Christophe Nick : «La télé a peur quand on touche au pouvoir»

Publié le par DA Estérel 83

Marianne

 

 

Clearstream est à nouveau au coeur de l'actualité. Les deux premiers épisodes de "Manipulations, une histoire française" documentaire passionnant en six volets sur l'affaire des affaires, seront en effet diffusés dimanche 13 novembre à 20h35 sur France 5. Son producteur, Christophe Nick explique comment le documentaire a failli ne jamais voir le jour.


Christophe Nick : «La télé a peur quand on touche au pouvoir»

 

Comment vous est venue l’idée de faire « Manipulations » ? 
J’y ai pensé en octobre 2008, après la lecture d’« Affaire personnelle » (livre-bilan post-Cleartsream) de Denis Robert. Un livre très fort. Avant ça, je n’avais pas réalisé à quel point il  avait été pilonné. De plus, longtemps, on ne connaissait de cette histoire que ce que lui en disait et ce que ses détracteurs en pensaient. Or, dans cette affaire il y a toutes les affaires et tous les pouvoirs : la finance internationale, les services secrets, la justice et les médias. On a voulu la traiter de façon différente, à travers plusieurs prismes. Ensuite, est venue s’ajouter la grille de lecture de Pierre Péan et le souhait de se concentrer sur Jean-Louis Jergorin et Denis Robert, les deux mecs qui se sont fait avoir. Surtout, l’objectif était de sortir des pièges d’Imad Lahoud, qui était un peu le type qui ment tout le temps. 

Avez-vous tout de suite pensé à en faire un documentaire ? 
Non, au départ, j’ai pensé à une fiction-reconstitution. Pour moi, c’était la seule chose possible vu le côté touchy de l’affaire et je l’ai proposée à Canal +. Mais, au printemps 2009, après avoir lu le projet, le message qui m’est revenu de la chaine cryptée et de son directeur général Rodolphe Belmer était «c’est trop  chaud ». J’étais ahuri. D’autant que, si c’était vis-à-vis du pouvoir en exercice que Canal + le refusait ça n’avait pas de sens : Sarko ne demandait qu’une chose c’est qu’on parle de Clearstream. Du coup, pendant un temps, on filmait tous les soirs Denis Robert quand il rentrait de son procès (en janvier au tribunal correctionnel de Paris) sans vraiment savoir ce qu’on allait en faire. 

Quand les choses ont-elles tourné pour en arriver à cette diffusion aujourd’hui ? 
Lorsque j’ai proposé le projet à France Télévisions et Patrice Duhamel (ex directeur général de France télévisions) et Patricia Boutinard-Rouelle (ex-directrice des programmes) qui ont tout de suite montré de l’intérêt.On a donc décidé de ne pas en faire une fiction mais d’en faire un documentaire qui se présenterait comme un vrai feuilleton, avec ses personnages récurrents. 
Ensuite, ça a duré un an et demi. (10 jours avant la diffusion, le montage était encore en cours)

Avez-vous été surpris par le refus de canal et le feu vert de France Télévisions ?
Non, pas vraiment parce qu’il est assez rare de voir à la télévision des sujets qui touchent au pouvoir en exercice.  Il y a d’ailleurs eu peu de précédents : Hervé Brusini et « la cassette Méry » et Patrick Rotman qui a dressé le portrait de Chirac quand il était au pouvoir. C’est une peur inscrite dans l’histoire de la télé aujourd’hui exacerbée par un exercice du pouvoir ultra-interventionnel. Heureusement, il reste dans le service public un côté aux ordres et un autre côté affranchi de ça. Bruno Patino (directeur de France 5) notamment  a tout de suite trouvé que c’était le rôle du service public de diffuser un tel documentaire et que le pouvoir politique n’avait pas à dire « non ». 

La réalisation de « Manipulations » sort du cadre habituel du documentaire... 
On doit cela à Jean-Robert Viallet- lauréat du prix Albert Londres en 2010 pour « la mise à mort du travail »- qui a renouvelé l’écriture de l’enquête au long cours en en faisant un vrai feuilleton avec des personnages récurrents (Vanessa Ratignier et Pierre Péan). Quant à la narratrice qui s’exprime face caméra entre les scènes, c’est une trouvaille, on est obligés de l’écouter. Jean-Robert Viallet a un style cinématographique qu’il tient notamment de son expérience avec Lars Von Trier. 

Regrettez-vous que certains éléments soient absents de la série ? 
Oui, je regrette que l’on n’ait pas pu filmer Dominique de Villepin  ou le général Rondot. Je regrette aussi qu’on n’ait pas pu traiter le problème des médias de manière frontale, c’est-à-dire les conflits entre les enquêteurs, ceux qui font de l’investigation et tous ceux qui ont besoin des sources même les plus barges. 

Avez-vous d’autres projets dans la même lignée des affaires? 
Pour le moment non mais, je sais qu’il y en a plein d’autres à faire. Et puis, je trouve que l’affaire d’Etat a quelque chose de passionnant. Elle permet de montrer à quel point un tout petit grain de sable vient dérégler une machine bien huilée. Sans machine bien huilée, il n’y a pas d’affaire d’Etat. 

Propos recueillis par Lisa Vignoli 

Manipulations, une histoire française 
Série de 6*52 minutes de Jean-Robert Viallet
 
Enquête de Pierre Péan et Vanessa Ratignier 
Diffusions des deux premiers épisodes dimanche 13 novembre sur France 5 
-dimanche 20 novembre : épisode 3/6 à 22 heures 
-dimanche 27 novembre : épisode 4/6, 22h 
-dimanche 4 décembre : épisode 5/6, 22h 
-dimanche 11 décembre : épisode 6/6, 22h
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Publié dans Affaires

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