Conjoints de ministres : les pistonnés, les fauchés et les blindés
Le 25/08/2010
Qui gagne le plus dans un couple ministériel ? Pas forcément le titulaire du maroquin ! Mais attention, les conflits d’intérêts ne manquent pas. Echantillons.
Je ne vais pas empêcher ma femme de faire carrière», nous confiait Eric Woerth début juin. Si elle s’en était tenue à une fonction discrète… Mais gérer la fortune de Liliane Bettencourt, l’une des grandes donatrices de l’UMP, en ayant été recommandée de surcroît par son mari, voilà qui a fait tiquer.
Ce genre de soucis déontologiques, les époux Woerth ne sont pas les seuls à en connaître. Pistons ou conflits d’intérêts, les conjoint(e)s de ministres tutoient souvent la ligne jaune. Pourquoi Joseph Zimet, le mari de Rama Yade, occupe-t- il un poste au ministère de la Défense, en principe dévolu à un fonctionnaire ? Une dirigeante de l’audiovisuel public (Christine Ockrent) peut-elle officier sous la tutelle de son mari (Bernard Kouchner) ? Notons que ce n’est pas toujours le ministre, avec ses 14 200 euros mensuels (13 316 pour un secrétaire d’Etat), qui fait bouillir la marmite.
Florence Woerth : Administratrice chez Hermès, épouse d’Eric Woerth, ministre du Travail
Mais comment va-t-elle renouveler sa collection de chapeaux ? En démissionnant de Clymène, la société qui gère la fortune de Liliane Bettencourt, Florence Woerth a mis une croix sur 140 000 euros annuels, plus des primes allant jusqu’à 60 000 euros. Et, malgré la sollicitude de son mari, cette HEC de 54 ans, passée par la banque Rothschild, va avoir du mal à retrouver un poste aussi douillet. L’écurie de chevaux de course qu’elle a montée à Chantilly en 2008, en perte de 38 000 euros la première année, ne lui rapporte pas grand-chose. Dieu merci, il reste les copines. Nathalie Bélinguier, l’épouse de l’ex-patron du PMU, Réjane Lacoste, la femme du président de la marque au crocodile, ou encore Françoise Kron, dont le mari dirige Alstom, font partie des 14 donatrices qui ont versé 7 500 euros pour recapitaliser la société. Un mois avant «l’affaire», son amie Caroline Guerrand-Hermès s’était même arrangée pour lui trouver une place au conseil d’administration du groupe Hermès, où la séance est payée 16 000 euros. Sans compter les 1 200 euros de défraiements pour s’y rendre. A raison de quatre réunions par an, on connaît activité plus éreintante.
Joseph Zimet : Historien en poste au ministère de la Défense, mari de Rama Yade, secrétaire d’Etat chargée des Sports
Quand Rama Yade faisait campagne pour Nicolas Sarkozy, son socialiste de mari soutenait Ségolène Royal. Ce qui ne l’a pas empêché, en juin 2007, de rejoindre son camarade Jean-Marie Bockel dans ses pérégrinations ministérielles à droite. Conseiller au cabinet du secrétaire d’Etat à la Coopération, puis aux Anciens Combattants, le jour, le fils de Ben Zimet, une figure de la chanson yiddish, continuait de travailler le soir à sa thèse consacrée au grand résistant Jacques Bingen. Ses qualités d’historien et quelques coups de piston lui ont permis, alors qu’il n’est pas fonctionnaire, de devenir en juin 2009 adjoint au directeur de la mémoire, du patrimoine et des archives, au ministère de la Défense. Un job à 6 000 euros par mois environ.
Yasmine Tordjman : Etudiante, future épouse d’Eric Besson, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale
A 23 ans, l’arrière-petite-fille de Wassila Bourguiba, seconde épouse du premier président de la Tunisie indépendante, commencera, le 16 septembre, une carrière de femme de ministre. Le mariage de cette étudiante à l’école supérieure des arts appliqués Duperré devrait être célébré par Rachida Dati, le maire du VIIe arrondissement de Paris. C’est l’oncle de la ravissante Tunisienne, le richissime producteur de cinéma Tarak Ben Ammar, qui l’aurait présentée au ministre français de l’Identité nationale, à l’été 2009, lors d’une soirée à laquelle assistait notamment Claudia Cardinale.
