Air France: le redécollage ou le crash

Publié le par DA Estérel 83

 

 

 

Le plan de redressement d'Air France était en préparation depuis sept mois. Sept mois pendant lesquels le nouveau PDG d'Air France avait préparé le terrain, rencontré inlassablement les syndicats, écouté longuement les différentes catégories de personnels afin de les convaincre que son plan est celui de la dernière chance pour sauver la compagnie. C'est donc sans grande surprise que les personnels ont pris connaissance hier des conclusions d'Alexandre de Juniac.

Baptisé «Transform 2015», le plan doit permettre à Air France de repartir à la reconquête de sa compétitivité. Pour cela, il faut que la compagnie gagne «20% d'efficacité économique» en trois ans. Traduction: faire deux milliards d'économie et donc tailler dans les coûts. On avait évoqué la suppression de 10% de postes soit environ 5 000 suppressions d'emplois? Hier, le chiffre a été annoncé à l'unité près: 5 122 postes devront avoir disparu d'ici fin 2013.

Pour limiter au maximum les risques de crash avec les syndicats - à la veille des départs en vacances, on sait qu'à Air France ceux-ci sont souvent particulièrement nerveux... - Alexandre de Juniac s'engage à ce que ces suppressions de postes se fassent par le biais des départs volontaires, soit à la retraite, soit vers d'autres compagnies. Mais il prévient en même temps que si les négociations avec les syndicats sur les différentes conventions collectives ne devaient pas aboutir rapidement, il ne pourrait plus s'engager à ce qu'il n'y ait pas de «départs contraints».

Si certains syndicats ont déjà parlé de «chantage», il semble bien que la majorité d'entre-eux aient conscience des enjeux et soient prêts au dialogue avec ce PDG «franc du collier», qui joue la carte de la transparence et qui a été le premier à réduire de moitié sa rémunération et celle de ses cadres dirigeants.

Ce nouveau mode de management qui rompt radicalement avec celui de son prédécesseur -ce dernier est parti avec un gros pactole après avoir pourtant plongé la compagnie dans le rouge...- va-t-il permettre d'éviter la sortie de piste définitive de la compagnie nationale que provoquerait immanquablement un long conflit social? L'État qui est actionnaire à un peu moins de 16% a évidemment son mot à dire. Hier Michel Sapin, le nouveau ministre du Travail, n'a pas manqué de souligner la nécessaire adaptation d'Air France aux nouvelles conditions de la concurrence et à demander par conséquent que le dialogue permette d'éviter que «cette grande société» ne «capote».

Dès aujourd'hui Alexandre de Juniac reprendra son bâton de pèlerin pour rencontrer les différentes catégories de personnels. Pour réexpliquer la nécessité de faire des économies de personnel - selon un audit, les coûts d'Air France sont 32% plus élevés que ceux des compagnies concurrentes - mais aussi pour ouvrir des pistes de développement.

Nul doute que l'Élysée et Matignon suivront de près ce premier dossier emblématique.

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