Affaire Takieddine: une clé USB piège Hortefeux

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Brice Hortefeux a bien livré, les 14 et 15 septembre dernier, des informations couvertes par le secret de l'instruction à son ami Thierry Gaubert, mis en examen dans l'affaire Takieddine. L'ancien ministre de l'intérieur, confondu par une écoute téléphonique du portable de Thierry Gaubert, effectuée le 14 septembre, a été entendu, vendredi, par la police, dans le cadre de l'enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris pour « violation de secret professionnel et recel ».

M. Hortefeux a prévenu Thierry Gaubert de l'audition de sa femme, Hélène Gaubert, et de son contenu explosif, avant de le rencontrer secrètement dès le lendemain, le 15 septembre. Or, ce jour-là, lorsqu'il déboule au domicile de sa femme, Thierry Gaubert l'accuse aussi d'avoir remis une clé USB aux policiers, lors de son interrogatoire une semaine avant. Un détail resté totalement inconnu jusqu'ici. Hélène Gaubert a révélé cet épisode – qui complique singulièrement la défense de Brice Hortefeux –, le 19 septembre, au juge Renaud Van Ruymbeke.

 

Takieddine et Gaubert (à droite)Takieddine et Gaubert (à droite)
« M. Thierry Gaubert était effectivement en possession d'éléments qui n'étaient pas disponibles dans la presse », a confirmé Me Léa Forestier, l'avocate d'Hélène Gaubert, interrogée par Mediapart.

 

 

Questionné sur les fuites, l'ancien ministre de l'intérieur a indiqué aux enquêteurs avoir eu certaines « intuitions » à la lecture des informations publiées, le 13 septembre, par Mediapart« Des rumeurs de presse, et plus exactement, un site internet évoquent un témoin qui accable Thierry Gaubert, a expliqué M. Hortefeux sur France-2, vendredi. Je connais bien la famille, je sais qu'ils étaient en train de divorcer et j'ai eu une première intuition. »

 

Ce jour-là, Mediapart avait révélé qu'un nouveau témoin évoquait des « transports de fonds opérés au milieu des années 1990 » par Thierry Gaubert avec le marchand d'armes Ziad Takieddine. De l'argent liquide acheminé depuis Genève et « remis à Paris à Nicolas Bazire ». Mais l'identité du témoin, Hélène Gaubert, ne sera rendue publique qu'une semaine plus tard par le site du Nouvel Observateur.

Selon l'écoute téléphonique du 14 septembre, M. Hortefeux révèle à son ami, qui a été comme lui un proche collaborateur de Nicolas Sarkozy, qu'Hélène « a été entendue » et qu'elle est le « témoin » que nous avons mentionné. Il insiste, au moins quatre fois, sur l'importance du contenu de cette audition : « Elle balance beaucoup apparemment Hélène » ; « Elle était beaucoup, beaucoup, au courant de tes activités » ; « A priori, il y a beaucoup, beaucoup, de choses » ; « Ils ont énormément de choses».

« Si M. Hortefeux le dit, c'est sûrement vrai... »

Brice Hortefeux signale aussi qu'il connaît le nom de l'avocat d'Hélène Gaubert : le même que celui de l'ex-épouse de Ziad Takieddine. Ce point, non plus, n'est pas apparu dans la presse. « Tu ne m'avais pas dit que l'avocat de Nicola et d'Hélène était le même », s'inquiète ainsi l'ancien ministre. « Le fait qu'elles aient le même avocat ça m'a flanqué un... ça m'a impressionné qu'elles aient le même avocat (...) Ça veut dire qu'elle se parlent, se montent le bourrichon », commente M. Hortefeux.

Enfin, l'ancien ministre de l'intérieur rechigne à parler au téléphone – « Ça m'embête de te dire par téléphone » – et lui offre de passer le voir dès le lendemain, « en fin de journée ». « Tâche de passer », insiste Hortefeux. « Mais tu crois vraiment qu'Hélène a été entendue », questionne Gaubert. « Ecoute, je t'en reparlerai », coupe Hortefeux pour clore l'échange.

 

B. HortefeuxB. Hortefeux© (Reuters)

 

 

Entendu le 20 septembre, après avoir reçu encore un coup de fil d'Hortefeux, Thierry Gaubert reconnaît devant les policiers qu'il a « demandé des renseignements à M. Hortefeux » parce qu'il « voulait savoir » ce que sa femme avait dit. « Je pensais qu'en tant qu'ancien ministre de l'Intérieur, il aurait pu avoir des renseignements. C'est lui qui me parle de l'audition au début. S'il ne m'en avait pas parlé, je ne lui aurais rien demandé. Je ne sais pas comment il avait les renseignements, peut-être par la presse. » On a vu que cela ne pouvait pas être la presse...

 

Dans une autre écoute, sa fille Nastasia Gaubert raconte à un ami qu'« Hortefeux a appelé » son père, le 14 au soir. Et lui a dit « écoute, c'est ta femme qui a tout raconté ». « Effectivement j'ai raconté à ma fille que c'est par Brice Hortefeux que j'ai eu la confirmation que le témoin anonyme était ma femme Hélène », approuve Thierry Gaubert..

 

Le lendemain, 15 septembre, Thierry Gaubert reproche aussi à sa femme d'avoir remis une clé USB aux policiers. Cette clé contient un enregistrement qu'elle a effectué lors d'un précédent rendez-vous avec son mari. Un échange au cours duquel le mari prévient gentiment sa femme : « Si je coule, tu coules avec moi » (notre article ici)Des propos assez menaçants pour s'apparenter, selon les policiers, à une tentative de « subornation de témoin ».

 

« Je n'ai jamais parlé de cette histoire de clé USB à Gaubert, certifie Brice Hortefeux, contacté par Mediapart ce mardi. Il n'a pas obtenu cette information par moi. Je n'ai eu accès à aucun élément de procès-verbaux. » L'ancien ministre assure que c'est « par un avocat » qu'il a appris que Mmes Takieddine et Gaubert avaient le même défenseur.

 

« Ma femme, elle dit beaucoup de choses, je ne lui ai jamais parlé de clé USB, assure de son côté Thierry Gaubert. Ma femme ne s'est jamais servie d'une clé USB. C'est comme si vous me demandiez à moi de conduire un hélicoptère, donc quelqu'un l'a fait pour elle. »

 

Thierry Gaubert assure que Brice Hortefeux ne lui a « rien dit de plus » lorsqu'il l'a vu le 15 septembre. « D'ailleurs,conclut-il étrangement, je ne sais pas si je l'ai vu. Si M. Hortefeux le dit, c'est sûrement vrai, mais ça ne m'a pas frappé. »

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Publié dans Affaires

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