Au centre, bientôt plus de partis que de députés!

Publié le par DA Estérel 83

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Le rassemblement des centres est donc l’arlésienne de cette année électorale. C’est à se demander s’il n’y a pas autant de volontés de former des groupes centristes que de députés centristes élus. À quatre semaines du premier tour des législatives, dire que les différentes formations centristes avancent en ordre dispersé est un doux euphémisme. François Bayrou et ses troupes du MoDem semblent une fois de plus contraints à faire cavalier seul pour les législatives. Hervé Morin voit son Nouveau centre s’effriter, sous l’impulsion sécessionniste de son numéro deux Jean-Christophe Lagarde, qui fait alliance avec le Parti radical.

Par ailleurs, contrairement à ce que certains avaient prédit et espéré, l’UMP n’a pas éclaté. Pas encore. Pas avec la défaite − courte somme toute, 48,36% − de Nicolas Sarkozy, qui ne remet pas directement en cause la stratégie Buisson (analysée ici sur Mediapart), stratégie qui sera maintenue pour les législatives. Et puis l’éclatement du parti est soigneusement neutralisé par Jean-François Copé qui a annoncé quelques jours avant le 6 mai l’activation des courants au sein de l’UMP : de quoi contenir les centristes qui auraient l’idée de prendre le large.

MoDem, Nouveau centre, Parti radical, Alliance centriste... Qui discute avec qui ? Combien de groupes potentiels pour combien de députés ? Revue de détail, à cette précaution près : ce qui est valable au moment de l’écriture de ce papier ne le sera peut-être plus dans les jours à venir.

Le MoDem ostracisé

Au MoDem, on rêve d'un remake des législatives de 1988 : les centristes sont alors indispensables pour les socialistes qui, sans majorité absolue après les législatives anticipées, ont besoin d'eux pour faire adopter leurs lois.

C’est ainsi que François Bayrou et les siens comptent peser, en pivot : « Il faut un courant politique qui dise non à la participation complaisante, non à l’opposition de principe, et oui à l’esprit de responsabilité et d’unité nationale », déclare le candidat malheureux à la présidentielle lors d’une conférence de presse, jeudi. Ni à gauche, ni à droite : il défend encore et toujours un centre indépendant et refuse « une cohabitation de blocage » en cas de victoire de l’UMP aux législatives.

Dans ce pôle central, il convoque « certains gaullistes, sociaux-démocrates, des membres de la droite républicaine et sociale et des écologistes réalistes ». L’emballage a même été changé : les candidats ne le seront pas en tant que « MoDem », mais sous l’étiquette « Le Centre pour la France ».

Objectif : présenter un peu plus de 400 candidats, censés venir du Nouveau centre, du Parti radical, de l’Alliance centriste, voire d’aucun parti. Mais il est impossible de connaître la proportion des uns et des autres. « Un certain nombre », nous dit-on, de manière évasive. Marc Fesneau, secrétaire général du MoDem, reconnaît que les candidatures communes seront davantage des initiatives locales que des accords venant des états-majors des partis.

Car si des discussions ont été entreprises, notamment avec le Nouveau centre, avec lequel Bayrou admet qu'il pourrait former un groupe, rien n’a été négocié. Et le patron du MoDem, en affirmant son choix pour Hollande au second tour de la présidentielle, a définitivement été rayé de la liste des leaders pour le centre, dans l’esprit de bon nombre de ses anciens camarades du centre droit. À gauche, son penchant pour Hollande ne lui vaut pas de traitement de faveur. Certains, comme Marisol Touraine, Pierre Moscovici et, ce dimanche encore, Vincent Peillon, ont eu beau plaider pour le retrait de la candidate socialiste, Nathalie Chabanne (lire ici sur Mediapart) dans la circonscription de Bayrou (2e des Pyrénées-Atlantiques), la direction du PS a tranché et opté pour le maintien.

Alors au MoDem, on mise sur les désistements de second tour. « Il y en a toujours », espère Marc Fesneau. Sans cela, le MoDem peut-il obtenir les quinze députés nécessaires pour former un groupe ? Difficile. On voit mal comment, seul, il pourra gagner des députés, en plus des trois actuels − Abdoulatifou Aly à Mayotte, Jean Lassalle et François Bayrou dans les Pyrénées-Atlantiques.

D’autant que pour ces trois sortants, c’est loin d’être gagné. Dans sa circonscription, Bayrou n'a recueilli que 20 % des voix au premier tour de la présidentielle, contre près de 37 % en 2007. Dans son village natal de Bordères, même chute : 36 % contre 59 % il y a cinq ans. Et depuis les dernières cantonales, le Conseil général est aux socialistes, tout comme six des sept cantons de sa circonscription. Mêmes difficultés pour Jean Lassalle : Bayrou n’y est arrivé que troisième, bien loin de son score de 2007. L’un et l’autre auront aussi à affronter un candidat UMP, au moins au premier tour.

