Caisse des dépôts: le financement qui fait scandale

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart  Par Laurent MAUDUIT

 

 

C’est une violente tempête qui risque de s’abattre sur la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et la filiale qu’elle contrôle avec l’Etat, le Fonds stratégique d’investissement (FSI) : selon nos informations, le FSI a en effet pris la décision d’investir 10 millions d’euros d’argent public dans une société, AD Industrie, dont le propriétaire est Alain Duménil. Condamné en 2011 à un an de prison avec sursis pour banqueroute frauduleuse, et mis en cause dans de très nombreuses autres histoires, l’hommes d’affaires, qui a quitté la France pour s’installer en Suisse, et dont la holding de contrôle est une société de droit belge, a placé l’ancien ministre des finances Alain Madelin au poste de président du conseil de surveillance de cette société, AD Industrie, lequel Alain Madelin dispose de nombreux appuis et relais à l’intérieur même du puissant établissement financier public français.

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses ont été faites discrètement. Pour annoncer l’opération, la direction du FSI s’est bornée à publier le 12 décembre un communiqué de presse (on peut le trouver ici dans sa version intégrale sur le site Internet du FSI ou consulter ci-contre la première page). Et on a beau le lire dans tous les sens, on n’apprend rien de précis dans ce communiqué. C’est beau comme de l’antique : on est juste invité à comprendre que le FSI, dans sa grande sagesse, a décidé d’apporter des financements, avec le concours de la filiale française de General Electric (GE), pour consolider la filière française de la sous-traitance aéronautique.

Explication elliptique du communiqué : « Cet investissement vise à accompagner le groupe industriel AD-Industrie, fournisseur important de l’aéronautique civile et militaire en France, dans sa stratégie de croissance externe et en particulier dans son projet d’acquisition de la société Examéca. Consolidant des savoir-faire complémentaires, le groupe ainsi constitué offrira à ses clients historiques des possibilités techniques et industrielles nouvelles, et pourra saisir des opportunités de croissance supplémentaires. »

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Et tout se poursuit à l’avenant : le nom d’Alain Duménil, véritable propriétaire de la société, n’est pas mentionné ; pas plus que n’est mentionné le nom d’Alain Madelin qui est président du conseil de surveillance d’AD Industrie. Et si on se rend sur le site Internet de la PME, on n’est pas plus avancé. On n’y trouve pas plus les noms d’Alain Duménil et d’Alain Madelin. On trouve juste un organigramme qui indique le nom du directeur général.

Et pourtant, c’est bel et bien Alain Duménil le propriétaire de la société. C’est d’ailleurs l’origine du nom « AD Industrie » : ce sont tout bonnement les initiales du fondateur qui constituent la dénomination sociale de l’entreprise. Les statuts de la société, qui ont été déposés au greffe du tribunal de commerce de Paris, viennent le confirmer, mais permettent de faire d’autres découvertes.

Voici ces statuts :



On découvre ainsi dans ce document légal que, lors de sa constitution et avant des apports complémentaires, le capital de la société a été composé par un apport de 1 euro provenant d’un cadre dirigeant d’AD Industrie, Philippe Duvillaret, et par un apport de 99 999 euros fournis par Ingefin, qui est « une société anonyme de droit belge ». Or, cette société est précisément la propriété de l’homme d’affaires Alain Duménil.

Cette première information retient donc l’attention. Car le FSI est censé faire des investissements dans des entreprises françaises considérées comme stratégiques. Or, dans le cas présent, le fonds, dont Nicolas Sarkozy ne cesse de chanter les vertus, a apporté 10 millions d’euros provenant de l’argent public à un homme d’affaires qui a quitté la France pour devenir résident suisse et dont la société de contrôle est une société anonyme de droit belge.

Et pourquoi le FSI a-t-il fait cet investissement qui contrevient si spectaculairement à sa mission ? Et l’a-t-il fait par incompétence ou parce que des instructions lui ont été données ? Il faut aller plus avant dans notre histoire pour comprendre qu’elle recèle encore bien d’autres secrets. Car en réalité, Alain Duménil est tout sauf un inconnu, dans la petite cour de récréation du capitalisme parisien. Cette cour, il l’arpente en tous sens depuis plus de trois décennies. Et son parcours permet de mieux percer les clefs de notre mystère.

