Ce n'est plus l'heure de la vie en rose
La Cour des comptes a dédouané le gouvernement Fillon sur l'exercice 2012. Il n'y a pas de cadavre dans le placard. Ce qui est une bonne nouvelle pour Jean-Marc Ayrault.
La joie d'un soir de mai sur une place de Tulle est déjà enfouie dans les souvenirs. Ce n'est plus l'heure de la vie en rose. Aujourd'hui Jean-Marc Ayrault est au pied du mur. Il lui faut trouver la force des mots pour contrer le poids implacable des chiffres. Son discours de politique générale devant la toute nouvelle Assemblée en milieu d'après-midi est attendu comme le vrai départ du quinquennat.
L'audit demandé à la Cour des comptes et rendu public à dessein hier fixe la règle du jeu. Pour tenir les engagements de la France et de la campagne de François Hollande, il faut dégager environ 8 milliards d'euros d'économie cette année et 33 l'an prochain compte tenu d'une croissance qui risque d'être plus faible que prévue.
Didier Migaud, président de la Cour et ancien député socialiste, a fait ses préconisations: réduire les dépenses publiques et augmenter les recettes, soit bloquer le nombre des fonctionnaires et leur rémunération d'une part, accroître les recettes fiscales d'autre part. Il a aussi dédouané le gouvernement Fillon sur l'exercice 2012.
Il n'y a pas de cadavre dans le placard. Ce qui est une bonne nouvelle pour Jean-Marc Ayrault, contrairement à ce que l'on pourrait penser de prime abord. Pour faire passer la pilule du «redressement» - mot qui signifie désormais rigueur dans le Larousse socialiste - le Premier ministre a besoin d'un minimum de consensus et d'une communication qui ne soit pas brouillée par les vieilles querelles politiciennes sur le thème «c'est la faute de l'autre».
La droite ne sera pas désignée coupable. A son propre camp, le gouvernement a donné des gages, promesses tenues sur le coup de pouce au Smic et sur le recrutement d'enseignants supplémentaires, puis, opportunément annoncée hier, la création de 2.000 postes à Pôle Emploi.
Le tempo qui conduit inexorablement vers la rigueur a été habilement mené. Mais l'opinion est-elle pour autant prête à l'admettre ? C'est là que Jean-Marc Ayrault doit faire preuve de charisme. On lui prête d'axer son propos autour de la vérité, de la justice et de la mobilisation générale. Les Français peuvent y être sensibles à la condition sine qua non que ces jolis mots ne sonnent pas creux, ce qui exige du souffle et de la clarté.
Le souffle, c'est la capacité à convaincre pour emmener dans un même élan une majorité de Français, salariés et chefs d'entreprise, jeunes et vieux, ruraux et urbains. La clarté c'est dire sans détour quels Français seront assujettis aux hausses d'impôts qui se profilent, dans quelles proportions et pour quoi faire. Parce que, même si «on fait payer les riches», chacun sait bien qu'il faudra passer à la caisse.