Berlusconi dos au mur
Silvio Berlusconi est rentré de Bruxelles d’humeur bien sombre. Non seulement il s’est fait remonter les bretelles en public par le président Herman Van Rompuy, mais l’ironie (démentie par Paris et Berlin) du couple franco-allemand sur ses capacités à présenter un plan fiable de gestion du déficit public italien lui a fortement déplu. Cela fait des semaines que le gouvernement de Silvio Berlusconi ne réussit pas à mettre sur papier un plan de mesures pour garantir la croissance économique du pays tout en réduisant fortement sa colossale dette publique (1 900 milliards d’euros).
L’Europe a pourtant montré du doigt les réformes que l’Italie devrait entreprendre rapidement pour convaincre ses partenaires européens et surtout les marchés financiers. Un diktat qui fait dire à l’opposition de gauche que le pays est placé sous tutelle à cause de l’immobilisme du gouvernement.
Avant de réunir ses ministres, Silvio Berlusconi a pris la plume pour répondre, sans les nommer, à Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.
"Personne au sein de l’Union ne peut s’improviser commissaire et parler au nom des gouvernements élus et des peuples européens, personne ne peut donner de leçon aux autres partenaires", peut-on lire dans le communiqué du président du Conseil, qui lance une autre flèche au duo franco-allemand : "Sur les turbulences causées par la crise de la dette publique et la crise du système bancaire, en particulier franco-allemand, nous avons des positions fermes que nous présenterons au prochain sommet de l’Union européenne."
Mercredi, à Bruxelles, l’ambiance risque donc de ne pas être à la fête, mais l’atmosphère est déjà bien tendue à Rome. Silvio Berlusconi et son allié de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, ne voient pas du même œil les modifications à apporter aux régimes des pensions. Après deux heures de discussion, lors d’un conseil des ministres extraordinaire, aucune décision n’a été prise. "Pas touche aux pensions, nous avons déjà donné et, surtout, les pensionnés ont déjà donné", a déclaré le ministre Roberto Maroni du parti de la Ligue du Nord. Un parti, dont la base, composée principalement d’ouvriers, d’agriculteurs et d’artisans, n’accepterait pas une trahison supplémentaire de la part du gouvernement.
Les mesures, voulues par Silvio Berlusconi, devraient porter l’âge du départ à la retraite à 67 ans, mais son compagnon de gouvernement reste inflexible, en se limitant à relier l’âge de la retraite avec l’augmentation de l’espérance de vie. En clair, la majorité des Italiens pourraient encore prendre leur retraite à 60 ans contre 65, voire 67 dans les autres pays de l’Union. Pour Silvio Berlusconi, l’heure est grave, il ne peut décemment pas se présenter les mains vides devant ses collègues européens. Mais réaliser en vingt-quatre heures ce que son gouvernement n’a pas réussi à finaliser en trois ans, relève du tour de force. Les réformes structurelles pour relancer l’économie sont tout autant indispensables que la réforme des pensions ou celle du marché du travail.
Silvio Berlusconi est aussi mis sous pression par la puissante confédération des industriels italiens. "Nous ne pouvons plus nous permettre de perdre du temps à discuter et à renvoyer sans cesse les problèmes. Nous ne le méritons pas. Nous devons regarder en avant et agir, le plus vite possible", a déclaré Sergio Marchionne, l’administrateur délégué de Fiat.
Un nouveau conseil des ministres est attendu ce mardi. Mais, même en cas d’accord, le parcours parlementaire des possibles décisions s’annonce difficile. Au Parlement, Silvio Berlusconi ne peut plus compter que sur une très faible majorité. L’opposition est convaincue que sans le Cavaliere, l’Italie retrouverait toute sa crédibilité aux yeux des partenaires européens.