Les OPA tordues des années 1980

C’est au début des années 1980 qu’Alain Duménil commence à faire fortune. Héritant de la maison de courtage de son père, il se spécialise sur des opérations qui suscitent souvent à l’époque la controverse – ce que l’on appelle alors le « marché gris » – et fait la connaissance d’un haut fonctionnaire du Trésor, qui devient vite son bras droit, un certain Jacques Letertre. Ensemble, Alain Duménil et Jacques Letertre pilotent la maison de courtage qui s’est transformée en établissement bancaire, sous le nom de banque Duménil-Leblé, et sont de toutes les opérations financières où ils flairent la bonne affaire.

C’est l’époque de « l’argent fou », et la banque Duménil-Leblé n’est pas la dernière à en profiter. Quand au début de 1988, Alain Minc, qui dirige alors Cerus, le groupe européen de l’industriel italien Carlo de Benedetti, a la funeste idée de lancer une OPA sur le gigantesque conglomérat belge Société générale de Belgique (SGB) – OPA qui va piteusement échouer et qui va en partie ruiner l’industriel italien –, Jacques Letertre propose à Alain Minc de lui apporter les titres qu’il détient de la SGB, mais il demande comme contrepartie que Cerus prenne l’engagement de participer dix-huit mois plus tard à une importante augmentation de capital de la banque Duménil-Leblé.

Le deal va faire la fortune d’Alain Duménil et encore aggraver la débâcle financière de Carlo de Benedetti, par la faute d’Alain Minc. Quand l’augmentation de capital a lieu, Alain Minc est en effet contraint de souscrire à l’augmentation de capital de Duménil à environ 400 francs l’action, alors que dans l’intervalle elle s’est effondrée à près de 240 francs. Et l’opération fait beaucoup jaser dans Paris : au bord de la ruine, Cerus n’a pas l’argent pour honorer le contrat et participer à l’augmentation de capital de Duménil-Leblé. Pour finir, c’est donc la filiale de Londres de Duménil-Leblé qui avance de l’argent à Cerus pour monter au capital… de Duménil.

Cerus va même finir par prendre le contrôle de la banque tout entière. Et après que Carlo de Benedetti eut écarté Alain Minc de son groupe pour cause de gestion calamiteuse et qu’il eut fait appel à Michel Cicurel (aujourd’hui président de la Compagnie financière Edmond de Rothschild) pour faire le ménage, ce dernier découvre un désastre : Alain Duménil est devenu richissime mais son ex-banque est extravagante. Les comptes sont boursouflés, avec, comme disent les experts-comptables, des goodwills (survaleurs) partout. Acquise au total pour près d'un milliard de francs, la banque en réalité en vaut quasiment zéro.

Peu avant, en 1987, une autre affaire dans laquelle est impliquée la banque Duménil-Leblé fait aussi beaucoup de bruit dans les milieux d’affaires parisien. Cette année-là, la banque Stern, qui est la propriété du financier Edouard Stern et qui est à l’époque dirigée par Jean Peyrelevade, donne un célèbre et formidable coup de pied dans la fourmilière du capitalisme parisien : elle lance une OPA hostile sur la banque Rivaud, dirigée par le comte Edouard de Ribes (aujourd’hui administrateur du groupe Bolloré). C’est le sacrilège absolu : la banque Rivaud est tout à la fois la banque du RPR (devenu depuis UMP), et l’établissement qui est au cœur du vieux capitalisme colonial français, avec des possessions innombrables en matières premières ou en bois dans toutes les anciennes colonies françaises, en Afrique ou en Asie. 

