Chevènement, l'option «France du non» de Hollande
Un remake de 2007. Mercredi, Jean-Pierre Chevènement s’est affiché au QG de campagne de François Hollande pour officialiser son ralliement au candidat socialiste, annoncé la veille sur TF1. Il y a six ans, l'ancien ministre avait déjà menacé de se présenter avant de se rallier à Ségolène Royal. Dès l’annonce de sa candidature à l’automne dernier, Chevènement avait d'ailleurs prévenu qu’il voulait surtout «faire bouger les lignes», notamment sur l'Europe. Le 1er février, Chevènement avait annoncé son retrait mais fait durer (un peu) le suspense sur son appel au vote.
Hollande et Jean-Luc Mélenchon avaient alors multiplié les appels du pied. Mais sans que le choix final de Chevènement fasse de doute, même si une des figures de son courant et cofondateur du Ceres, Didier Motchane, a annoncé le même jour son soutien au candidat du Front de gauche. «Il y a toujours eu une tension dans le chevènementisme entre la réflexion théorique et intellectuelle et l’expérience gouvernementale. Tout le monde ne comprend pas ça, d’autant que Mélenchon fait une belle campagne, explique Julien Landfried, porte-parole de Chevènement. Mais c’est François Hollande qui peut être élu et c’est sur lui qu’il faudra peser.»
Comme les amis d’Arnaud Montebourg, dont Emmanuel Todd – qui a récemment évoqué un «hollandisme révolutionnaire» –, les amis de Jean-Pierre Chevènement sont convaincus que la crise économique et sociale va conduire François Hollande à se radicaliser une fois au pouvoir. «On s’attend à une politique qui se radicalise au fur et à mesure des événements. Il n’y aura pas de nouveau 1983 (référence au tournant de la rigueur sous Mitterrand)… C’est notre pari», explique Landfried.
Depuis janvier, les proches de Chèvenement négociaient aussi avec le Parti socialiste pour les législatives. En fin de semaine dernière, ils avaient abouti à un accord, baptisé «contrat de législature». Côté cuisine, il prévoit neuf circonscriptions réservées au MRC, le Mouvement républicain et citoyen fondé par Chevènement. C’est cinq de plus que les projections effectuées par le PS en fin d’année dernière, alors jugées insuffisantes par le souverainiste (lire notre entretien).
«C’est le résultat de trois mois de discussions assez difficiles»,sourit le porte-parole de Chevènement. Sur les neuf circonscriptions, cinq, voire six en cas de vague rose et de dissidences à droite, lui semblent gagnables (dans le Nord, où le MRC compte son seul député sortant, Christian Hutin, la Drôme, le Territoire de Belfort, fief de Chevènement, l’Aisne voire les Hauts-de-Seine où la circonscription de Patrick Devejian a une«très faible chance de basculer»).
Sur le fond, le PS et le MRC partagent une «analyse commune» sur la lutte contre la finance, la nécessité d’une politique de croissance, l’appel à la réindustrialisation du pays ou la réorientation de la construction européenne. Mais ils actent aussi deux désaccords : le nucléaire que Chevènement défend toujours mordicus et la charte des langues régionales que le PS a promis de ratifier.
Le souverainiste a surtout été rassuré par les déclarations de François Hollande sur l’autre accord signé par le PS, avec Europe Ecologie-Les Verts cette fois, et que le candidat socialiste a promis de ne pas appliquer intégralement. Sur la question européenne, Chevènement peut aussi assumer son ralliement à celui qui avait porté le « oui » au référendum de 2005 après son engagement à renégocier le traité défendu par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sur l’avenir de la zone euro.
Pour Hollande, l’essentiel est ailleurs. Poser avec Chevènement lui permet de conforter son image de «rassembleur» face à Nicolas Sarkozy qui met en scène les ralliements successifs à sa candidature tels que ceux de Christine Boutin, d’Hervé Morin et le soutien de Jean-Louis Borloo. Aux yeux du grand public, le sénateur du Territoire de Belfort incarne (entre autres) l’échec du PS en 2002, incapable de contenir les candidatures à gauche. Chevènement avait obtenu un peu plus de 5 % des voix au premier tour de la présidentielle.
«J'ai toujours voulu rassembler, a affirmé mercredi François Hollande, lors d’un point presse à son QG (lire ici la dépêche AFP). Je veux rassembler les Français dans un moment où il est clair que le candidat sortant essaie de les diviser, de les séparer.»Le député de Corrèze a aussi promis d’intégrer «les amis de Chevènement» dans son équipe de campagne.
«François Hollande veut rassembler la gauche et il réussit. Il n’est pas du tout comme Jospin et ses calculs d’apothicaire… Hollande est aussi sur l’idée du président normal, maître de lui, dans la mesure, affable. Il est en effet comme ça», explique Julien Landfried, pour le MRC. Dans les cercles politisés, Chevènement incarne aussi le « non » au Traité constitutionnel européen de 2005 et vient ainsi conforter l’espace déjà occupé par Arnaud Montebourg, nommé officiellement en début de semaine«représentant spécial» de François Hollande.