Dans les ténèbres d'une sale guerre

Publié le par DA Estérel 83

 

 

Faudra-t-il attendre la mort des derniers acteurs survivants de la guerre d'Algérie pour que les historiens puissent travailler sereinement à l'abri des polémiques perdurant un demi-siècle après la signature des accords d'Evian ? Sans doute et peut-être bien au-delà, tant la lecture politique de cette tragédie à plus de 400.000 morts continue de prendre le pas sur la démarche historique, sur les deux rives de la Méditerranée. 

En attendant, et après un long silence, des mémoires encore à vif se livrent par dizaines de témoignages entraînant dans les ténèbres d'une guerre honteusement réduite en France jusqu'en 1999 à de simples « événements » relevant du maintien de l'ordre. Et alors que les autorités d'Alger entretiennent toujours le mythe d'une «révolution nationale» sur laquelle les militaires encore au pouvoir interdisent toute recherche indépendante. 

Comme un puzzle auquel il ne manquerait plus que quelques pièces, ce sont les récits des derniers témoins vivants de la sale guerre d'Algérie qui permettent d'en confirmer la barbarie, dans un camp comme dans l'autre. En 1954 et 1962, plus de 1,3 million d'appelés du contingent ont passé jusqu'à 27 mois de service en Algérie. En majorité des jeunes d'à peine vingt ans, entraînés bon gré mal gré dans la spirale d'une guerre parsemée de bombardements au napalm, de centaines de villages, de camps de regroupements où les indigènes mourraient de faim par dizaines de milliers, de corvées de bois, ces exécutions sommaires et routinières de fellaghas ou supposés tels. 

Ces mémoires éclatées se nourrissent aussi des souvenirs indélébiles de ce million de Pieds-Noirs, nés en Algérie et contraints de choisir entre «la valise et le cercueil» à cause des promesses non tenues leur garantissant la vie et un rôle dans la nouvelle Algérie indépendante. Ce sont aussi les dizaines de milliers de harkis algériens combattants sous le drapeau français, puis abandonnés en Algérie à une mort certaine ou parqués dans des camps en France pendant des années. Ce sont encore les soldats perdus de l'OAS prêts à tout pour sauvegarder l'Algérie française.

Tous témoignent de la sauvagerie d'une guerre inutile, où chaque camp n'a jamais hésité à se hisser sur la plus haute marche de l'horreur : attentats aveugles, tortures, massacres de populations, femmes, enfants, vieillards compris. Avec ces récits et aussi ceux d'anciens combattants du FLN, l'histoire de la guerre d'Algérie s'écrit inéluctablement, comme une page très sombre qu'aucun intérêt particulier contemporain, politique, diplomatique ou énergétique ne saurait occulter.

Publicité

Publié dans Nation

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article