Sur-le-champ, c’est comme un réflexe de classe ! Le ban et l’arrière-ban de ce vieux capitalisme ranci se mobilise pour défendre sa banque fétiche. Le patron de la banque Lazard, Michel David-Weill, somme l’une de ses filiales, Gaz et Eaux, de ne plus participer au raid. Et Cerus, dirigé par Alain Minc, cesse aussi d’apporter des fonds à la banque Stern. Dans le même temps, Edourd Balladur, ami personnel d’Edouard de Ribes, lui apporte son soutien.

C’est alors qu’intervient un rebondissement spectaculaire : un autre investisseur arrive en renfort pour participer au raid et se substituer aux deux premiers assaillants, désormais défaillants. Et il s’agit… de la banque Duménil-Leblé. Mais la banque a un étrange comportement. Agissant pour son compte comme banque d’affaires, la banque Stern a beau acheter à tour de bras des titres de la holding de tête (belge) de la banque Rivaud, rien n’y fait : Jean Peyrelevade constate qu’il reste perpétuellement « collé » à 49,5 % du capital de la société attaquée, sans jamais franchir le seuil de contrôle des 50 %. Et un beau jour, il apprend pourquoi : Jacques Letertre, bras droit d’Alain Duménil, revend en cachette à la banque Rivaud les titres que la banque Stern achète pour son compte. En clair, la banque Duménil joue contre sa propre cause.

Quand Edouard Stern l’apprend, il explose de colère. Et c’est ainsi que la banque Duménil propose de compenser la banque Stern, en lui amenant un acquéreur pour les titres qu’elle détient de la banque Rivaud : il s’agit de l’italien Paretti. On connaît finalement la suit : c’est par ce truchement que Vincent Bolloré finira par mettre la main sur la banque Rivaud, c’est-à-dire sur le cœur de ce qui deviendra son empire.

Duménil condamné à 12 mois d’emprisonnement avec sursis et 75 000 euros d’amende

Mais Alain Duménil n’a pas fait que participer aux opérations tortueuses du capitalisme parisien de ces dernières décennies. Il est aussi au cœur de très nombreux démêlés judiciaires. Il vient même de faire l’objet d’une très sévère condamnation, le 27 janvier 2011. Voici le jugement (qui a fait l’objet d’un appel, dont l’arrêt devrait être rendu le 6 février prochain) prononcé par le tribunal de grande instance de Valence :

 


Dans cette affaire, qui a fait à l’époque beaucoup de bruit et qui porte sur la société de chaussures Stéphane Kelian, Alain Duménil, qui était devenu l’actionnaire quasi unique de la société Stéphane Kélian, était prévenu des chefs de « banqueroute : détournement ou dissimulation de tout ou partie de l’actif » ; de « complicité de faux : altération frauduleuse de la vérité dans un écrit » ; et « d’usage de faux en écriture ». Le jugement précise ce qu’est en droit le délit de banqueroute : « Le délit de banqueroute par détournement d’actif suppose pour être constitué l’existence d’une dissipation volontaire du patrimoine d’une société en l’état de cessation de paiement par le dirigeant de fait ou de droit. »

Le tribunal a finalement déclaré « Monsieur Alain Duménil pris en sa qualité de dirigeant de fait de la SAS Stéphane Kélian Production au temps de la commission du délit coupable de banqueroute résultant de la cession des créances de la SAS Stéphane Kélian Productions sur la société sœur Stéphane Kélian Commmercial puis de la compensation avec la société mère Stéphane Kélian » et relaxé « Monsieur Alain Duménil pour le surplus ». Le tribunal a donc condamné « Monsieur Alain Duménil à 12 mois d’emprisonnement avec sursis et 75 000 euros d’amende ».

Du même coup, notre mystère s’épaissit : comment la CDC et le FSI ont-ils pu décider d’apporter 10 millions d’euros publics à un homme d’affaires qui est résident suisse, dont la holding de tête est une société de droit belge, et qui, de surcroît, vient, quelques mois auparavant, de faire l’objet d’une aussi grave condamnation ?

