Comment se prendre les pieds dans le tapis

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

 

À l'UMP, fort heureusement, nombreux sont ceux qui n'ont nulle envie de se laisser entraîner dans une telle dérive, dans une pareille outrance. 

 

Plus de huit jours que ça dure! Depuis que Marine Le Pen a lancé le débat sur la viande halal. Depuis que Claude Guéant, faisant l'amalgame entre le vote des étrangers et le risque de voir apparaître des menus halal dans les cantines scolaires, en a rajouté trois louches bien épaisses, on ne parle plus que de ça. Comme s'il s'agissait de la préoccupation numéro un des Français... On voit bien évidemment le but recherché: assécher les voix du FN. 

Sauf qu'à force de chasser sur les terres de l'extrême droite mais sans vouloir le dire trop fort, on finit par se prendre les pieds dans le tapis. D'abord parce qu'à l'UMP, fort heureusement, nombreux sont ceux qui n'ont nulle envie de se laisser entraîner dans une telle dérive, dans une pareille outrance et qu'ils n'ont pas tardé à prendre leurs distances avec cette façon de stigmatiser une partie de nos concitoyens. Alain Juppé a été un des premiers à souhaiter que dans cette campagne on revienne enfin à plus de«tranquillité» et qu'on cesse de tomber «dans des combats de chiffonniers ou des chocs de valeurs»

Pourquoi a-t-il alors fallu dans ce contexte de tension au sein même de l'UMP que François Fillon, dont on connaît pourtant la mesure, se soit cru obligé de se mêler de cette polémique? Pourquoi, alors que depuis huit jours chacun en a plein la bouche de cette histoire de viande halal (que ce soit pour en savourer les retombées possibles dans les urnes ou pour vomir cette mauvaise recette électoraliste) Fillon a-t-il cru devoir y rajouter son grain de sel en suggérant de revenir sur des «pratiques ancestrales»d'abattage rituel inadaptées à notre modernité? 

Si son initiative était une fois encore de jouer les modérateurs entre l'aile «populaire» et l'aile humaniste de la majorité, c'est loupé. D'abord parce qu'elle a fait long feu. Hier, une partie de l'UMP lui est tombée dessus. Rachida Dati, bien sûr, trop contente de tacler son adversaire aux législatives à Paris. Mais plus embêtant, Salima Saa, l'icône montante de l'UMP, présidente de l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances qui a demandé haut et fort de «mettre fin au discours de préjugés et de stigmatisation»

Ensuite parce que par cette sortie, François Fillon aura réussi l'exploit de se mettre à dos à la fois juifs et musulmans, également ulcérés à la fois par la mise en cause de leurs traditions religieuses et par l'instrumentalisation dont ils ne peuvent être dupes. Du coup voici le Premier ministre qui va devoir faire acte de contrition en recevant à sa demande expresse le grand rabbin de France. 

Avant sans doute que le recteur de la mosquée de Paris ne vienne à son tour quérir quelques excuses. Dans une France laïque depuis plus de deux siècles, on aurait décidément préféré qu'un Premier ministre de la République ne soit pas obligé à pareil chemin de croix.


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Publié dans UMP

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