D'un bourbier à l'autre
On ne peut s'empêcher de noter que le départ d'Afghanistan des Américains et des Français est décidé alors que le «travail» est loin d'être terminé.
Saisissant parallèle que celui qui nous a été donné d'observer hier. Alors qu'à quelques milliers de kilomètres de Paris, Nicolas Sarkozy lors d'un voyage éclair à Kaboul martelait qu'il «fallait savoir finir une guerre», à l'Assemblée, François Fillon demandait aux députés de donner leur feu vert afin que la France et ses alliés puissent terminer le «travail» commencé il y a quatre mois en Libye.
Que la France ne puisse durablement se battre sur tous les fronts -il faut rappeler que c'est grâce à l'armée française bien plus qu'aux Casques Bleus qu'il vient d'être mis fin à la guerre civile en Côte d'Ivoire...- tout le monde le comprendra. Ce que les Américains ne peuvent faire, comment les Français y parviendraient-ils ? Toutefois, on ne peut s'empêcher de noter que malgré les discours lénifiants, et même si le retrait d'Afghanistan ne peut bien sûr pas être confondu avec une retraite, le départ des Américains et des Français est décidé alors que le «travail» est loin d'être terminé.
L'assassinat du frère du président Karzaï le jour où Nicolas Sarkozy est à Kaboul sonne comme un tragique pied de nez des talibans à ceux qui prétendaient les vaincre. Ce ne sont pas les militaires, policiers, enseignants ou magistrats afghans formés par la coalition qui empêcheront les islamistes de reprendre le pouvoir. L'exécution de Ben Laden aura juste permis de sortir la tête haute de ce bourbier. Pour plonger la tête la première dans un autre en Libye ?
Bien évidemment, la situation entre les deux conflits n'a rien de comparable. En volant au secours des insurgés de Benghazi, Nicolas Sarkozy a évité un massacre. Même si son activisme visait sans doute en partie à faire oublier le peu de réactivité de notre diplomatie quand avait fleuri le «printemps arabe» à Tunis et au Caire, on ne peut que se féliciter du rôle moteur qu'a eu le président de la République pour faire voter la résolution de l'Onu et ensuite engager nos avions. Reste qu'après quatre mois de bombardements -et même si ceux-ci ont fait très mal à Kadhafi- la situation sur le terrain est bloquée. Reste surtout qu'on ne peut s'empêcher de s'interroger sur l'après-guerre en Libye.
Le Conseil National de Transition (CNT) composé à la fois de monarchistes, de chefs de tribus, d'anciens nervis du dictateur et, surtout, de plus en plus d'islamistes n'offre pas franchement le visage souriant d'une alternative démocratique. Et comme si Kaboul et Tripoli ne suffisaient pas à peupler de cauchemars le sommeil des responsables occidentaux, voilà que le dictateur syrien ne se contente plus de massacrer son peuple et défie ouvertement Paris et Washington en organisant lui-même l'attaque de nos ambassades.
Demain, en saluant les troupes qui défileront sur les Champs-Elysées Nicolas Sarkozy n'aura sans doute pas le coeur à la fête.