Avocat d’Alain Duménil, Me Maurice Lantourne fait valoir, lui, que « le groupe Duménil a tenté de sauver l’unité de production de chaussure en continuant de produire en France ». Et il ajoute : « Malheureusement, les écarts de coûts de production avec les producteurs délocalisés étaient trop importants. Donc, après avoir injecté près de 20 millions d’euros, la holding a dû arrêter de financer des pertes. Les cessions d’actifs ont été faites à des prix supérieurs à leurs évaluations. Et le groupe Duménil a payé la totalité du passif. En outre, un appel est en cours ; nous ne commenterons donc pas le jugement. »

Le plus stupéfiant, tout de même, c’est qu’Alain Duménil soit pris actuellement dans bien d’autres affaires judiciaires assez similaires. Une histoire retient en particulier l’attention : les conditions dans lesquelles Alain Duménil a repris un pôle de marques de luxe et de prêt-à-porter et n’a pas honoré à cette occasion les engagements qu’il avait pris.

Edifiante, l’histoire mérite d’être connue dans ses détails. Dans le courant des années 1990, un homme d’affaires, François Barthes, constitue un groupe en rachetant les unes après les autres des marques en situation financière préoccupante (Jean-Louis Scherrer, Jacques Fath, Emmanuelle Khan, Harel), mais qui présentent l’atout d’être connues et qui recèlent des actifs précieux, avec notamment des emplacements dans les avenues les plus prisées de la capitale ou sur la Croisette à Cannes.

Entrepreneur mais pas financier, François Barthes s’attelle au redressement des marques acquises mais comprend assez vite qu’il a besoin d’un partenaire. Un premier investisseur entre donc à son capital, en apportant progressivement 23 millions d’euros : il s’agit d’un groupe dénommé Sozan, piloté par un administrateur dénommé Olivier Heckenroth et qui a, à l’époque, la réputation rocambolesque d’être la structure par laquelle la DGSE française fait « travailler » certains des fonds secrets dont elle dispose, quand elle n’en a pas encore l’usage. Mais, malgré le redressement du groupe de François Barthes, dénommé France Luxury Group (FLG), de nouveaux besoins de financement s’avèrent nécessaires. C’est alors que FLG croise sur sa route… Alain Duménil.

Des gros bras pour protéger le châtelain des campeurs

Le 21 novembre 2002, un protocole est signé au terme duquel le groupe Sozan et les actionnaires minoritaires de FLG cèdent la totalité de FLG au groupe Duménil. L’opération se fait sous la forme d’échanges d’actions, étant entendu que le nouveau pôle constitué sera introduit en Bourse, que les petits actionnaires seront payés en cash, et que François Barthes bénéficiera d’un contrat de travail dans la nouvelle structure et d’une clause de rachat de ses nouvelles actions à un prix global de plus de 2,4 millions d’euros.

Las ! Alain Duménil ne tient ensuite presque aucun de ses engagements : l’entrée en Bourse n’a pas lieu ; les petits actionnaires ne touchent pas leur dû, à l’exception d’un seul ; et François Barthes ne profite pas d’un contrat de travail.

Pour les vendeurs, le manque à gagner est même plus grave que cela. Par une cascade d’opérations financières complexes (augmentation de capital, avec dilution progressive des minoritaires ; transformation du pôle luxe en société immobilière ; glissement de certains actifs vers d’autres structures ; versement de considérables dividendes avec Alain Duménil pour principal bénéficiaire…), les minoritaires ont pour beaucoup perdu la quasi-totalité de leur fortune. Et depuis, une très longue et complexe bataille judiciaire s’est engagée, qui n’est toujours pas achevée.

Conseil d’Alain Duménil, Me Lantourne donne de cette histoire une version différente. Il fait valoir que « le groupe Duménil a repris ce pôle de luxe et de prêt-à-porter et l’a développé ». Et il ajoute : « La situation était très obérée. Le groupe Duménil a injecté des fonds et des actifs. Les deux anciens actionnaires ont contesté leur dilution. L’opération de fusion a été annulée. Les deux actionnaires voudraient ajouter aujourd’hui une quote-part des actifs apportés sans être dilués. Ce sont eux qui ont provoqué la chute de la holding, la FIG. Ils multiplient les pressions. Une expertise est en cours et nous et nous sommes sereins sur son issue. »

