Au nom de la femme
Bérengère Poletti a déposé hier une proposition de loi afin de rendre la contraception des mineures anonymes et gratuite. Elle prend le risque d'être accusée de fragiliser la cohésion de l'UMP.
Si on l'osait, on dirait que voilà une députée de la majorité qui en a ! A moins de six mois de la présidentielle et connaissant pourtant sans doute mieux que quiconque l'état d'esprit pas franchement ouvert de ses collègues de l'UMP aux réformes sociétales, il faut en effet avoir du cran pour chercher d'abord à faire passer ses convictions.
Et ceci en prenant de surcroît le risque d'être accusée de fragiliser par cette initiative individuelle la cohésion de l'équipe au moment même où la direction de l'UMP s'apprête à inonder de millions de tracts ses militants chargés de répercuter la bonne parole du chef Copé en frappant comme des sourds sur Hollande et les socialistes ! Députée des Ardennes - mais aussi, et cela a évidemment son importance, sage-femme et mère de deux filles - Bérengère Poletti a déposé hier une proposition de loi afin de rendre la contraception des mineures anonymes et gratuite. But: réduire en France le taux d'avortement dramatiquement élevé chez les moins de 18 ans. 14.500 par an, c'est le chiffre officiel.
Un chiffre en constante augmentation. Lors d'une conférence de presse, Bérengère Poletti a fort justement relevé le paradoxe qui fait que la pilule abortive dite pilule du lendemain, délivrée anonymement est gratuite, que l'IVG est au même régime et que, par contre, on ne sait pas donner une réponse satisfaisante à des mineures qui manifestent pourtant «une attitude responsable» en souhaitant adopter ce mode de contraception.
Ce paradoxe aboutit au fait que la pilule du lendemain sert de mode de contraception. C'est ainsi que la délivrance - officielle - de pilules du lendemain délivrées en pharmacie est passée de 50.000 boîtes en 2002 à plus de 300.000 en 2009, les laboratoires pharmaceutiques déclarant pour leur part en avoir vendu plus d'un million... Consciente que sa proposition tombait en pleine période de rigueur budgétaire, Mme Poletti a bien pris soin d'en calculer le coût en déduisant celui des IVG remboursées à 100 %.
La proposition de la députée des Ardennes a évidemment reçu un accueil des plus frais de la part de ses collègues, la secrétaire d'Etat à la Santé Nora Berra rétorquant que la contraception des mineures relevait de l'éducation parentale et qu'il était hors de question de priver les parents de leurs attributions en la matière. Un argument qui, on s'en souvient avait déjà servi à Luc Chatel, pour s'opposer au «pass contraception» proposé en Poitou-Charentes par la présidente de Région.
Or il se trouve que ce même Luc Chatel a depuis beaucoup évolué. Après avoir en avril dernier proposé à l'expérimentation en Ile-de-France un système qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui de Ségolène Royal, on le dit favorable à la proposition Poletti. Comme quoi on peut faire preuve de courage politique autrement qu'en traitant François Hollande «d'Eléphant Babar».