Alerte écarlate contre l’exploration d’huile et de gaz de schiste

Publié le par DA Estérel 83

BlogsMediapart  Françoise Degert

 

 

En pleine campagne électorale, les affaires continuent. À un mois du premier tour des élections présidentielles, à trois mois des législatives, le gouvernement s’empresse de donner des gages à l’industrie gazière et pétrolière, sans attendre le résultat des scrutins. Les pétroliers n’attendent pas. 

 

Pour justifier sa décision, le gouvernement s’appuie de nouveau sur le corps des Mines qui a largement contribué au rapport final de la Mission d’inspection sur les gaz et huiles de schiste.  Il suffit de demander, la fabrique du consentement est prête à démarrer.

Condensé des « arguments » qui y sont  assénés :l

1 -  la fracturation hydraulique ne provoquera pas de dégâts en France comme aux Etats-Unis, au Canada et ailleurs. Rien à craindre, nos ingénieurs maîtrisent la situation.  Ils ne feront pas les mêmes bêtises, ils inventeront une fracturation propre.

2 -  les Etats-Unis ont laissé faire n’importe quoi, mais en France,   l’administration veille. Cela ne se passera pas comme ça…

3 – on va créer une commission nationale associant l’industrie, les politiques, la « société civile » ; elle se réunira…deux fois par an…

4 – la population ignore les « avantages «  de l’exploitation de l’huile et du gaz de schiste, l’inquiétude découle d’un déficit d’information…

5 – on va intéresser les collectivités locales à l’affaire, avec quelques retombées fiscales…

6 - Le cadre légal doit être assoupli pour mettre un terme aux « difficultés » à l’exploration et à l’exploitation de cette ressource… Il y va de notre développement économique. C’est un « enjeu géopolitique » majeur…

Le rapport envisage les étapes de sortie de crise (entendez par là la gêne occasionnée par la loi du 13 juillet 2011).

 

 Dans la foulée, le gouvernement a créé la fameuse « commission nationale d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation du gaz de schiste ». On savait que le décret était prêt, il est désormais publié.

Toutefois, les politiques, les ingénieurs des Mines et les pétroliers manquent d’imagination.

Comme au Québec, sa composition fait la part belle aux industriels, aux politiques, aux experts, laissant une part congrue aux opposants à cette industrie mortifère. Histoire de s’assurer qu’elle marche droit. Comme au Québec, la commission nationale sert d’ornement de « concertation ».

 

Bref, les pétroliers sont à l’offensive, avec l’aide de politiques qui leur offrent ce qui ne leur appartient pas. Et cette offensive vise en priorité le Bassin Parisien, dont la nappe aquifère de la Brie alimente plus de 10 millions d’habitants. Car explorer c’est exploiter.

 

No Fracking France exige l’abrogation des permis.

 

Dans l'ugence, il faut exiger dans l'urgence que les pétroliers détenteurs de permis financent l’analyse chimique de la nappe aquifère en recherchant tous les produits qui seront injectés. Dès maintenant, avant tous travaux. 

C’est en effet le seul moyen de faire payer les pétroliers des dégâts irréversibles induis par la fracturation de la roche-mère.

 

                                                                * * *

 

Gaz de schiste : vers des forages " scientifiques " ?
Le rapport final de la mission gouvernementale ouvre la voie à la fracturation hydraulique

 Une commission cruciale

La Commission nationale d'orientation et d'évaluation des techniques d'exploration des hydrocarbures liquides et gazeux donnera son feu vert - ou non - sur de possibles forages expérimentaux d'huile et de gaz de schiste.

Elle comptera 22 membres : 5 représentants de l'Etat ; 1 député et 1 sénateur ; 3 représentants des collectivités territoriales ; 3 associatifs ; 3 représentants d'entreprises du secteur gazier et pétrolier ; 3 représentants du personnel des industries gazière et pétrolière et 3 personnalités scientifiques qualifiées.
[-] fermer

Depuis le départ du ministère de l'écologie de Nathalie Kosciusko-Morizet, devenue porte-parole du président-candidat, le dossier avait atterri à Matignon. Et à la lecture du rapport final de la mission d'inspection (issue des ministères de l'industrie et de l'écologie) sur " les hydrocarbures de roche-mère en France " - les huiles et gaz de schiste -, on comprend pourquoi les services du premier ministre n'ont fait aucune publicité à sa parution, le 22 mars. Craignant de raviver la mobilisation des collectifs des anti-gaz de schiste dans le sud-est du pays et dans le Bassin parisien.

Les experts des deux ministères se déclarent en effet favorables - sous moult conditions - à un " nombre limité " de forages par fracturation hydraulique pour mener des " expérimentations à seules fins de recherche scientifique sous contrôle public ".

Les rapporteurs s'inscrivent dans le cadre de la loi du 13 juillet 2011. Certes, ce texte interdit en France la fracturation hydraulique, unique technique disponible à l'heure actuelle pour exploiter les gisements d'huiles et de gaz de schiste, mais dont les conséquences sur l'environnement peuvent être néfastes. Pour autant, l'article 4 de la loi laisse ouverte la porte au droit à l'expérimentation, après avis de la Commission nationale d'orientation et d'évaluation des techniques d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux. Pour résumer l'argumentaire développé, il s'agit de ne pas gâcher le potentiel des richesses du sous-sol français, qui permettrait de réduire la facture énergétique de l'Hexagone.

Contamination, miniséismes

Or, pour ce faire, le rapport conclut qu'à court et moyen terme la fracturation hydraulique demeure la seule technique susceptible d'être utilisée, les autres en restant au stade expérimental. Compte tenu des risques environnementaux que la fracturation hydraulique représente - contamination des nappes phréatiques, miniséismes, etc. -, les experts appellent les compagnies pétrolières à prendre le maximum de précautions techniques liées notamment à l'étanchéité des puits. Cet appel à des forages " scientifiques " reste soumis à une nouvelle loi, qui permettra de préciser le cadre exceptionnel de ces expérimentations par rapport au texte de juillet 2011, et à un vote du Parlement. Le rapport prévoit que tout ce préalable juridique pourrait être finalisé pour le second semestre 2013.

Du côté des compagnies pétrolières opposées à la loi du 13 juillet, on explique que les experts " ont fini par ouvrir leurs oreilles ". ONG et élus locaux, eux, sonnent le tocsin. Conscients de leur capacité à mobiliser, les experts des deux ministères proposent de cantonner ces expérimentations dans le Bassin parisien où des permis ont été accordés pour explorer les huiles de schiste. Et où les riverains semblent moins sur le qui-vive que dans le Sud-Est, là où la rébellion anti-gaz de schiste emmenée par José Bové avait débuté à l'automne 2010. Un pari risqué.

Marie-Béatrice Baudet

Publicité

Publié dans Ecologie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article