Bayrou vote Hollande, charge violemment Sarkozy

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

« Je ne veux pas voter blanc. Cela serait de l’indécision. Dans ces circonstances, l’indécision est impossible. Reste le vote pour François Hollande. C’est le choix que je fais. »  

François Bayrou a prononcé ces mots, jeudi, après s'être livré à une implacable démonstration de l’impossibilité de voter pour Nicolas Sarkozy. À la supposée rigueur budgétaire défendue par Nicolas Sarkozy, il préfère les valeurs. « Nicolas Sarkozy, après un bon score de premier tour, s’est livré à une course-poursuite à l’extrême droite dans laquelle nous ne retrouvons pas nos valeurs », déclare le président du MoDem dans un discours à retrouver en intégralité sous l'onglet Prolonger. Qui démonte un à un les thèmes phares développés par le président sortant.

L’immigration d’abord  : « L’obsession de l’immigration dans un pays comme la France, au point de présenter dans son clip de campagne un panneau “Douane” écrit en français et en arabe, qui ne voit à quels affrontements entre Français cela mènera ? », note justement le centriste.

Les frontières ensuite : « L’obsession des “frontières”à rétablir, comme si elles avaient totalement disparu et que nous y avions perdu notre âme, qui ne voit que cela conduità la négation du projet européen auquel le centre et la droite, autant que la gauche modérée, ont donné des décennies d’action et de conviction ? Et quant à l’idée que l’école, ce devait être l’apprentissage des frontières, qui ne voit que c’est une déviation même de l’idée d’école, qui est faite au contraire pour que s’effacent les frontières entre les esprits, entre les consciences, entre les époques ? » , interroge-t-il encore.

Pour autant, François Bayrou ne donne pas un blanc seing à François Hollande. S’il approuve ses propositions sur la moralisation de la vie publique, thème central du programme du président du MoDem, il répète qu’il n’adhère pas à son programme économique : « Je pense que ce programme est inadapté à la situation du pays et encore plus à la crise qui vient, que j’ai annoncée, je crois certaine. »

Le choix fait par François Bayrou est un choix « de conscience », dit Jean-François Martins, son directeur de la communication. Il reflète aussi et surtout la position des cadres nationaux du mouvement et proches de François Bayrou, nombreux à avoir très vite exprimé leur position publique (voir ici le détail). L’eurodéputé et vice-président du MoDem Jean-Luc Bennahmias avait ouvert la voie au lendemain du premier tour. Christophe Madrolle, secrétaire général du parti, l’ancienne défenseur des enfants et ancienne ministre chiraquienne Dominique Versini, l’ancien ministre du Budget en rupture avec l’UMP depuis un an Alain Lambert, l’essayiste Jean-François Kahn.

Ce jeudi encore, dans des tribunes au Monde, (ici et ), Philippe Douste-Blazy grillait la priorité à son ami politique en affirmant « que pour la première fois, [il ne voterait] pas pour un candidat de [son] camp » et Olivier Henno, maire et conseiller général du Nord, menait l’appel d’une quarantaine d’élus locaux à voter Hollande, appel qui avait déjà fuité sur le site du Nouvel Obs il y a quelques jours.

« C'est historique. C'est une vraie rupture du centrisme. »

Le choix de François Bayrou reflète aussi la position du Conseil national réuni ce jeudi. « Les positions en faveur de Hollande se sont accentuées depuis le 22 avril. Et c’est le discours de Toulouse de Nicolas Sarkozy qui a été le déclencheur », résume Christophe Madrolle. C’est aussi ce qui a décidé Florence Vistagne, du MoDem de Marseille. En sortant de la réunion, ce soir, elle parle de « discussions émouvantes, dures ». « C’est historique. C’est une vraie rupture du centrisme, ce choix », insiste-t-elle.

« Le vote Hollande, ce n’est pas forcément par conviction, mais par rejet de Nicolas Sarkozy », estime un autre présent, Franck Meyer, du MoDem de Loire-Atlantique. « À titre personnel, oui, je suis très clairement pour Hollande. De toute façon, j’hésitais entre ça et le vote blanc », détaille celui qui se dit pourtant opposé au PS au niveau local, notamment sur le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Bruno Amic, venu de Gardanne (13) repart satisfait, car François Bayrou « a exprimé la représentativité des idées au sein du MoDem ».

