Dans les raffineries en grève, les chèques de soutien affluent

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-1 Par Mathieu Magnaudeix 21/10/2010

C'est une mobilisation un peu souterraine, bien moins visible que les manifestations et les blocages, qui prend de l'ampleur depuis quelques jours et s'organise essentiellement via Internet (mails privés, réseaux sociaux, blogs, etc.). Alors que l'Elysée joue l'intransigeance et mime la fermeté sur la réforme des retraites (Nicolas Sarkozy a dénoncé ce jeudi la «prise en otage»du pays par les grévistes), de nombreux Français (manifestants, grévistes... ou rien de tout cela, mais solidaires) ont décidé de soutenir financièrement les grévistes des douze raffineries de l'Hexagone, à l'arrêt complet depuis une semaine. Le Front de gauche organise «un grand week-end de collecte» pour soutenir les grévistes, et plusieurs économistes, militants, chercheurs, ont à leur tour lancé un appel «à la solidarité.

Pourquoi les raffineries? Parce qu'un blocage prolongé, en privant le pays de carburant, paralyserait l'économie. Et qu'à la différence des grèves de 1995 (les cheminots étaient alors à la pointe), c'est cette fois la pétrochimie, consciente de ses capacités de blocage, qui a pris la tête de la contestation. D'après certains commentaires ou des messages privés envoyés après notre appel, «Et vous, comment poursuivez-vous le mouvement?», vous êtes déjà un certain nombre à avoir envoyé des dons aux grévistes de la chimie...

 

William, technicien à ERDF en région parisienne (il ne souhaite pas révéler son patronyme), explique ainsi avoir donné tout récemment «100 euros aux “raffineux”. Je les ai choisis car ils me semblent être les plus prêts du levier le plus puissant de la lutte».William est gréviste, mais réquisitionné par la préfecture. «Je n'avais pas participé aux premières manifs, mais c'est le déni de l'ampleur de la contestation qui m'a motivé pour celle du 19 octobre, dit-il à Mediapart.J'espère pouvoir participer aux suivantes.» Pour soutenir la mobilisation, il a envoyé un chèque à la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne), après avoir trouvé sur Marianne2.fr un lien vers le site de l'intersyndicale CGT/CFDT de Grandpuits, récemment créé... (photo)

 

Isabelle Manfredi, formatrice en recherche d'emploi résidant à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), a fait comme William. «En lisant sur Mediapart l'article de Michaël Hajdenberg, j'ai appris que la raffinerie de Dunkerque recevait des dons de l'extérieur, raconte-t-elle dans le message électronique qu'elle nous a adressé. L'idée m'est ainsi venue de soutenir le mouvement par un petit geste financier. J'ai envoyé 100 euros à la raffinerie de Grandpuits dont j'ai trouvé les coordonnées en surfant sur Internet.» Elle a fait suivre le lien à ses amis, en espérant qu'eux aussi suivront l'exemple.

L'important pour elle était de participer. Et peu importe à vrai dire que les grévistes soutenus habitent dans le Nord ou en Seine-et-Marne... 

·                            «Ça fait quinze ans que je suis syndicaliste, et je n'ai jamais vu un tel élan de solidarité», s'enthousiasme David Faure, secrétaire CFDT du comité d'entreprise de la raffinerie de Feyzin (Rhône, 600 salariés), en grève depuis une semaine. Pour la seule journée du mercredi 20 octobre, l'intersyndicale a récolté 1000 euros de dons. Beaucoup d'habitants des alentours viennent verser leur écot directement au piquet de grève.

«Pour l'instant, le plus gros don d'un particulier est de 300 euros», dit Faure. Mais certains viennent de plus loin, comme cette petite délégation d'une association de Roanne, ville située à 100 kilomètres de Feyzin, qui a apporté un chèque de 100 euros. Ou les étudiants de Lyon-II, qui ont versé 400 euros... Majoritaire à Feyzin, la CFDT a lancé un groupe sur Facebook pour drainer les dons – elle accepte même les règlements par PayPal, système de virement sécurisé en ligne.

