Chomage: c'est au tour des femmes
Le chômage a encore augmenté en juillet 2011. Et ce n'est pas fini. Pôle emploi dénombrait à la fin du mois dernier 4,4 millions de chômeurs en recherche d'emploi, ayant exercé ou non une activité réduite au cours du mois précédent (les catégories A, B et C). Pour la seule catégorie A, il s'agit du taux de chômage le plus élevé depuis onze ans.
De «mauvais» chiffres dixit le ministre du travail Xavier Bertrand, qui en annoncent d'autres au cours des prochains mois.«On ne voit pas comment cette progression pourrait s'arrêter», analyse Mathieu Plane de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OCFE).
Surtout avec une croissance officiellement révisée à la baisse à 1,75% pour cette année et l'an prochain. «Avec 1,7% de croissance, prévision sans doute trop optimiste, on ne crée que 90.000 emplois, poursuit Plane. Or en 2011 et en 2012, la population active va augmenter de 140.000 personnes, en partie à cause de la réforme des retraites qui va contraindre de plus en plus de Français n'ayant pas encore atteint l'âge légal à rester en activité.»
La hausse du chômage de longue durée, surtout chez les plus de 50 ans, est tout particulièrement «terrible», selon Mathieu Plane. «De plus en plus de Français vieillissent au chômage, une situation terrible car elle réduit drastiquement les chances de retrouver un emploi.» La crise ayant décimé des centaines de milliers d'emplois industriels, on pourrait imaginer que le chômage des plus de 50 ans progresse surtout chez les hommes. En réalité, il est davantage en augmentation chez les femmes. D'après les derniers chiffres de Pôle emploi, le chômage des femmes a progressé de 6,2% sur un an, contre seulement 2,4% pour les hommes. Cette hausse plus forte chez les femmes concerne l'ensemble des catégories (moins de 25 ans, 25-49 ans, plus de 50 ans). Et les femmes sont bien davantage touchées par le sous-emploi, une réalité trop souvent passée sous silence.
Retour à début 2009. Les plans sociaux se succèdent. Le massacre dans l'industrie commence. Premiers concernés : les hommes, notamment les moins qualifiés, sur-représentés dans l'industrie ou le BTP, des secteurs employant beaucoup d'intérimaires «où les ajustements sont extrêmement brutaux et rapides», explique Hélène Périvier, responsable du Programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre (Presage) de Sciences-Po Paris. Résultat, «l'emploi des femmes, lui, s'est plutôt maintenu», les femmes étant plutôt employées dans le public, le parapublic ou les services, moins sensibles à la conjoncture économique.
D'après le Cereq (Centre d'études et de recherches sur les qualifications), les jeunes hommes entrés depuis cinq ans sur le marché du travail étaient fin 2008 davantage au chômage que leurs homologues féminines. Une grande première, car les hommes sont habituellement mieux insérés que les femmes.
«L'intégration sur le marché du travail se dégrade pour les jeunes depuis le début des années 2000, explique Virginie Nora, chercheuse au Cereq. Elle est générale, et touche en particulier les moins diplômés, qui sont aux deux tiers des hommes. La crise, en accélérant le rétrécissement du volant d'emplois peu qualifiés dans l'industrie, a accentué ce phénomène.»
Dans un premier temps, la très forte division sexuelle du travail en France a donc, en quelque sorte, sauvé les femmes de la crise. Tout comme leur niveau d'études, puisque les deux tiers des jeunes non-diplômés sont des hommes...
Victimes des réductions de postes dans la fonction publique?
Ce n'est pourtant plus le cas. Car les femmes sont, et de loin, les plus touchées par le sous-emploi, défini comme le fait de travailler moins d'heures qu'on ne le souhaite (temps partiel subi) et/ou d'exercer un métier peu satisfaisant.
Selon l'Insee, les trois quarts des personnes en situation de sous-emploi en juin 2011 étaient des femmes (944.000 sur 1.234.000). Le temps partiel est très majoritairement féminin, à plus de 80%. Il touche quatre femmes non diplômées sur 10 –contre un homme non-diplômé sur 10...
D'après une étude de l'OFCE datant de 2010, la part du temps partiel dans l'emploi des femmes s'accroît même «très fortement depuis 2008», tandis que celui des hommes n'évolue guère.
Et dans les statistiques de Pôle emploi, la progression du chômage semble désormais tirée par les femmes.
«L'amorce de reprise économique de 2010 a profité aux jeunes hommes mais pas aux jeunes femmes», expliquait le Conseil d'orientation de l'emploi en février dernier. D'après l'Insee, un quart des jeunes femmes de 15-24 ans (la courbe rouge) sont aujourd'hui au chômage, niveau qui n'avait pas été atteint depuis 1997.
«Les jeunes hommes ont été touchés rapidement par la crise, mais il est probable que le tour des femmes soit venu, craint Dominique Epiphane, chercheuse au Cereq: les restrictions budgétaires qui affectent les services publics ne vont pas améliorer leur situation professionnelle.» Les femmes sont en effet plus souvent représentées dans le secteur public, et des secteurs comme la santé ou l'éducation, affectés depuis plusieurs années par la révision générale des politiques publiques et le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.
«L'emploi des hommes est plus sensible à la conjoncture, mais l'emploi des femmes est plus sensible aux politiques publiques», résume Hélène Périvier. Selon l'économiste, il n'est donc pas exclu qu'en France et dans d'autres pays d'Europe, le chômage des femmes progresse fortement au fur et à mesure de la mise en place des plans de rigueur et de l'«ajustement des dépenses publiques».