Dans l'entre-deux tours de la présidentielle, l’eurodéputé Robert Rochefort confiait à Mediapart : « On ne peut aligner des candidats et les faire élire que s’il y a des sympathies avec le PS ou l’UMP, des accords de désistement, au cas par cas. »

Le Nouveau centre, toujours un satellite de l'UMP

Nous parlons là du Nouveau centre canal historique, c’est-à-dire de l’écurie Morin. Comprendre : ceux qui sont restés fidèles au député de l'Eure, par rapport à ceux qui ont choisi le numéro deux du parti, Jean-Christophe Lagarde (dont la sécession sera détaillée en page trois). « La rupture est consommée depuis le dernier congrès du Nouveau centre où Jean-Christophe Lagarde s'est comporté comme un voyou. Je ne veux plus travailler avec un homme dont le seul objectif est l'ambition personnelle, la trahison, les coups tordus, les peaux de banane », ainsi se lâche Morin, lors d'un déjeuner de presse la semaine dernière.

Ambiance tendue ? Apparemment, pas le moins du monde. Tout sourire, il fera, dit-il « sans les faux-culs » de son parti et en appelle, lui aussi, « aux membres du MoDem perdus et aux Radicaux libres ». Mais c’est avec l’UMP qu’il discute. « Nous avons mené une présidentielle ensemble, nous devons mener les législatives ensemble », justifie-t-il.

Auprès du patron de l’UMP, Hervé Morin a plaidé pour une campagne coordonnée à base de réunion hebdomadaire et de plateforme programmatique commune aux candidats NC et UMP. Il a surtout tenté d’arracher des investitures supplémentaires. Pour l’instant, une quarantaine de candidats NC, dont la vingtaine de députés sortants, sont aussi investis par l’UMP, sur la centaine de candidats présentés.

Pluôt serein, le patron du Nouveau centre pense pouvoir constituer un groupe à l’Assemblée, même si, d’après ses calculs, pour la moitié des sortants, dont les circonscriptions ont élu Hollande le 6 mai, la réélection sera difficile. Mais il compte sur trois candidats« surprise » et table sur « deux ou trois UMP qui vont quitter la maison ». Lui devrait être reconduit. S’il n’est pas élu, il jure qu’il se retirera de la vie politique. Prudent, il répète que « quoi qu’il arrive, il faudra voir dans quel état sera [notre] famille après le 17 juin ».

L'URCID, la nouvelle météorite centriste

Qui se souvient de l’ARES, l’Alliance républicaine écologiste et sociale, lancée à la rentrée de septembre (lancement raconté ici sur Mediapart) et censée rassembler le Nouveau centre, le Parti radical, la Gauche moderne et Convention démocrate ? Peu importe. Ce qui n’a jamais été autre chose qu’une coquille vide vient d’être − plus ou moins − remplacée par un acronyme tout aussi ébouriffant : l’URCID. Plus ou moins, car on ne sait pas bien encore qui est dedans et qui ne l’est pas.

Comme l’a révélé Laurent de Boissieu sur son blog, l’URCID (Union des radicaux, centristes, indépendants et démocrates) est l’étiquette législative commune au Parti radical et aux dissidents du Nouveau centre, Jean-Christophe Lagarde, député et maire de Drancy en Seine-Saint-Denis, et François Sauvadet, ex-ministre de la Fonction publique de Nicolas Sarkozy et candidat dans son fief en Côte d'Or, dont il préside le Conseil général.

Déclarée le 11 avril 2012, l’association est « une formation politique qui rassemble les radicaux, centristes, républicains, démocrates, progressistes » avec « pour objet de défendre les valeurs de laïcité, d’épanouissement personnel, d'égalité des chances, de justice sociale, de développement durable ».

Le Parti radical a décidé de présenter 200 candidatures. Pour la plupart, il s’agit d’un candidat commun au Nouveau centre, branche dissidente ou canal historique. Car si Jean-Christophe Lagarde et Hervé Morin ne s’adressent plus la parole, rien n’empêche des investitures communes. Mais une dizaine de cas posent encore problème, pour lesquels les uns et les autres pensent avoir le meilleur candidat.

Dans les faits, ce nouveau groupe n’est pas plus prometteur que les autres. Chez les ténors du Parti radical, pas mal de difficultés en perspective : Laurent Hénart, secrétaire général, pourrait être battu dans la 1re circonscription de Meurthe-et-Moselle, où Hollande est arrivé premier. Jean-Louis Borloo, sauf forfait de dernière minute, devrait aller briguer un siège dans la 21e circonscription du Nord. Valenciennes peut-elle encore être son fief ? Au second tour, Sarkozy n’y a recueilli que 47,8 % des voix.

La vice-présidente du PR, quant à elle, fait face à une double difficulté dans la 2e circonscription des Hauts-de-Seine, qui compte les villes d’Asnières et Colombes : Rama Yade aura face à elle le sortant UMP Manuel Aeschlimann, et Hollande y a battu Sarkozy avec 51,1 % des voix. Enfin, côté NC, le score de Hollande atteint des records, 66,4 %, dans la circonscription de Jean-Christophe Lagarde.

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Publié dans UMP

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