Bettencourt: retour de soupçons
A six mois de la présidentielle, cette mise en cause directe de Nicolas Sarkozy va inéluctablement relancer le volet politico-financier déjà bien fourni de l'affaire Bettencourt.
Certes, comme le relève ironiquement la porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse les allégations de la juge Prévost-Desprez visant Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'affaire Bettencourt pourraient être réduites à des propos «de la femme, qui a vu la femme, qui a vu l'ours». Sauf que les soupçons de financement de l'UMP par Liliane Bettencourt, jusqu'à la remise possible d'enveloppes directement à Nicolas Sarkozy sont loin d'être «dérisoires», dixit encore Valérie Pécresse.
Dessaisie d'un des volets des instructions en cours sur l'affaire Bettencourt (dépaysée et regroupée au parquet de Bordeaux), la vice-présidente du tribunal correctionnel de Nanterre rapporte des propos de sa greffière. Selon cette dernière, l'ancienne infirmière de Liliane Bettencourt lui aurait déclaré «hors procès-verbal» d'audition «avoir vu des remises d'espèces à Sarkozy»au domicile de la milliardaire propriétaire de L'Oréal.
Évidemment démentie avec force par l'Élysée, Matignon et l'UMP, cette mise en cause directe de Nicolas Sarkozy va inéluctablement relancer le volet politique déjà bien fourni de l'affaire Bettencourt à six mois de la présidentielle. Plusieurs témoignages en possession de la justice, dont celui de l'ancienne comptable Claire Thibout, font déjà état de versements en espèces à Éric Woerth, alors trésorier de l'UMP.
Les assertions de plusieurs protagonistes de l'affaire Bettencourt contenues dans le livre «Sarko m'a tuer» renforcent encore les soupçons d'interventions de l'Élysée, via le juge Courroye «ami» déclaré de Nicolas Sarkozy, pour étouffer un scandale qui atteindrait directement le Chef de l'État.
Pressions et discrédit sur les témoins, mises en cause des médias en pointe sur l'investigation de l'affaire et cambriolages non-élucidés de leurs locaux, mises sur écoutes illégales de journalistes, guerre ouverte entre les juges Prévost-Desprez et Courroye, le traitement de l'affaire Bettencourt posait déjà beaucoup de questions sur l'indépendance de la justice.
Les relations exécrables entre le Chef de l'État et le monde judiciaire sont de notoriété publique. Mais il ne faudrait pas pour autant réduire les allégations de la juge Prévost-Desprez à une simple vengeance, voire à une manipulation politique. Depuis la première loi sur le financement public des partis politiques en 1990, tous affirment pourvoir à leurs besoins en toute transparence, malgré la persistance d'affaires douteuses.
Le moins que l'on puisse attendre soit que l'ancienne infirmière de Liliane Bettencourt et la greffière soient entendues par les magistrats de Bordeaux. Quitte à ce que ces témoignages polluent gravement une campagne présidentielle qui s'annonce déjà très compliquée pour Nicolas Sarkozy.