Allègre, Barbelivien, Macias : comment ils plombent Sarkozy
Par Phillipe BILGER
J'écris sur François Hollande comme sur Nicolas Sarkozy, Sur François Bayrou comme sur Marine Le Pen. Je me donne le droit de vanter le talent tribunicien de Jean-Luc Mélenchon mais d'être étranger à ses idées qui, délibérément sommaires, aspirent à être des coups de poing, des coups de force.
SOUTIENS MALADROITS
Ma galanterie naturelle, qui n'est pas obligée d'accepter les ridicules intellectuels qu'ils émanent d'une épouse ou d'une alliée, pour parler net, de Carla Bruni-Sarkozy ou d'Isabelle Balkany, se fait scrupule d'égratigner la première quand la seconde, depuis quelques temps, est heureusement moins présente dans le débat public.
Je ne suis pas persuadé que le comportement extasié de l'épouse du président avant et après la réunion de Marseille, n'ait pas été, malgré la compréhension que l'on a généralement pour une telle attitude dans l'ordinaire d'une vie conjugale, totalement contre-productif. A partir d'un certain niveau d'hyperboles, le compliment se retourne contre son bénéficiaire et l'accable subtilement au lieu de le favoriser.
Un Claude Allègre, acharné à démontrer qu'il reste socialiste avec pour seule preuve les leçons de morale et de tactique qu'il donne au candidat et au PS, ne représente pas, malgré sa récente soumission à Nicolas Sarkozy, un avantage décisif pour celui-ci. Ballotté longtemps entre son envie d'être ministre et sa volonté de se singulariser à tout prix, quel que soit son domaine d'intervention, Claude Allègre serait plutôt un repoussoir qu'un stimulant.
Que dire de l'inénarrable Enrico Macias dont la fidélité au président n'est pas une excuse ! Se prétendre comme il l'a fait « amoureux du président » est de nature à faire fuir l'infime minorité qui pouvait encore bizarrement attacher du prix aux élucubrations de cet omniprésent...
Enfin, à propos du Fouquet's, nous avons de quoi amplifier notre veine sarcastique. Pour Christian Estrosi, qui a oublié que pour soutenir il fallait infiniment plus de talent et d'alacrité intellectuelle que pour dénoncer, le Fouquet's n'était qu'une « brasserie populaire ».
Didier Barbelivien qui accomplit trois choses dans l'existence - il compose, il chante et il applaudit le président -, lui, « ne voit pas où est l'erreur. Le Fouquets's, c'est une brasserie ringarde, un truc très moyen où je n'ai pas bouffé depuis douze ans... J'ai vu en photo le yacht de Bolloré, ce n'est pas non plus d'un luxe délirant » (Nice Matin, le Canard enchaîné).
DES BÊTISES
La bêtise est éclatante et on en perçoit bien le processus. On prend absurdement l'accessoire pour l'essentiel, l'établissement pour le problème, le yacht pour le scandale. Alors que, pour le Fouquet's et le yacht, quel que soit le motif, passionnel ou non, de ses décisions, le président à peine élu a préféré sa subjectivité au peuple qui l'attendait, a choisi le somptuaire contre l'allure. Il y a là comme un prélude d'opéra qui va donner sa tonalité désagréable au quinquennat tout entier!
La dérision en elle-même ne suffit pas : il faut l'expliquer. Elle ne devient plus alors le regard dégradant d'un monde sans hauteur mais le moyen de mieux appréhender les vertus et les vices d'une personnalité dont on attendait beaucoup.
La France respectable. La France bête. Mais aussi, la France qui espère.
