Blessures
Par NICOLAS DEMORAND
Depuis dix ans, la République a un problème avec l’islam. Avec ses enfants de culture ou de confession musulmane.
Nous avons tous la même nationalité, exactement la même carte d’identité et le même passeport.
Les mêmes droits et devoirs. Un soupçon est pourtant systématiquement entretenu qui, en période électorale, tourne invariablement à la machine à stigmatiser.
Et souligne qu’il existe malheureusement différentes catégories de citoyens français : ceux qui le sont de plein droit ; ceux auxquels il est constamment demandé, qu’importe leur histoire, celle de leurs parents ou grands-parents, de faire la preuve de leur loyauté.
Comment nos concitoyens musulmans vivent-ils cette somme de blessures quotidiennes ? Comment reçoivent-ils le grand raffut sur la viande halal, si peu de temps après le pitoyable débat sur l’inégalité des civilisations et, naguère, l’identité nationale ?
La politique permanente du coup de menton et des alternatives simplistes ? Et l’ingéniosité infinie, à la frange extrême de la droite, pour déchoir tel ou tel de sa nationalité ?
Contrairement à ce que répètent en boucle les tenants du «politiquement incorrect» ou ceux qui prétendent «dire la vérité aux Français», construire collectivement un destin commun ne définit pas l’angélisme mais le cœur même du projet républicain.
Et le lieu où, dans cette campagne électorale, se mesure le plus nettement la profondeur du clivage entre la gauche et la droite ; l’écart maximal entre les définitions de la nation, ouverte ou fermée, à l’aise avec sa diversité ou la vivant comme une menace.
C’est aussi sur ces différentes France possibles que devront se déterminer les électeurs.