Au centre droit, les réactions n’ont pas tardé. Les compagnons de 2007, qui pourraient − auraient pu ? − devenir les alliés de 2012, avaient poussé pour que François Bayrou se prononce pour Nicolas Sarkozy (Mediapart l’a écrit ici). Au comité stratégique de début d’après-midi, le sénateur de la Mayenne Jean Arthuis, un des rares à avoir appelé à voter pour Nicolas Sarkozy dans l’entourage de Bayrou, n’était pas là. Il était pourtant de toutes les réunions et oeuvrait à la mise en place d'un pôle central autant que les autres.« Je ne sais pas comment on va rassembler les centres. Ils vont nous en vouloir à mort au centre droit ! », lâche Hélène, militante du MoDem du XIIe de Paris, « de centre droit » mais « [qui votera] comme Bayrou, à cause de l'extrême droite. La gauche l’a bien fait en 2002 ».

De fait, Hélène voit juste : ce jeudi soir, dans un communiqué, Hervé Morin, président du Nouveau centre, dit regretter cette décision du leader centriste, « d'autant plus incompréhensible que ces derniers jours de campagne ont largement montré les points de convergence qui existent entre le projet défendu par Nicolas Sarkozy et les priorités affichées par François Bayrou. » Yves Jégo, Yves Pozzo di Borgo, Éric Ciotti et d'autres : aucun ne l'épargne.

L’intéressé, lui, ne voit pas ces « convergences ». Bien au contraire : « La ligne qu’a ainsi choisie Nicolas Sarkozy entre les deux tours est violente, dit-il dans son allocution. Elle entre en contradiction avec les valeurs qui sont les nôtres, pas seulement les miennes, (...) mais aussi les valeurs du gaullisme autant que celles de la droite républicaine et sociale ». Ainsi François Bayrou se pose en recours dans une éventuelle recomposition de la droite : n’a-t-on pas dit plusieurs fois dans son entourage miser sur l’éclatement de l’UMP - si Nicolas Sarkozy perd le 6 mai - pour refonder un pôle central qui attirerait sa frange la plus modérée ?

Dans le même temps, il tend une perche à la gauche et met la balle dans le camp de Hollande : « Par mon choix, je rends possible pour la première fois depuis longtemps cette unité nationale, la vraie mobilisation des Français au service de la France. Il appartiendra à François Hollande, s’il est élu, de réfléchir à la situation et de prendre en compte cette nécessité pour le pays. »

Peut-on imaginer un scénario à la Jean-Pierre Soisson ? Ce dernier, membre de l’UDF, devient ministre dans le gouvernement d’ouverture de Michel Rocard après les législatives anticipées de 1988 qui ne permettent pas aux socialistes d’avoir une majorité absolue à l’Assemblée. À l’époque, les socialistes s’appuyent tantôt sur le communistes, tantôt sur le groupe Union du centre pour faire voter leurs lois.

En tout cas, quand la nouvelle est tombée, pendant le meeting de Hollande à Toulouse, ce jeudi soir, le maire de Paris Bertrand Delanoë a lâché un « C'est énorme ! ». Ségolène Royal, elle, parle d'une « prise de responsabilités » : « Il a pris la meusre de l'enjeu et a considéré qu'il fallait que les valeurs humaines l'emportent sur les valeurs financières ».

François Hollande salue « un choix d'homme libre et indépendant » réalisé « sans négociation ». Il ne s'y attendait sans doute pas, lui qui prédisait ceci, tôt ce jeudi matin, sur France Inter : « Il n'est pas de gauche, il n'entend pas le devenir. Il n'est plus de droite. Je ne pense pas qu'il ait envie de revenir de ce côté-là. Et donc, j'imagine, il va rester sur une position haute, c'est-à-dire distante. » Il avait aussi déclaré, comme en janvier et mercredi lors du débat télévisé avec Nicolas Sarkozy : « Tous ceux qui appelleront à voter pour moi sur mon projet seront dans la majorité présidentielle. »

François Bayrou − « Je ne suis pas et ne deviendrai pas un homme de gauche. Je suis un homme du centre et j’entends le rester » − ne l'entend pas ainsi. L'après-6 mai dira ce qu'il en est.

 

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Publié dans Politique

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