Dans le 92, une partie de la droite se rebelle contre les Sarkozy-Balkany

Publié le par DA Estérel 83

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Les Hauts-de-Seine, nouveau lieu de la rébellion d'une partie de la droite? A un mois des élections cantonales, le fief du chef de l'Etat, pépinière de ministres (5 sur 30 sont nés à Neuilly), est le théâtre de luttes fratricides. Dans plusieurs cantons, deux candidatures s'affronteront à droite (qui détient 30 des 45 cantons). La conséquence de la guéguerre entre partisans de l'actuel patron du 92, Patrick Devedjian, et pro-Balkany-Sarkozy. Mais aussi le fait de candidatures indépendantes cherchant à incarner une troisième voie.

«Le climat actuel à droite, dans le 92, c'est les divisions, les scandales (la fac Pasqua, l'Epad), raconte à Mediapart Pascal Buchet, conseiller général socialiste et président de la fédération PS des Hauts-de-Seine. Ils ont une conception du territoire moyenâgeuse, ils se répartissent les fiefs entre clansLes gens sont choqués. On est dans une ambiance de fin de règne. On le sent à Courbevoie, Issy-les-Moulineaux, Neuilly, etc., les choses bougent.»

A Neuilly, le divers droite Jean-Christophe Fromantin, qui avait arraché la ville en 2008 au camp Sarkozy, pourrait cette fois ravir le canton Nord à la sortante UMP, Marie-Cécile Ménard, (qui avait succédé à Nicolas Sarkozy en 2007). 

A Antony, fief de Patrick Devedjian, il se murmure que le clan Balkany-Sarkozy serait disposé à aider la gauche à battre l'actuel président du département. Jean Sarkozy aurait déjeuné plusieurs fois cet automne avec Jean-Noël Chevreau, le maire Nouveau Centre de Bourg-la-Reine, pour l'encourager à se présenter contre Devedjian, dans un canton où la gauche l'a emporté aux régionales de 2010. L'occasion d'une revanche pour le centriste qui, aux cantonales de 2004, s'était fait violemment évincer par le maire d'Antony. A moins qu'une telle candidature ne soit «trop flagrante», comme le croit Pascal Buchet.

Dans le canton de Rueil-Malmaison, la ville de Patrick Ollier, celui-ci a présenté la candidature de son lieutenant, Denis Gabriel (voir la vidéo de soutien de P. Ollier ici). Une candidature présentée sous l'étiquette UMP... face au sortant Jean-Claude Caron, le vice-président (qui siège avec l'UMP) du conseil général en charge des finances, élu depuis 1992. Le ministre en charge des relations avec le Parlement fait ainsi d'une pierre deux coups: il fait le ménage dans son fief et impose son éminence grise.

En 2008, lorsque Patrick Ollier avait succédé à Jacques Baumel à Rueil, Jean-Claude Caron, alors adjoint, avait démissionné. «Il a augmenté de 15% la taxe professionnelle et de 10% la taxe foncière et la taxe d'habitation. C'était contraire à nos engagements de campagne, j'avais démissionné», raconte Jean-Claude Caron à Mediapart.

Le vice-président du 92 aime rappeler qu'il n'a «jamais été membre de l'UMP et du RPR» et qu'il a toujours été «un candidat naturel»«J'ai été désigné successivement par Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy et Patrick Devejdian pour gérer le plus gros budget départemental français. J'en suis fier. Je ne viens pas pour autre chose que pour apporter mes compétences», explique-t-il calmement. D'ailleurs, il prétend s'«interdire de commenter les querelles de personnes dans le département».

La «détestable» réforme des collectivités territoriales dénoncée dans le 92

Il ne nie pourtant pas les divisions de la droite dans le 92. «Nous avons été habitués ici à avoir (sous l'ère Charles Pasqua) l'Union pour les Hauts-de-Seine. Il n'y avait pas des UMP, des centristes, etc.», dit-il, reconnaissant que les électeurs ne comprennent plus ce qui se passe dans le département.«L'Epad (où Nicolas Sarkozy a tenté de placer son fils) a fait énormément de dégâts. A Rueil, les gens m'en parlent, ils me disent: “Vous, vous ne faites pas partie des cuisines.”»

S'il refuse de se positionner dans l'un des «clans», il a bien sa préférence: il soutient la réélection à la présidence du département de Patrick Devedjian.«C'est celui qui a le plus de compétences, même s'il a son caractère. Il a cette capacité, que je ne retrouve pas chez d'autres candidats, de gérer un département avec un budget de 1,7 milliard d'euros et 6.000 collaborateurs.»

Symptôme de l'ébullition qui règne à droite dans le département, le vice-président en charge des finances a cosigné, avec d'autres élus des Hauts-de-Seine et du Languedoc-Roussillon issus de la droite, une lettre-pamphlet contre la «détestable» réforme des collectivités territoriales, l'un des grands chantiers de Nicolas Sarkozy. Le courriel (à lire dans notre onglet “Prolonger”), daté du 29 janvier, a été envoyé à des élus de tous bords et de toute la France.

Un élu socialiste des Hauts-de-Seine, qui l'a reçu, ne cache pas son étonnement: «C'est une tribune extrêmement virulente. J'aurais pu l'écrire!» Dans cette lettre, les élus appellent leurs collègues «à se mobiliser» aux sénatoriales et cantonales, estimant «que la réforme territoriale qui vient d'être adoptée avec beaucoup de difficultés par le Parlement représente un grave danger pour l'équilibre de notre territoire, et qu'elle porte atteinte à nos communes, à nos départements et plus généralement à la République.»

Ils invitent les élus à «présenter (leur) candidature aux élections prochaines afin de défendre la commune et le département», pour «mettre cette détestable réforme au cœur de la campagne électorale».

Cette réforme, écrivent-ils, «repose sur l'idée d'une compétition sauvage entre métropoles»«poursuit l'entreprise d'élimination progressive des communes rurales»«porte atteinte à l'image des élus locaux parmi les citoyens en leur faisant endosser la responsabilité des déficits publics et du désordre administratif en lieu et place d'un État central incapable de se réformer». Elle «ne fait que poursuivre le travail de destruction de notre tissu local entamé par la loi Joxe de 1992 et poursuivi par tous les gouvernements qui se sont succédé».

Jean-Claude Caron assure à Mediapart avoir écrit ce courriel «non pas comme homme politique mais comme administrateur territorial».«J'attends de voir ce que sera la loi, mais pour l'instant je suis sceptique.»«Demain les élus devront se partager entre départements et régions, des subventions des deux côtés seront nécessaires», dit-il, dénonçant également «la suppression de la possibilité pour un département de subventionner des communes», qualifiée de «dangereuse». Il critique également l'argument “économique” de la réforme, souvent avancé. «En Auvergne, par exemple, il y a 47 conseillers généraux, il y en aura 147 demain. Il faudra construire un nouvel hémicycle. Où sont les économies réalisées?»

Il confie également être «très angoissé par les conséquences de la réforme de la taxe professionnelle». Autant d'idées qu'il défendra le 20 mars prochain, lors du premier tour des cantonales. «J'ai un projet, un bilan, les électeurs jugeront», dit-il tranquillement.

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Publié dans UMP

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