Jérôme Pécresse : Dirigeant d’entreprise, mari de Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
Polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées, Jérôme Pécresse ne doit rien à sa femme côté carrière. Numéro 2 d’Imerys, leader mondial des minéraux industriels contrôlé par le financier belge Albert Frère, ce Versaillais de 43 ans a perçu l’an dernier un salaire mensuel moyen de 37 500 euros, 25% de moins qu’en 2008, en raison d’une baisse d’activité d’Imerys, qui a affecté la partie variable de sa rémunération. Même avec sa double casquette de ministre et de chef de file des élus UMP au conseil régional d’Ile-de-France, Valérie Pécresse se traîne à 17 000 euros par mois.
Xavier Giocanti : Promoteur immobilier, compagnon de Christine Lagarde, ministre de l’Economie
Attention poète ! Quand ce promoteur marseillais évoque sa dulcinée dans « Paris Match», il dit s’occuper du «PIB» de la ministre deux fois divorcée. Avant de préciser : «Oui, son Plaisir intérieur brut…» Ce grand costaud de 56 ans semble moins inspiré dans le business. Début août, son ancienne association pour les microentreprises a été condamnée à rembourser 1 million d’euros de subventions indues. Mais le personnage a du répondant. Outre sa PME de gestion hôtelière domiciliée à Saint-Martin, dans les Antilles françaises, il chapeaute la première zone franche marseillaise. Un job offert sur un plateau par la mairie en 1998, qui a permis à ce juriste de multiplier les opérations immobilières sur les terres de ses amis UMP Renaud Muselier et Jean-Claude Gaudin. Résultat : lorsque l’Etat s’est attaqué au régime fiscal de ces paradis d’affaires l’an dernier, on l’a retrouvé à la tête de la mobilisation phocéenne. Son argument : «J’ai une capacité à dire certaines vérités à Christine.» Reconnaissons que, sur ce dossier, la ministre n’a pas cédé.
Jean-Pierre Philippe : Consultant, mari de Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Economie numérique
En bisbille avec son patron direct, Jean-Paul Gut, alors directeur international d’EADS, Jean-Pierre Philippe a perdu son job à la direction stratégique de l’avionneur le 19 juin 2007, le jour même où sa femme était nommée secrétaire d’Etat. Depuis, ce proche de Jean-Louis Gergorin, l’un des condamnés de l’affaire Clearstream, survit grâce à son salaire de professeur associé au Conservatoire national des arts et métiers (près de 2 000 euros par mois) et surtout à ses activités de consultant, notamment pour Steris, un fabricant américain de matériel médical. Sagitta 01, sa société de conseil, lui procure un salaire très ministériel (environ 20 000 euros mensuels). A 54 ans, l’ancien maire PS de Villefontaine (Isère), devenu sympathisant de droite, a aussi créé Seven Ways, spécialisé dans les «activités des organisations politiques.» Mystère.
Béatrice Schönberg : Journaliste télé, épouse de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie et de l’Energie
Apparemment, tout le monde s’y retrouve. D’un côté, la journaliste a accepté de quitter le JT de France 2 en février 2007, afin de couper court aux soupçons de conflit d’intérêts. De l’autre, l’exfiltrée a trouvé un accord financier avec France Télévisions dont, selon nos informations, elle est toujours salariée, même si elle n’y met guère les pieds. Mais le groupe public n’assure pas, à lui seul, ses 10 000 euros par mois. Lorsqu’elle présente l’émission «Prise directe», sur France 2, elle travaille pour le compte du producteur Emmanuel Chain. Même ficelle quand elle anime «Hors série» sur France 3, mis en boîte par Actual Prod.
Valérie Hortefeux : Gestionnaire de fortune, épouse de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur
Rectifions : contrairement à ce qu’écrivent les gazettes, la pimpante Valérie n’est pas «chargée de communication» au sein de la Banque 1818. Oh, bien sûr, cette enfant de Neuilly est diplômée de l’Ecole française des attachés de presse (Efap, promotion 1992), où elle tomba jadis sous le charme d’un jeune professeur nommé Hortefeux. Certes, sa fascination pour la mode l’a fait remarquer lors des soldes privés de Dior, où elle a failli en venir aux ongles pour un manteau. Or, malgré ce pedigree, madame Hortefeux occupe un poste de «gestionnaire de fortune» au sein de la très accueillante filiale de Natixis. Tout comme son ancienne collègue Florence Woerth, pourtant beaucoup plus capée…
Olivier Bouchara et Etienne Gingembre.