Mais il n’y a pas que les petits actionnaires de ce pôle luxe qui ont perdu dans l’affaire beaucoup d’argent. Alain Duménil et ses sociétés ont aussi des dettes très importantes vis-à-vis de l’Etat. Selon les informations recueillies par Mediapart, Alain Duménil et ses sociétés ont en particulier des dettes fiscales d’un montant considérable. L'une des structures de ce pôle de luxe, FIG, qui a été mise en liquidation, aurait ainsi des arriérés fiscaux proches de 60 millions d’euros. Sa structure de tête, dénommée Alliance Designer, aurait un passif fiscal de 20 millions d’euros. Sans parler des 23 millions d’euros (qui pourraient bien s’avérer être de l’argent public) que le groupe Sozan a mis dans l’affaire et qui se sont envolés en fumée ; ou encore les aides publiques dont les chaussures Stéphane Kélian ont profité.

Les dettes fiscales ou sociales ne s’arrêtent pas là. Pour dresser un bilan global, il faut aussi jeter un œil sur le bilan consolidé de la société AD Industrie. Voici ce bilan :



A la page 6 de ce document, on découvre donc que AD Industrie a accumulé des dettes fiscales et sociales pour un montant de 11,376 millions d’euros. A la page 11, on apprend, de plus, que la société conduit des fermetures de sites, et qu’elle a bénéficié de très importantes subventions publiques pour amortir le choc social des restructurations, en particulier pour financer des formations. Des conventions FNE ont ainsi apporté 230 000 euros au groupe, et des conventions FSE une somme de 1,109 million d’euros.

La situation d’Alain Duménil et des sociétés qu’il contrôle apparaît donc pour le moins avantageuse. Croulant sous les dettes fiscales et sociales, et bénéficiant d’aides publiques importantes, il n’en profite pas moins des largesses incompréhensibles de la CDC et du FSI.

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Cette bienveillance est d’autant plus étonnante qu’Alain Duménil a encore fait parler de lui en une autre circonstance. Faisant l’acquisition d’une somptueuse demeure, le château d’Alaincourt (Oise), il a usé de méthodes énergiques, avec le renfort de gros bras, pour tenter d’expulser du parc des gens pauvres vivant dans des campements et des mobile homes, qui y avaient trouvé refuge auparavant avec l’accord du propriétaire. Toute la presse s’en était fait à l’époque l’écho (on peut lire deux reportages avec vidéo de Rue89 ici et , ou encore un reportage de France Info ici). Et diverses associations d’aide aux mal logés, dont le DAL, s’étaient mobilisées contre les méthodes expéditives du nouveau propriétaire et pour venir en aide aux campeurs.

Un faisceau d'amitiés d'extrême droite

Pour la petite histoire, on peut encore relever qu’Alain Duménil a de multiples autres activités. Dans le courant de 2009, il a pris le contrôle du quotidien financier L’Agefi, en mettant sur la table 5 millions de francs suisses. A l’époquele magazine Challenges le faisait apparaître à la 90e place de son classement des plus grandes fortunes françaises, avec un patrimoine évalué à 413 millions d’euros. Ce qui, avec le recul, soulève une interrogation de plus : est-ce vraiment le rôle du FSI que de voler au secours d’un homme d’affaires qui est à ce point richissime ?

Et dans le monde des lettres, il a aussi cherché à se faire connaître. Il a ainsi créé en 2007 un prix qui porte son nom, le prix Duménil, qui est l'un des mieux dotés, avec une enveloppe de 50 000 euros pour le bénéficiaire. Le dernier lauréat, en 2011, Patrick Besson (pour Comme Baby, aux éditions Mille et une nuits) en rit encore : il a mis quelque temps à endosser le chèque qui était émis sur une banque… suisse !

Il faut donc en venir à la question centrale. Pourquoi la CDC et le FSI ont-ils pris la décision incompréhensible d’apporter 10 millions d’euros à Alain Duménil ? D’innombrables raisons justifiaient que le dossier soit rejeté : le fait qu’il ait subi une aussi grave condamnation, ses dettes fiscales et sociales, son statut de résident belge, le statut belge de sa société holding ; ses dettes fiscales et sociales.

