Dans la poche, pas dans les coeurs

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Qu'est-ce qui ne devait pas passer Noël mais qui fêtera ses dix ans le 2 janvier? Qu'est-ce qu'utilisent quotidiennement 332.000 Européens en le trouvant «pratique», dont ils n'envisageraient plus aujourd'hui de se passer mais qui n'a toujours pas trouvé place dans les coeurs? Réponse: l'euro.

Pour fêter le dixième anniversaire de la monnaie unique que se partagent désormais 17 pays d'Europe, il n'y aura pas de grande commémoration, pas de feux d'artifices, pas de grands discours. Juste l'émission d'une pièce spéciale de 2 euros. Cette discrétion des autorités politiques et monétaires s'explique bien sûr par la crise que traverse l'Union et donc l'euro. Mais pas seulement.

Pratique pour voyager à l'intérieur de presque toute l'Europe, utile pour comparer les prix d'un même bien d'un pays à l'autre, précieux pour fluidifier les échanges commerciaux, efficace pour amortir les prix du pétrole, l'euro continue malgré ses nombreux avantages à ne pas avoir la côte auprès des consommateurs. Même si les enquêtes d'opinion continuent à montrer que ceux qui l'ont adopté - y compris les Grecs... - ne sont pas décidés à l'abandonner, une majorité de consommateurs qu'ils soient Français, Italiens, Allemands ou Espagnols persistent à avoir un jugement ambivalent sur l'euro.

Parce que ce qui devait être le symbole d'une Union européenne renforcée n'a jamais réussi à être une fierté européenne dès lors que l'intégration économique et fiscale restait un mythe? En partie sans doute. Mais plus concrètement parce que les consommateurs jugent l'euro - dont on leur disait qu'il était une arme contre l'inflation - responsable au contraire de la flambée des prix depuis dix ans. Un diagnostic que UFC-Que choisir vient - en partie - de battre en brèche.

Si les prix de l'énergie ont explosé ainsi que ceux du logement ou de certains services (plus de 50% pour les garagistes!), l'inflation n'a en effet été que de 20 % en dix ans. Et le prix de l'alimentation? Le magazine admet quelques dérapages mais souvent liés à l'arrondi du passage à l'euro. Reste que si le même salarié payé au Smic doit travailler aujourd'hui 20 secondes de moins pour payer sa baguette qu'en 2002, celle-ci a quand même augmenté deux fois plus vite que l'inflation...Ou encore que pour se faire rôtir un poulet Label rouge le même smicard doit travailler aujourd'hui 4 minutes et 33 secondes de plus...

Certes il pourra se consoler en se disant qu'il lui fallait en 2002 près d'un an de salaire pour rouler en Clio et qu'aujourd'hui 7 mois suffisent. Sauf, que comme disait ma grand-mère «on s'achète pas une voiture tous les quatre matins alors qu'on mange tous les jours». Et que même si l'euro a amorti la flambée de l'énergie, on attend en vain de pouvoir faire des économies sur le fioul, le gaz ou même l'électricité. Pourtant d'origine nucléaire. Et pourtant made in France.

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Publié dans Economie

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