Consultations en tête de gondole ?
Jacques Guyon 27/11/2010
Elisabeth Hubert, ça vous dit quelque chose ? Et si on ajoute qu'elle est docteur en médecine et fut député ? Toujours pas ? Peut-être vous rappellerez-vous alors qu'elle eut son heure de «gloire» en faisant partie des «Juppettes», ces douze femmes devenues ministres et secrétaires d'Etat par la volonté de Chirac et Juppé de faire rimer en 1995 modernité et féminité à la tête du pays.
Las, ce brusque prurit de féminisation de notre vie politique ne dura pas. Et la «Juppette» Hubert dut quitter son ministère de la Santé comme six autres de ses collègues au bout de seulement six petits mois...
Et puis voici que par la grâce de Nicolas Sarkozy, et alors même qu'Alain Juppé est rappelé au gouvernement, le docteur Hubert sort à nouveau de l'anonymat où elle avait été plongée. Hier, elle a remis au président de la République, un rapport commandé en avril dernier pour lutter contre ce vaste et récurrent problème qu'est la désertification médicale de nombreuses régions françaises.
Or, entre diverses pistes déjà plus ou moins avancées au cours de ces dernières années, il existe dans ce rapport une proposition qui à elle seule risque de valoir à Elizabeth Hubert de tutoyer à nouveau, sinon la «gloire», mais au moins lui réserver une certaine «célébrité». Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que, fine mouche, l'ancienne ministre de la Santé, précise que sa proposition de «consultations à prix variables» chez les généralistes ne fait partie que d'un ensemble et qu'il faut tout articuler au risque de voir l'édifice entier s'écrouler.
C'est que graduer les rémunérations en fonction de la durée d'un acte, de sa complexité et de quelques autres critères divers et variés, est autrement plus délicat à mettre en place et à faire accepter que de proposer des aides fiscales à l'installation en zone rurale ou encore des encouragements à la constitution de regroupements de médecins dans des «maisons de santé» ou des «pôles de santé»...
Qu'il y ait un problème de rémunération des médecins généralistes, qui pourrait le contester ? Pas les médecins eux-mêmes évidemment. Pas plus sans doute les patients qui savent bien que même si parfois ils ont à s'acquitter d'une consultation pour un simple renouvellement d'ordonnance entre deux portes, ils sont bienheureux aussi de n'avoir à débourser - encore qu'ils soient remboursés... - la même ridicule somme de 22 euros quand la pathologie qu'ils présentent est complexe et donc longue à diagnostiquer.
On imagine le tableau si une telle proposition venait à être acceptée. En effet, outre que rien ne prouve que cette tarification graduée améliorerait en quoi que ce soit le sort des généralistes, on imagine par contre immédiatement le maquis administratif qui en résulterait. Or, c'est bien de cette bureaucratie tatillonne d'une Sécu aussi rigide que panier percé dont souffrent en premier les médecins de campagne. Alors, n'en rajoutons pas !