 

http://www.bizimugi.eu/grevesolidaire/

 

Chaque jour, les grévistes diffusent dans les supermarchés du coin des tracts avec l'adresse pour envoyer des dons. «Quelques milliers d'euros» ont été récoltés, qui s'ajoutent à une autre caisse de grève de l'intersyndicale constituée lors de conflits précédents, explique David Faure, pas décidé à donner de chiffre plus précis. «Le but n'est pas de constituer un trésor de guerre, mais de minimiser les pertes,dit-il. On redistribuera de sorte que certains ne soient pas plus pénalisés que d'autres.»

 

A la raffinerie de Flandres à Dunkerque (Nord), Marcel Croquefer (CGT) est évidemment emballé par l'afflux de dons, qu'il estime lui aussi à «quelques milliers d'euros» (il ne veut pas non plus donner le chiffre exact): 2.000 euros récoltés pendant la manifestation à Lille, 1.800 recueillis par un groupe de profs de philo lillois...

Mais cet afflux d'argent embarrasse tout de même un peu le dirigeant syndical, qui craint que la gestion des sommes reçues ne monopolise les énergies des grévistes... «Pour l'instant, la priorité est encore d'élargir le mouvement»,martèle-t-il. Il est donc question de transférer les dons à des instances de la CGT de la région de Marseille, à l'autre bout du pays, là où se trouvent quatre des douze raffineries françaises.

A l'union locale CGT de Martigues (Bouches-du-Rhône), on dit d'ailleurs recevoir en ce moment de très nombreux chèques, «de la France entière». Mais là encore, pas question de dévoiler la somme totale. Comment sera-t-elle utilisée? «L'union locale la redistribuera aux raffineries de Fos-sur-Mer», précise-t-on.

Afin de fédérer les appels aux dons, et proposer un point de rencontre pour ceux qui souhaitent donner, Adrien Kempf, jeune salarié (25 ans) d'une association du Pays basque, a créé le site Solidaires pour une grève efficace(photo), dont il duplique d'ailleurs certains billets sur son blog Mediapart. Un espace fourmillant d'informations, de liens et d'adresses pour ceux qui veulent donner aux grévistes des raffineries, mais aussi aux autres (routiers, postiers, etc.) «En une semaine, l'élan a essaimé de façon incroyable», note-t-il, espérant que son initiative permettra de contribuer à bloquer le pays (et pourquoi pas, à faire comprendre à tous les citoyens notre très grande dépendance au pétrole...). «Chacun met ce qu'il peut. Certains ont donné 10 euros, d'autres 200 ou 250, et une personne est même montée jusqu'à 800 euros», affirme-t-il, sur la base des commentaires laissés sur le site.

La fédération chimie de la CGT, ultra-majoritaire dans les raffineries hexagonales et opposée à la ligne réformiste de Bernard Thibault, est elle aussi très sollicitée par les donateurs: «On n'avait jamais connu ça depuis les grèves de 1995», dit un responsable. Elle a donc aussi créé une page spécifique sur son site. Là encore, pas question de dévoiler les montants collectés: «Il y a des zéros, c'est tout ce que je peux vous dire... » Pour l'instant, la fédération ne sait pas pas trop quand et à qui l'argent sera reversé.

Quant à la direction de la CGT, elle n'a pas franchement l'intention de gérer cet afflux d'argent qui arrive par tous les canaux. «Nous n'assurerons pas la coordination, les différentes organisations géreront elles-mêmes», dit-on dans l'entourage de Bernard Thibault.

La confédération vient d'ailleurs d'annoncer mercredi l'ouverture d'un «compte spécifique», pour centraliser les dons reçus au siège de Montreuil. «Pour l'instant, cela ne représente encore que de petites sommes, mais avec les nouvelles règles comptables qui s'appliquent aux organisations syndicales, nous devons gérer cet argent dans la transparence», justifie la CGT. 

D'autant que si le conflit se prolonge, le magot pourrait vite grossir...

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Publié dans Social

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V
<br /> j'ai envoyé 50 euros par paypal, si tout le monde fait de même, même 10 euros, ils auront de quoi tenir et acculer sarkozy qui est bien capable de dissoudre l'assemblée !<br /> <br /> <br />
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