Air France dénonce ses conventions collectives
Ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère des finances, le nouveau PDG d’Air France, Alexandre de Juniac, est visiblement adepte de la méthode forte et assez peu soucieux de la concertation sociale. Selon nos informations, un comité central d’entreprise (CCE) de la compagnie a été convoqué pour ce vendredi 10 février et il a à son ordre du jour une dénonciation des conventions collectives, partielle pour le personnel au sol et totale pour le personnel navigant.
Voici en effet la convocation qui vient d’être adressée aux représentants du personnel qui siègent au sein de ce CCE. Elle peut être téléchargée ici ou consultée ci-dessous :
L’annonce de cette dénonciation était attendue, car depuis son entrée en fonction, en octobre 2011, le nouveau patron d’Air France en brandit la menace. Et son prédécesseur avait lui-même préparé le terrain. Dans le courant du mois de janvier, Alexandre de Juniac avait déjà en particulier annoncé, devant son conseil d’administration, puis devant le comité d’entreprise, qu’il avait l’intention d’administrer une purge sociale à la compagnie. Depuis plusieurs mois, on sait ainsi qu’Air France-KLM veut mettre en chantier un plan d’économies massif qui porte sur 2 milliards d’euros d’ici à 2014. Report d’achat d’appareils, gel des salaires et des embauches : c’est un plan très draconien dont vont faire les frais les salariés d’Air France.
Le choc social va donc être d’autant plus énergique que la direction de l’entreprise a décidé de procéder à la hussarde et de remettre aussi en cause une bonne partie des conventions collectives, qui régissent la vie sociale de l’entreprise – statut, carrière... –, et cela dans le but d’augmenter la productivité de la compagnie.
La convocation au CCE annonce une « dénonciation totale des conventions d’entreprise du personnel navigant commercial et du personnel navigant technique » et seulement une « dénonciation partielle de la convention d’entreprise du personnel sol ». Mais en vérité, pour les personnels au sol, l’annonce n’est pas plus rassurante car les titres et chapitres de leur convention qui sont dénoncés portent sur des sujets aussi importants que les questions qui ont trait à l’emploi, aux carrières, aux congés ou encore aux rémunérations. En clair, tout ce qui est important est remis en cause.
La procédure sociale prévoit certes des délais. Il faut un préavis de trois mois avant qu’une convention ne soit légalement dénoncée, et cela ouvre ensuite une période d’un an de concertation au cours de laquelle les partenaires sociaux peuvent essayer de reconstruire une nouvelle convention.
Mais la méthode sociale utilisée par le PDG révèle le but poursuivi : une remise en cause radicale de la politique sociale de l’entreprise. La politique sociale du knout, en quelque sorte. Et on ne peut évidemment pas s'empêcher de relever qu'Alexandre de Juniac doit son poste à Nicolas Sarkozy et que la politique sociale qu'il promeut prend valeur de symbole.
La procédure employée risque de faire d’autant plus de vagues que le climat social est déjà passablement dégradé au sein de l’entreprise. De surcroît, la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée nationale pour instaurer un service garanti n’a guère arrangé les choses. La CGT a ainsi décidé de lancer un appel à la grève au sein d’Air France du lundi 6 février au jeudi 9 février. Selon la CGT, ce projet, s’il était adopté, « poserait de sérieux problèmes dont le premier serait un fichage des salariés grévistes, ce qui est strictement interdit dans notre pays. Le dernier fichage "officiel" de salariés remonte à l’époque de Vichy». L’appel à la grève a été suivi par le syndicat de pilotes SNPL et les syndicats des PNC UNAC, SNPNC, UNSA ainsi que FO, la CFDT.
Après la loi anti-grève, voici donc la direction d’Air France qui jette par-dessus bord sa convention d’entreprise. A croire qu’il y a du thatchérisme dans tout cela : le social, voilà l’ennemi !