Bettencourt: il reste l'affaire Woerth-Sarkozy !

Publié le par DA Estérel 83

 06 Décembre 2010 Par Fabrice Arfi & Fabrice Lhomme

 

 

 

Le volet familial de l'affaire Bettencourt n'est plus. Son versant politique, lui, demeure. L'annonce, lundi 6 décembre, de la réconciliation entre Liliane Bettencourt, l'héritière du groupe L'Oréal, et sa fille, Françoise Meyers-Bettencourt, a pour conséquence immédiate l'extinction de toutes les procédures judiciaires liées au différend familial qui déchire depuis trois ans le clan de la femme la plus riche de France.

 

Procédure centrale de ce volet: les poursuites engagées par Françoise Meyers-Bettencourt contre le protégé de sa mère, le photographe François-Marie Banier, accusé d'avoir profité de l'état de faiblesse psychologique et physique de la milliardaire pour la dépouiller d'une partie de sa fortune – jusqu'au milliard d'euros en libéralités diverses (dons, assurances vie, œuvres d'art...). 

 

 

 

Cette procédure pour «abus de faiblesse»n'est désormais plus d'actualité, comme celles du même ordre visant deux autres membres de l'entourage de Mme Bettencourt, le gestionnaire de fortune Patrice de Maistre et l'avocat fiscaliste Fabrice Goguel.

 

Au terme de discussions débutées il y a deux semaines, Françoise Meyers-Bettencourt et ses avocats, Mes Didier Martin et Olivier Metzner, sont en effet parvenus à trouver un terrain d'entente avec tous les principaux protagonistes du dossier. La fille de l'héritière de L'Oréal a signé, avec chacun d'entre eux, un accord distinct, mais dont le contenu précis demeure confidentiel.

 

«Ce que je peux dire, c'est que les négociations ont été menées sans trop de difficultés et que François-Marie Banier a renoncé à beaucoup de choses», a toutefois confié Me Metzner à Mediapart. On sait seulement, pour l'heure, que Françoise Meyers-Bettencourt a obtenu que MM. Banier et Maistre soient exclus de l'entourage de sa mère et que son époux, Jean-Pierre Meyers, devienne le gestionnaire de la fortune de la propriétaire de L'Oréal.

 

 

Mais ce coup de théâtre ne signe pas, pour autant, la fin de l'affaire Bettencourt ou plutôt de toutes les affaires Bettencourt. Car depuis les révélations, mi-juin, par Mediapart des enregistrements clandestins réalisés par le majordome de Liliane Bettencourt (voir notre dossier), ce qui était jusque-là le récit d'une chronique judiciaire privée s'est transformé en scandale politique de premier ordre: fraude fiscale, conflit d'intérêts d'un ministre, financement politique, interférences de l'Elysée dans des procédures judiciaires...

 

 

Les révélations de Mediapart ont été à l'origine de plusieurs enquêtes judiciaires, diligentées au départ par le parquet de Nanterre, sur des aspects du dossier qui demeurent encore aujourd'hui les plus brûlants pour la majorité présidentielle. Et les récentes négociations qui ont présidé à la grande réconciliation du clan Bettencourt ne changent rien à leur destinée judiciaire.

 

 

Le premier de ces aspects concerne les soupçons qui pèsent sur un possible financement occulte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007. En juillet dernier, l'ex-comptable des Bettencourt, Claire Thibout, a en effet évoqué auprès de Mediapart et de la police l'existence d'un versement illicite de 150.000 euros en espèces au profit de la campagne présidentielle de M. Sarkozy via le gestionnaire de fortune de Mme Bettencourt, Patrice de Maistre, et le trésorier de la campagne, Eric Woerth.

Une enquête a été ouverte pour «financement illégal de parti politique ou de campagne électorale».

 

 

A défaut d'avoir été formellement établies matériellement – les versements d'espèces sont généralement improuvables et c'est même leur intérêt premier –, les affirmations de l'ex-comptable ont toutefois été confortées par plusieurs éléments concrets: livrets comptables, agendas, témoignages, journaux intimes de François-Marie Banier... 

 

Le deuxième aspect sensible du volet politique de l'affaire Bettencourt porte sur un éventuel «trafic d'influence» pouvant être reproché à l'ancien ministre du budget, Eric Woerth. D'après les enregistrements du majordome, M. Woerth serait directement intervenu fin 2007 pour faire embaucher sa femme au service de Liliane Bettencourt alors que, quelques mois plus tard, le même M. Woerth remettait en personne la Légion d'honneur à l'employeur direct de son épouse, Patrice de Maistre.

 

 

Les enregistrements pirates du majordome ont aussi permis de découvrir que Mme Bettencourt et ses associés se livraient à une vaste entreprise de fraude fiscale (comptes en Suisse, île non déclarée...) tandis que, comme le révélera Mediapart au début de l'été, l'héritière de L'Oréal touchera en 2008 un chèque de l'administration fiscale de plus de 30 millions d'euros au titre du bouclier fiscal – le ministre du budget était alors Eric Woerth.

 

 

Comme l'enquête portant sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, ce versant de l'affaire est toujours d'actualité d'un point de vue judiciaire, même si, pour l'instant, les investigations sont mises en sommeil. En effet, après avoir été placées sous l'autorité d'un seul homme, le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, ces enquêtes ont finalement été confiées à des juges d'instruction indépendants en attendant leur dépaysement à Bordeaux, comme en a décidé mi-novembre la Cour de cassation.

 

 

Contacté par Mediapart, le parquet de Bordeaux a toutefois assuré que, pour le moment, les procédures n'étaient pas arrivées physiquement au tribunal.

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Publié dans Affaires

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