Ayrault-Hollande, une relation qui exclut la surprise

Publié le par DA Estérel 83

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Le discours de politique générale du premier ministre, tenu ce mardi après-midi devant les députés, a ruiné les espoirs de ceux qui pensaient que l'armure serait brisée lors de ce qui avait été annoncé depuis plusieurs jours comme le premier « moment fort » du quinquennat. Reprenant les soixante propositions énoncées par François Hollande en janvier, en les réarticulant tout de même, Jean-Marc Ayrault a livré une intervention rythmée par les slogans récurrents de la campagne socialiste, oscillant entre « changement », « redressement dans la justice »,« confiance », ou encore « esprit de responsabilité ».

© (Reuters)

À peine nommé à Matignon, il confiait, en marge d'un déplacement de campagne législative « Les premiers pas sont importants, et comptent beaucoup pour incarner le tournant et la manière de faire que l’on veut imprimer. » Pour l'instant, l'incarnation est un subtil mélange d'un tournant de la rigueur et d'une manière de faire d'ancien président de groupe parlementaire. Jean-Marc Ayrault semble vouloir agir en chef de la majorité comme quand il était chef de l'opposition parlementaire. Pas au premier plan, mais en chef d'équipe.

Quand avec François Hollande ils se partageaient l'action parlementaire et le parti, pendant dix ans, d'abord sous Jospin, mais surtout dans l'opposition, les rôles étaient déjà répartis de façon similaire. À l'un l'orientation stratégique générale des socialistes, à l'autre la coordination du travail parlementaire. Pour la présidentielle de 2007, les deux ont déjà été dans l'antichambre de la conduite de l'État. L'un postulait à être président depuis le congrès du Mans en 2005, avant de se faire doubler par Ségolène Royal avant la primaire, quand l'autre était pressenti pour être premier ministre de la même Ségolène Royal.

Durant l'ère Hollande à la tête du PS, Ayrault a toujours été le discret mais solide patron des députés. Côte à côte dans l'hémicycle, ils étaient les deux faces du réalisme socialiste d'opposition. Sur le fond, ils pensent la même chose. Mais quand l'un s'est construit dans le parti, au point de devenir prisonnier d'un appareil avant de le fuir pour mieux le contourner, l'autre n'a jamais souhaité participé aux intrigues de couloirs et aux jeux de courant. L'un est bonhomme et politicien, élu de Corrèze ayant parcouru les fêtes de la rose des fédérations socialistes. L'autre est sérieux et technicien, maire d'une grande ville. Désormais, ils dirigent le pays, chacun à sa place. Les rôles demeurent, seuls les lieux ont changé : Assemblée et parti auparavant, Matignon et Elysée aujourd'hui.

Chacun à sa place

Soutien fidèle de François Hollande, Ayrault n'en partage pas l'art oratoire ni l'humour. Il en apparaît d'autant plus placide et rassurant, diront les uns, terne et ennuyeux, diront les autres. « Un nouveau Fillon ? » pourrait-on alors imaginer. Mais avec cette différence notoire que l'équilibre institutionnel désiré par le duo Hollande-Ayrault (ou plutôt le rééquilibrage, à la sortie du quinquennat Sarkozy) se veut davantage respectueux de la séparation des pouvoirs et du rôle du premier ministre que bercé parl'omniprésidence consentie par Matignon.

Ensemble dans l'opposition, à l'Assemblée.Ensemble dans l'opposition, à l'Assemblée.© (Reuters)

À l'inverse d'un Fillon se résolvant à ne plus déterminer la politique de la nation (lire ici), Ayrault a reçu la garantie de Hollande de retrouver les prérogatives abandonnées par son prédécesseur : « Je fixerai les priorités, mais je ne déciderai pas de tout ni à la place de tous. Conformément à la constitution, le gouvernement déterminera et conduira la politique de la nation. Le parlement sera respecté dans ses droits. La justice disposera de toutes les garanties de son indépendance. »

Alors, pas question pour Ayrault de s'emparer du discours de politique générale pour lancer un quelconque référendum, par exemple sur les traités européens (mais la cause est entendue, cela se votera au Parlement), sur la modernisation démocratique ou des questions de société. « Le référendum, c'est un domaine présidentiel, explique un proche du premier ministre, donc cela sera peut-être annoncé, mais par le président, le 14 juillet. » À l'inverse, la tradition républicaine d'un message présidentiel lu par le premier ministre ou le président de l'Assemblée nationale en début de mandature, dont ont usé Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac, mais pas Sarkozy, a été abandonnée. « Il y a une volonté de ne pas interférer sur l'activité parlementaire, dit-on au cabinet d'Ayrault. Le président parle aux Français, le premier ministre parle au parlement. »

Pour les duettistes de l'exécutif, il ne peut y avoir de conflits de compétence, car le programme est simple : « Rien de ce qui a été dit ne sera pas fait. Tout ce qui sera fait aura été dit. » Cette sentence, maintes fois répétée durant la campagne par les nouveaux locataires de l'Élysée et Matignon, a valeur de feuille de routestricto sensu.

Jusqu'à ce qu'il soit dévoilé, ce discours de politique générale avait été annoncé comme « un décalque des propositions de la campagne » par les conseillers de Matignon. À force de voir multiplier les préventions, sur le fait qu'il n'y aurait pas de surprise dans l'intervention, on finissait par s'attendre que le storytellingsocialiste nous refasse le même coup qu'avant le discours du Bourget de François Hollande. Un événement annoncé comme modeste était finalement devenu le moment fort et fondateur de la campagne du futur président. Mais là non.

Ayrault n'est pas homme à créer des surprises, ni à faire dans le lyrique. Il est le versant rigoriste de la politique de François Hollande, quand celui-ci s'occupe des questions de défense nationale et de relations internationales, où il chante les louanges de la croissance. « Hollande promet un pays redressé, et Ayrault annonce la façon d'y arriver sans passer par la case de l'austérité », dit un député hollandais. À sa façon, Jean-Marc Ayrault a voulu renouer avec le « rêve français » du discours du Bourget du chef de l'État. D'une métaphore onirico-financière en guise de conclusion de sa déclaration de politique générale, il a ainsi assuré qu'« aucune agence ne notera jamais notre rêve, le rêve français, parce qu’il ne relève que de votre confiance et qu’il ne relève que de la confiance des Françaises et des Français ».

Cette « confiance » est d'ailleurs à la fois le socle et la principale faille du «rêve» de Hollande et Ayrault. Dans la situation économique et sociale actuelle, la conserver relève de la gageure.« On n'a rien promis d'illusoire, et c'est aussi notre force, car il n'y aura pas de trahison liée à des surenchères de campagne », veut croire un cadre hollandais. « Quand on est clair pendant la campagne, on est plus à l’aise après, certifiait déjà le premier ministre il y a un mois, sûr de sa méthode. On a gagné car on n’a jamais changé de ligne, et c’est comme ça qu’on réussira. »

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Publié dans HOLLANDE

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