Assad seul contre presque tous

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

La crise syrienne enregistre peut-être un tournant majeur avec la série de condamnations contre la sanglante répression du régime de Bachar El-Assad émanant de pays et d'organisations arabes restés silencieux depuis le début de la contestation le 15 mars dernier. Le voisin turc de la Syrie avait le premier ouvert le feu diplomatique en haussant le ton après de multiples mises en garde. Se déclarant «à bout de patience» face à la violence de la répression, le Premier ministre Erdogan envoie aujourd'hui à Damas son ministre des affaires étrangères pour réaffirmer la détermination d'Ankara à «régler une crise également intérieure»pour la Turquie.

L'avertissement est d'autant plus d'importance qu'il a obtenu de nombreux et coordonnés soutiens dans un monde arabe, lui aussi excédé par une répression aveugle qui a déjà fait plus de deux mille morts, dont une cinquantaine ce dimanche.

Ce week-end, la Ligue Arabe a, pour la première fois, appelé clairement à la cessation des violences. Mais le message le plus fort est venu des monarchies arabes du Golfe, l'Arabie Saoudite, Koweit, et Bahrein qui ont rappelé hier leurs ambassadeurs à Damas. Alors qu'il avait en mars envoyé son armée à Bahrein pour mater la contestation populaire, le roi saoudien Abdallah enjoint aujourd'hui Bachar El-Assad «d'arrêter la machine de mort avant qu'il ne soit trop tard».

 Outre qu'elle isole encore davantage le régime d'El-Assad, cette tardive intrusion du monde arabe peut aider l'ONU à aller au-delà de sa simple condamnation «déclarative» sans conséquence pour Damas. Jusque-là hostiles à une résolution coercitive du Conseil de sécurité, Pékin et Moscou pourraient reconsidérer leur veto.

La question reste de savoir jusqu'où aller pour ramener la dictature syrienne à la raison. Personne ne souhaite une intervention militaire et surtout pas l'opposition syrienne qui veut éviter le piège d'une confrontation armée accréditant la thèse du «complot» ourdi par «des groupes terroristes» que soutient urbi et orbi El-Assad pour justifier la répression. En revanche, les sanctions de tous ordres peuvent avoir un effet, même si elles ont été jusque-là ignorées avec superbe pendant des décennies par la dynastie des Assad.

L'entrée en lice des pays arabes vaut aussi avertissement à l'Iran, principal allié de la Syrie qu'il soutient à la fois économiquement et militairement. Elle introduit un nouveau risque de confrontation régionale dont Téhéran n'est pas forcément prêt à payer le prix pour maintenir à bout de bras un dictateur face à une opposition meurtrie et déterminée, mais aussi à des défections émergentes au sein de son appareil sécuritaire.

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Publié dans Etranger

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