pour financer une partie de la campagne électorale de votre femme.»

 

Denys Brunel a eu pour seule réponse: «Tout est faux du début jusqu'à la fin.»

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Publié dans UMP

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V
<br /> il est fascinant de constater combien un journal comme Médiapart, ne fonctionnant que grâce aux abonnements de ses clients, sans pubs, donc sans étiquette ou course au profits ou à l'audience a<br /> soulevé de lièvres boiteux et scrofuleux depuis sa première parution ! je suis heureuse de savoir au fond de moi que Edwy, le créateur de la ségosphère soit à la tête de ce journal pour la campagne<br /> qui s'annonce, ce sera un médias incontournable !<br /> <br /> <br />
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