En fait, selon les informations recueillies par Mediapart dans une direction du ministère des finances, au Trésor, le FSI ne semble pas en cause. Les services du FSI auraient parfaitement instruit le dossier et donné les alertes nécessaires dès qu’ils ont compris ce qu’il avait de sulfureux. Notre source, un haut fonctionnaire républicain, précise que le dossier sur le plan industriel était intéressant et aurait pu justifier l’intervention du FSI, mais que ce dernier a très vite compris que tous les clignotants rouges étaient allumés.

Il est d’ailleurs un signe qui ne trompe pas. A ce niveau d’investissement, le patron du FSI aurait pu prendre sur lui de donner le feu vert au déblocage des 10 millions d’euros. Il a malgré tout jugé utile qu’il fasse l’objet d’un vote du conseil d’administration. En clair que les administrateurs représentant ses actionnaires, ceux de la CDC comme ceux de l’Agence des participations de l’Etat (APE), soient placés devant leurs responsabilités.

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Selon des sources concordantes, des interférences ont donc eu lieu. Lesquelles ? Ce qui apparaît intrigant dans ce dossier, c’est que de nombreux acteurs ont des points communs ou participent aux mêmes réseaux. D’abord, Alain Duménil, même si ses sympathies politiques ne sont pas affichées, a écrit en 2009 un livre qui retient l’attention :Parfum d’empire, la vie extraordinaire de François Coty (Plon). Il s’agit d’une hagiographie du célèbre parfumeur d’extrême droite de l’entre-deux-guerres François Coty (ici sa biographie sur Wikipedia), qui fut un temps propriétaire duFigaro et qui soutint la création des Croix-de-Feu avant de créer lui-même la Solidarité française, deux mouvements au cœur des émeutes d’extrême droite du 6 février 1934.

Or, Alain Madelin, qu’Alain Duménil a installé comme président du conseil de surveillance d’AD industrie, vient lui-même de l’extrême droite. Avec Gérard Longuet, Henri Novelli ou encore Patrick Novelli, il fut l’un des fondateurs, en 1964, du mouvement Occident. Alain Madelin et Alain Duménil ont donc des liens qui dépassent la vie des affaires : des liens intellectuels qui révèlent des attachements communs.

Mais ce n’est pas tout. Alain Madelin, qui conseille depuis quelque temps plusieurs fonds d’investissement, a souvent été vu ces derniers temps à la CDC pour défendre des dossiers. Et il compte dans la place une alliée de choix. Il s’agit d’Anne Méaux, qui a suivi le même parcours à l’extrême droite dans sa jeunesse, et à laquelle il est très lié depuis toujours. Conseillant de nombreux grands patrons pour leur communication, Anne Méaux était ainsi venue aider Alain Madelin, lors de son éphémère (et calamiteux) passage à Bercy, en 1995, comme ministre des finances, en supervisant sa communication. Et depuis, elle l’a aidé à prendre pied dans la vie des affaires : elle l’a par exemple installé pendant un temps au conseil d’une société contrôlée par Stéphane Courbit.

 

Or, Anne Méaux a décroché une mission de communication pour le directeur général de la CDC, Augustin de Romanet, qui est lui-même un ancien du cabinet d’Alain Madelin à Bercy. Le cachet annuel versé à Anne Méaux par la CDC pour les conseils qu’elle prodigue au directeur général sont compris entre 150 000 et 200 000 euros, selon les indications de la CDC. Et de surcroît, la même Anne Méaux est depuis de longues années celle qui supervise la communication du milliardaire François Pinault, Artemis, et de son fils, François-Henri. Elle est donc très proche de Patricia Barbizet, celle qui a été pendant des lustres le bras droit du même François Pinault, et qui préside aussi depuis 2008 le comité d’investissement du… FSI !

