Colateral de l'affaireTakkiedine: Thierry Gaubert fait profil bas au tribunal

Publié le par DA Estérel 83

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Silhouette mince, costume et cheveux gris, Thierry Gaubert porte beau, lundi à la barre de la XVe chambre correctionnelle de Nanterre. Les regards noirs lancés vers le banc de la partie civile trahissent toutefois, l'espace d'un instant, l'inconfort et la disgrâce d'être jugé en public, à 60 ans, quand on a été habitué au luxe et abonné aux honneurs.

Thierry GaubertThierry Gaubert© archive Reuters

 

L'année 2011 avait déjà été calamiteuse pour ce play-boy fortuné, proche de Nicolas Sarkozy et de plusieurs personnalités de l'UMP. Mise en examen par le juge Van Ruymbeke, en septembre, dans l'affaire Takieddine. Départ peu glorieux du groupe Banques populaires/Caisses d'épargne, en octobre. Révélation par Mediapart, en décembre, de son palais caché en Colombie, où il vivait comme un nabab, invitant Ziad Takieddine ou Olivier Dassault, sans oublier ses parts dans deux bars locaux aux noms évocateurs, le Nichon et le Nibar...

Auparavant, Thierry Gaubert était surtout connu pour son parcours public : ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy de 1983 à 1995 (d'abord à la mairie de Neuilly, puis au ministère du budget et enfin à celui de la communication), il s'était fait une place dans le tout-Paris en épousant Diane Barrière (l'héritière du groupe de casinos Lucien Barrière, décédée après leur divorce), puis la princesse Hélène de Yougoslavie, celle qui l'accuse aujourd'hui d'avoir transporté des valises de billets.

Depuis, les lecteurs de Mediapart ont aussi pu découvrir Thierry Gaubert en invité du marchand d'armes Ziad Takieddine : il est très sérieusement soupçonné par le juge Van Ruymbeke d'avoir participé au financement occulte de la campagne Balladur de 1995, notamment via des retours de commission sur des ventes d'armes, par le truchement de Takieddine. On sait également que Thierry Gaubert a invité Nicolas Sarkozy à Venise. Enfin, Gaubert a reçu un coup de fil de son ami Brice Hortefeux pendant sa garde à vue, le 20 septembre.

Homme d'affaires menant grand train, il avait rebondi en se recasant comme directeur des relations publiques auprès d'un autre proche de Nicolas Sarkozy, François Pérol, le président du groupe Banques populaires-Caisses d'épargne (BPCE).

Thierry Gaubert comparaît cependant ce lundi pour une longue liste de délits qui n'a rien à voir ni avec Edouard Balladur ni avec la Colombie, et qui va de l'escroquerie au préjudice de l'Etat à l'exercice illégal de la profession de banquier, en passant par l'abus de biens sociaux, l'abus de confiance et la prise illégale d'intérêts.

Au programme de ce lundi 6 février, au premier jour d'un procès qui doit durer deux semaines, les charges indues supportées par le CIL Habitation française, un organisme de collecte du « 1 % logement ».

Cette association disposait de neuf comptes bancaires, et ses frais ont été « insuffisamment surveillés », selon un euphémisme du dossier d'accusation. Ces abus de biens sociaux (ou abus de confiance) se montent à 8,3 millions de francs (1,27 million d'euros) pour la période allant de 1991 à 1999.

Grands restaurants, frais de mission et de réception, frais de déplacement, cadeaux à la clientèle, et honoraires versés à des intervenants extérieurs... Les dirigeants du CIL, « association dédiée au logement social », menaient grand train, remarque Fabienne Siredey-Garnier, la présidente du tribunal.

A la barre, Thierry Gaubert parle vite, d'une voix qui baisse curieusement en un simple murmure dès que l'on aborde des faits gênants. « Je crois me souvenir que les places à Roland-Garros avaient été demandées par les services commerciaux, je n'étais pas forcément au courant, et en tout cas ce n'est pas moi qui en ai profité », explique Thierry Gaubert au tribunal. « Quant aux restaurants, il était obligatoire d'indiquer les noms des bénéficiaires. »

Ces dépenses, selon Thierry Gaubert, s'expliquaient par des« nécessités commerciales » liées à la concurrence entre organismes dans le secteur du 1 %...

Mais il existe aussi, dans ce dossier, des dons inexpliqués, parfois destinés à des associations liées à la communauté juive française : l'Association pour la promotion des écoles et crèches (100.000 francs en 1994), la Fondation communautaire pour l'enseignement et l'éducation (plusieurs centaines de milliers de francs), ou encore le Club des Cordelières (qui organisait des petits-déjeuners pour chefs d'entreprise), mais aussi la Fondation de France.

« On avait le droit de prélever 4 % de la collecte  pour les frais de gestion», se justifie Philippe Smadja, qui dirigeait le CIL Habitation française lorsque Thierry Gaubert présidait cet organisme. Il l'assure, il s'agissait d'aider les bénéficiaires des logements sociaux fournis pas le CIL à trouver des places en crèche.

« Je suis abasourdi », rétorque Jean-Claude Duret, ancien administrateur CFTC du CIL, qui est partie civile. « C'est aberrant, ce n'est pas l'objet d'un CIL. »

Une association pour les crèches de Neuilly a reçu pour sa part 220.000 francs, et un association pour la promotion de l'art figuratif encore 60.000 francs...

Fleurs, champagne et billets d'avion

Décidément généreux, le CIL Habitation française a aussi remboursé 168.000 francs de frais de déplacement à Thierry Gaubert en cinq ans. Or celui-ci présidait l'association, mais ne se rendait pas « sur le terrain ».

Les billets d'avion, pour l'Italie et l'Angleterre notamment, dont on ignore toujours la justification, étaient achetés dans une agence de voyages dont un des administrateurs était un certain Thierry Gaubert, mais cela n'a aucun rapport avec l'affaire, assure ce dernier.

Sur le yacht de TakieddineSur le yacht de Takieddine

Quelque 28.000 francs d'amendes ont également été réglés par le CIL.« Ça, c'est le coursier », assure Philippe Smadja.

Enfin, des honoraires ont été versés à des organismes extérieurs. 328.000 francs, par exemple, à une société immobilière pour une mission de « recherche de bureaux » à Neuilly. A l'adresse précise où certaines des sociétés privées du tandem Gaubert-Smadja avaient leur siège. Encore une coincidence.

Quant au poste « missions et réceptions », on y trouve quelque 1,7 million de francs sur cinq ans. « Champagne, cocktails, bal de l'X, bons restaurants, et des fleurs, achetées parfois le week-end », détaille la présidente.

« Nécessités commerciales, répond Thierry Gaubert. Mais je ne me souviens pas de tout. »

En fin de journée, on commence à aborder d'autres détournements, commis au préjudice d'une association elle aussi gérée par Thierry Gaubert et Philippe Smadja : Habitation pour Tous. Celle-ci a fait un don à une association de jeunes gaullistes, l'UJP.

Le procès s'annonce long et pénible pour le tandem Gaubert-Smadja.

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Publié dans Affaires

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