Alain Minc dénonce «des débilités à la Montebourg»...

Publié le par DA Estérel 83

VentsDesBlogs-copie-1

 

 

A une année de l'élection présidentielle, le site Nonfiction a décidé d'accorder une interview à Alain Minc, considéré, conseiller occulte mais supposé influent de Nicolas Sarkozy.


Indépendant, autonome, Alain Minc est considéré comme un conseiller occulte, mais influent, de Nicolas Sarkozy. A une année de l'élection présidentielle, il nous a semblé opportun (comme nous l’avions fait avec Emmanuelle Mignon) de l’interroger longuement sur les idées et la culture du président de la République et sur les clés de sa campagne pour 2012. Dans un esprit pluraliste, nous lui laissons la parole librement. 


Nonfiction.fr- Si vous deviez identifier un "tag" ou une idée clé de campagne présidentielle pour chaque camp en 2012, qu’est-ce que ce serait ? 

Alain Minc- Le tag de Nicolas Sarkozy serait "continuer à moderniser". Et le tag de gauche serait "autant de justice que possible". 

Nonfiction.fr- Ne croyez-vous pas que la droite puisse s’appuyer sur les thèmes sécuritaire et identitaire dans une phase de campagne ou de précampagne ? 

Alain Minc- Etant qui je suis, ce n’est pas ce que je préfère dans l’action gouvernementale. Je raisonne avec mes a priori. Je déteste trop ces thèmes pour pouvoir imaginer qu’ils soient un levier. Sur le plan des structures économiques et sociales, je pense profondément qu’il y a eu une vraie modernisation pendant ce quinquennat. Je pense aussi qu’un vrai thème pour la gauche serait de dire jusqu’où on peut aller en termes de justice dans un univers modernisé. Cela est plus facile pour le SPD que pour le PS. J’espère qu’aucun des deux partis de gouvernement ne se laissera embarquer sur des thèmes "antimondialisation", des débilités à laMontebourg d’un côté, et des réactions protectionnistes de l’autre.

Nonfiction.fr- A priori, dans le projet du Parti socialiste, ce n’est pas le cas.

Alain Minc- Je trouve que ce projet aurait été extraordinairement moderne en 1981, comme le projet de 1981 aurait été extraordinairement moderne en 1945. Si le PS avait un projet "macroéconomiquement" plus modéré, je ne vois pas comment le désir d’alternance ne le ferait pas gagner. Néanmoins, ce projet est encore marqué par deux ou trois arthritismes liés au fait que le Bad Godesberg à gauche est toujours rampant et jamais assumé, à cause d’une croyance continue dans la dépense publique. Les socialistes ne pourront s’abstraire d’un environnement dans lequel le problème de la hausse des impôts se posera aux classes moyennes, et ce n’est évidemment pas pris en compte dans les présupposés macroéconomiques de leur programme. C’est pourquoi ce projet, même s’il se débarrasse de beaucoup d’arthritismes, me paraît encore un peu daté. 

Nonfiction.fr- Plus largement, au-delà du "tag", sur quels thèmes se fera la campagne, à votre avis ?

Alain Minc- Je pense qu’un président sortant n’a pas d’autre possibilité que de dire : "voilà, j’ai fait un certain nombre de choses, et avant de partir, je vais finir le boulot." Il y a un élément important : jusqu’à maintenant, tous les présidents réélus faisaient croire qu’ils se représenteraient une troisième fois, désormais c’est constitutionnellement impossible. Le président peut donc dire : "j’ai fait l’enseignement supérieur, je ferai l’école, j’ai fait les retraites, je vais faire la santé, j’ai fait une réforme du patrimoine, je ferai une réforme des impôts indirects." Cela lui permettrait de donner le sentiment de continuer sur la voie des réformes, qui, fussent-elles discutées, sont importantes. Je ne vois pas d’autres thèmes pour un président en place. Il ne peut tenir que deux propos  : un , "je veux finir ce que j’ai commencé", deux , "nous sommes dans un monde extrêmement chaotique, et nul ne conteste qu’à chaque fois qu’il y a eu une situation chaotique, j’ai plutôt bien agi".


Du côté de la gauche, je crois qu’elle ne se fera pas élire en faisant rêver. C’est la première élection sous contrainte de la dette et du maintien du triple A. Ce n’est plus un problème technocratique, et la gauche devrait donc être plus réaliste sur cet environnement, en disant : "étant ce que je suis, voilà ce que je peux vous proposer en termes de redistribution, dans cet environnement."

Il y a un réflexe de dépense publique dans le projet du PS, qui dit : "la croissance financera une bonne partie de la dépense, et je financerai ce qui manque par une réforme fiscale, essentiellement la fusion IRPP-CSG  ." Je crois que la croissance ne financera pas l’essentiel de la hausse des dépenses publiques, donc si le PS part dans cette voie-là – et cela apparaîtra dans une campagne, car tout est maintenant transparent dans une campagne, Dieu merci, l’expertise est démocratisée – il sera amené ou à réduire son ambition sur les dépenses, ou à augmenter encore davantage la pression fiscale. C’est cette contradiction du projet socialiste qui, à mon avis, risque de mettre en difficulté le candidat socialiste.

 

 

Publicité

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article