De l'intérêt politique de la crise
Avec un sens inné de l'anticipation, le conseiller officieux de Nicolas Sarkozy, Alain Minc, se répandait ces derniers jours dans les médias avec cette question récurrente: «Que voulez-vous ? Que le Président de la République affole les gens par un voyage soudain et précipité ?» Ajoutant, ironique: «Vous croyez que les dirigeants européens ne savent pas utiliser le téléphone ?» Jusqu'à hier matin quand l'Élysée a annoncé une réunion de crise avec l'interruption des séances de vélo présidentielles dans le Var et l'interruption du farniente toscan de François Fillon.
Le moment choisi paraissait idoine. Mardi, les bourses étaient reparties à la hausse, semblant résister à l'engrenage du krach. Une réunion de crise en cohérence avec le plan de bataille décrété par Nicolas Sarkozy: pas question de surréagir à «l'hystérie» du yoyo boursier. Seul François Baroin avait été sommé d'interrompre ses parties de pêche dans la Creuse pour regagner Bercy. Pour le reste, l'exécutif suivait la crise boursière «minute par minute» (dixit Fillon en Toscane) et depuis le Cap Nègre Nicolas Sarkozy multipliait les visio-conférences avec les dirigeants européens comme en témoigne le communiqué commun de dimanche avec Angela Merkel. Le motif officiel de la réunion d'hier sur la «réduction des déficits» a débouché sur une seule décision concrète: la présentation d'une nouvelle série de mesures le 24 août... à la veille de l'université d'été du PS.
La stratégie de Nicolas Sarkozy en vue de la présidentielle de 2012 est limpide: tirer profit de la crise pour rehausser sa stature d'homme d'État responsable et pousser les socialistes «dépensiers» à la faute. C'est pourquoi il fait de l'inscription dans la Constitution d'une «règle d'or» encadrant les déficits publics... après 2012 son principal cheval de bataille politique. La crise financière de 2008 et l'activisme international déployé par Nicolas Sarkozy l'avaient fait monter au zénith dans les sondages. Et même si les promesses d'alors sur la régulation des marchés financiers sont pratiquement restées lettre morte, il peut compter sur le sommet du G20 début novembre à Cannes pour se refaire la cerise.
Cette stratégie mêlant la rareté de la parole présidentielle à des coups de «com» est à double tranchant. Avec un chômage qui repart à la hausse, une croissance molle et une crise de la dette persistante, l'addition de l'austérité risque d'être très lourde pour l'ensemble des Français. La colère qui gronde un peu partout en Europe contre les dégâts sociaux de l'austérité est contagieuse.
Et la légère embellie sondagière dont a bénéficié en juillet Nicolas Sarkozy est loin d'écarter le risque de voir cette révolte sociale se traduire, comme ailleurs, dans les urnes.