Carla Bruni-Sarkozy et l'argent du sida: des versements suspects

Publié le par DA Estérel 83

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Carla Bruni-Sarkozy se retrouve au cœur d'un scandale financier. Selon une enquête de l'hebdomadaireMarianne«3,5 millions de dollars ont été versés par le Fonds mondial de lutte contre le sida, en marge de la légalité, et sans appel d'offres, à la demande de la Première dame, à plusieurs sociétés d'un de ses amis». Des affirmations contestées par le Fonds mondial contre les pandémies, qui les a jugées dans un communiqué «inexactes et trompeuses».Mais qui révèlent au minimum un fort conflit d'intérêts.

Reprenons les différents éléments. Sur son site internet, Carla Bruni fait apparaître trois activités: sa fondation, son rôle de première dame, la protection des mères et des enfants contre le sida.

La protection des mères et des enfants contre le sida

 

© Reuters
C'est la partie la plus problématique du dossier. Depuis décembre 2008, Carla Bruni est ambassadrice de la protection de la mère et de l'enfant contre le sida pour les Nations unies. Elle est mandatée par le fonds mondial contre le sida, une banque créée par la France et financée par celle-ci à hauteur de 360 millions d'euros par an, selon Michel Kazatchkine, scientifique respecté et directeur exécutif du fonds.

 

D'après l'enquête de Marianne, en mai 2011, le conseil d'administration de cette organisation internationale soupçonne des malversations en Afrique et demande un audit indépendant. En novembre, lors d'un conseil d'administration au Ghana, le président du Board révèle à ses membres que le mal est plus grave qu'entrevu: des fonds ont été attribués en contournant les procédures normales et sans appel d'offres. Les sommes ne sont pas minimes: 3,5 millions de dollars, soit 2,7 millions d'euros.

Julien Civange, un artiste ami de Carla Bruni, qui disposerait d'un bureau à l'Elysée selon l'hebdomadaire, en aurait largement bénéficié via ses agences Mars Browsers et RH et Cie. L'argent aurait notamment servi à construire le site de Carla Bruni. «La partie «Lutte contre le sida» du site a bien été financée par le fonds mondial», confirme Cléa Martinet, manager de la Fondation Carla Bruni, qui dit en revanche ignorer qui y a travaillé et pour quel montant.

Toujours est-il que le fonds contre le sida a indirectement financé la communication de la première dame de France, en rémunérant un de ses amis au passage, au mépris des procédures légales. Michel Kazatchkine a confirmé à Marianne que pour deux marchés, les appels d'offres n'avaient pas été effectués.

Les Américains, principaux donateurs du fonds mondial devant la France, auraient exigé la démission de Kazatchkine. Mais Paris aurait négocié sec pour éviter une telle démission et un scandale. Un homme semble pourtant être la première victime de cette affaire, pour de mystérieuses raisons vu qu'il n'apparaît pas pour l'instant avoir joué un rôle actif: l'immunologue Patrice Debré, remplacé officiellement ce vendredi 6 janvier à son poste d'ambassadeur de France chargé de la lutte contre le sida par Mireille Guigaz, et qui par ailleurs ne laisse pas un souvenir impérissable.

À Act up-Paris, on avait entendu parler de cette histoire, sans trop y croire, depuis quelques jours. «Ce qui est sûr, c'est que de nombreuses personnes veulent la peau de Kazatchkine, indique Pauline Londeix. Depuis que le rapport d'audit du Fonds est sorti et a été relayé par des médias populistes, présentant des accusations de détournements dans certains pays d'Afrique, les Américains cherchent à le remplacer, lui qui est médecin, par un technocrate qui dirigerait le fonds comme une entreprise.» «Au sein même de l'organisation, il a beaucoup d'ennemis en raison de sa gestion et, ajoute-t-elle, un manque d'anticipation de la situation financière lui est reproché depuis le conseil d'administration d'Accra en novembre dernier où le Fonds a pour la première fois été dans l'impossibilité de financer de nouveaux traitements contre le sida dans les pays du Sud malgré les besoins qui restent énormes.»

En même temps, elle rappelle que le fonds mondial est «l'un des seuls organismes qui fasse preuve d'un minimum de transparence». Elle se souvient que «quand Carla Bruni-Sarkozy a accepté de devenir l'ambassadrice, la campagne de présentation était baptisée Born HIV Free», du nom d'une marque développée par Julien Civange.

Première dame

La partie du site Internet consacrée à son rôle auprès de son mari aurait été au moins partiellement financée par l'Elysée. Dans un livre sur Carla Bruni, la journaliste Besma Lahouri avait estimé cette somme à 50.000 euros.

La fondation

Concernant la fondation elle-même, Cléa Martinet conteste les affirmations de Marianne: il y a un conseil d'administration, qui se réunit deux fois par an, dit-elle. Et une comptabilité propre. En 2011, le budget a été selon elle de 2,8 millions d'euros (2,5 millions d'euros de décaissement liés à des projets, 300.000 de fonctionnement).

«Nous ne payons que 1000 euros de loyer par mois et il n'y a que trois salariés», explique Cléa Martinet, qui, après vérification dans la comptabilité, certifie que cette structure n'a jamais rémunéré Julien Civange ou une de ses sociétés pour quelque prestation que ce soit. L'ami de Carla Bruni serait un simple conseiller bénévole.

La fondation explique par ailleurs avoir levé près de 8 millions d'euros en deux ans et demi, en provenance d'investisseurs privés. Et ne voit pas de conflit d'intérêts dans le fait que Lancôme (société du Groupe L'Oréal) verse 1,5 million d'euros sur cinq ans à la Fondation. «Il y aurait conflit d'intérêts si les dons provenaient d'entreprises contrôlées par l'Etat. Ce n'est pas le cas», tente de rassurer Cléa Martinet. Sans y parvenir complètement.

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Publié dans Affaires

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