Mais ce faisceau d’amitiés ne s’arrête pas là. La filiale française de General Electric, qui est venue, elle aussi, participer à l’opération de recapitalisation d’AD Industrie, pour 8 millions d’euros, est en effet dirigée par Clara Gaymard (l’épouse de l’ancien ministre Hervé Gaymard, et fille du professeur Lejeune, célèbre pour son combat anti-avortement) qui, elle aussi, est passée par le même moule intellectuel, celui de la droite radicale.

Quand le FSI a été créé et que Nicolas Sarkozy a lui-même choisi ce mode de fonctionnement, et promu ses responsables, beaucoup d’observateurs se sont émus des risques potentiels de gravissimes conflits d’intérêts. Avec pour enjeu, une question majeure : comment la fondée de pouvoir de l’un des milliardaires français peut-elle être investie du pouvoir de décider du bon usage des deniers publics ? Dès 2008, on a compris que cette organisation susciterait immanquablement de l’affairisme autour du FSI, en même temps qu’elle générerait le soupçon, y compris sur les opérations financières au-dessus de tout soupçon. L’affaire AD Industrie en est l’illustration jusqu’à la caricature.

Là encore, Me Lantourne conteste nos interprétations et fait valoir que « Alain Madelin était fondé à promouvoir AD Industrie ». Il ajoute : « Il s’agit d’une entreprise française de haute technologie en forte croissance. Elle est performante dans un marché porteur. Son personnel et l’encadrement ont un savoir-faire reconnu. » Et face à notre insistance, l’avocat interpelle Mediapart : « Voulez-vous vraiment que l’on produise en France ? »

Interrogé par Mediapart, le directeur général de la CDC, Augustin de Romanet, s’indigne que l’on puisse mettre en doute la transparence de l’investissement. « Ma fierté, nous a-t-il dit, c’est de n’avoir jamais commis ce type de friponnerie que vous suggérez. Ma fierté, c’est d’avoir veillé à ce qu’aucune relation de copinage ne puisse jamais interférer dans la vie de la Caisse. » Selon lui, Anne Méaux n’est intervenue d’aucune manière dans le dossier AD Industrie, pas plus qu’Alain Madelin. Il dit n'avoir vu ce dernier guère plus que deux fois depuis qu’il est en fonction à la CDC.

Augustin de Romanet admet, certes, que très vite le FSI et donc la CDC ont compris que le dossier AD Industrie n’était pas « propre, propre ». En clair, le patron de la CDC admet qu’il a eu connaissance, comme la direction du FSI, de la condamnation récente d’Alain Duménil, et de ses dettes fiscales et sociales. Mais il souligne que le dossier industriel d’AD Industrie est de première importance pour la France et que divers groupes ont été consultés, dont Safran, et que tous ont fait valoir qu’il était opportun de consolider la filière de la sous-traitance aéronautique. « Sur la foi du serment », Augustin de Romanet nous a fait enfin fait valoir que le dossier avait causé à son établissement « beaucoup d’emmerdements », mais qu’il était fier qu’il ait abouti. « Safran nous a dit que c’était capital pour eux. Le FSI a bien fait son travail », a-t-il insisté.

Certes, le FSI a donc bien fait son travail – de cela nul ne semble disconvenir. Reste une interrogation : qui lui a fait violence pour lui imposer un dossier qu’il aurait dû refuser ? Une chose est certaine : comme l’Agence des participations de l’Etat était saisie du dossier, rien ne s’est fait sans le feu vert du ministère des finances et de l’Elysée.

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M
C'est l'horreur à tous les étages, lorsque l'on voir que ce qui unit la plupart de ces gens est l'extrême droite, si ce n'est la xénophobie!<br /> Que font nos superbes Magistrats pour prévenir, si ce n'est éliminer ces comportements désastreux, sciemment exercés par des "élites de haut vol" ? Alors m^me qu'en face, de simples "voleurs de<br /> poules ou de mobylettes" sont quant à eux condamnés à des peines, excessivement sévères par rapport aux enjeux de telle ou telle affaire financière !!!<br /> Au final, leur demande t-on au moins à rendre l'argent, sur leurs fortunes personnelles ?<br /> Cordialement.
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